Covid-19 : le Conseil de défense, réunion secrète devenue incontournable sous l'ère Macron

Covid-19 : le Conseil de défense, réunion secrète devenue incontournable sous l'ère Macron
Emmanuel Macron participe à un Conseil de défense avec le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran, le 12 novembre à l'Elysée.

, publié le dimanche 22 novembre 2020 à 07h00

Renforcée par Nicolas Sarkozy et surtout François Hollande, après les attentats de 2015 et de Nice, cette instance est connue du grand public depuis que le Conseil de défense se réunit chaque semaine pour faire le point sur le coronavirus. 

Devenu incontournable ces derniers mois, le Conseil de défense s'est imposé comme le lieu où Emmanuel Macron pilote la crise du Covid-19 et la lutte antiterroriste, suscitant curiosité et critiques pour cette instance méconnue.




Un Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) a lieu chaque mercredi matin pour faire le point sur l'épidémie.

Personnages clés 

Son format varie mais il rassemble en général une quinzaine de responsables clés : le chef de l'Etat, le Premier ministre, les ministres concernés, des directeurs d'administration, des chefs militaires et des conseillers de l'Elysée. Les  ministres de la Santé Olivier Véran et de l'Intérieur Gérald Darmanin, ainsi que le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, participent à toutes les réunions Covid.

Le CDSN se tient traditionnellement dans le poste de commandement Jupiter, une salle ultra-sécurisée située dans les sous-sols de l'Elysée.

Mais, celle-ci étant trop exigüe avec la crise sanitaire, il s'est déplacé dans le salon Murat, au rez-de-chaussée, lieu habituel des Conseils des ministres.

Défense et sécurité nationales 

C'est en 1906 qu'est créé un Conseil supérieur de défense nationale pour coordonner les activités militaires. Il est ensuite confirmé par la Constitution de la Ve République en 1958 avant de voir son rôle renforcé en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Mais sa convocation reste exceptionnelle - quelques réunions par an - avant que François Hollande n'y ait recours plus fréquemment après les attentats de 2015 et surtout après celui de Nice en 2016. Il devient alors hebdomadaire mais cantonné aux sujets de sécurité nationale.

"Principal outil de gestion" de la crise sanitaire

Après son élection en 2017, Emmanuel Macron conserve ce rythme, la plupart du temps avant chaque Conseil des ministres. Il duplique le modèle en 2019, en créant un conseil de défense écologique, qui s'est réuni à cinq reprises.

Mais c'est avec l'arrivée du Covid-19 que le CDSN sort de l'ombre, le chef de l'Etat en faisant "le principal outil de gestion" de la crise sanitaire, selon son entourage. Il s'est ainsi réuni à 31 reprises depuis fin février pour faire le point de l'épidémie, examiner les mesures de lutte disponibles et prendre les décisions. Comme le confinement, le déconfinement, le couvre-feu, le reconfinement... Autant de mesures annoncées dans les heures suivantes par le président ou le Premier ministre.

Le chef de l'Etat en est le véritable "patron"

Le CDSN présente pour lui de nombreux avantages : il est très opérationnel et peut être réuni rapidement par le chef de l'Etat qui en est le véritable "patron", puisqu'il décide de l'ordre du jour et des personnes présentes. C'est ainsi qu'Emmanuel Macron l'a convoqué à trois reprises, dans les jours suivant la décapitation de Samuel Paty et l'attentat de Nice, pour décider de mesures rapidement applicables. 

"C'est l'instance idéale pour gérer une crise", souligne Gaspard Gantzer qui a assisté aux conseils de défense sous François Hollande, en tant que chef de sa communication. Elle "fait remonter à l'Elysée la prise de décision", ce qui éclipse le Premier ministre, pourtant en charge de coordonner l'action des ministres et des administrations.

Un "comité secret" qui permet à Macron de "décider seul" 

De plus, son format restreint et son classement secret-défense permettent de tenir des échanges plus directs qu'en Conseil des ministres et de limiter le risque de fuites. Opacité des prises de décision, concentration du pouvoir, hyperprésidentialisation : ces dernières semaines les critiques se sont multipliées contre le Conseil de défense. Jean-Luc Mélenchon est le plus virulent : le leader Insoumis y voit un "comité secret", qui permet à Emmanuel Macron de "ne rendre compte à personne". "Macron décide seul avec quelques conseillers", renchérit l'écologiste Yannick Jadot tandis qu'à droite, Xavier Bertrand regrette que le conseil de défense "décide de tout", au détriment du Conseil des ministres.

L'exécutif rejette ces critiques en mettant en avant le fait que les décisions prises en conseil de défense sont annoncées et expliquées aux Français, qu'elles se traduisent par des textes de loi soumis au Parlement et que sa gestion de la crise est évaluée par deux commissions d'enquête parlementaire.

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