Covid-19 : en 2021, "les faillites vont arriver" et pourraient causer "200.000 destructions d'emplois", selon l'OFCE

Covid-19 : en 2021, "les faillites vont arriver" et pourraient causer "200.000 destructions d'emplois", selon l'OFCE©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

, publié le dimanche 27 décembre 2020 à 09h54

Le pire est à venir, même sans troisième vague, selon des économistes.

"Les faillites vont arriver courant 2021 et elles pourraient causer 200.000 destructions d'emplois", avance Bruno Ducoudré, économiste de l'OFCE. Le taux de chômage, déjà monté à 9% au troisième trimestre, devrait continuer à grimper, l'OFCE tablant sur 10,6% à la fin 2021.


La pandémie de 2020 et ses conséquences sur l'économie marqueront l'année 2021.

Après une récession historique durant l'année, le rebond de l'économie française dépendra encore de l'évolution de l'épidémie. De nombreuses entreprises et des milliers d'emplois sont menacés, accentuant les effets déjà désastreux de la crise.

Après le premier confinement, une reprise plus forte que prévu de l'économie a surpris les économistes et le gouvernement. Mais la deuxième vague de l'automne et le danger d'une troisième ont refroidi les espoirs. Et cela malgré le déploiement progressif des vaccins.

Une croissance qui dépend d'un éventuel 3e confinement

Le gouvernement a dû revoir à la baisse sa prévision de croissance pour 2021 à +6%. La performance sera atteignable "s'il n'y a pas de troisième confinement et si on a une reprise économique relativement régulière à partir du premier trimestre", prévient Patrick Artus, économiste en chef de Natixis. Sinon, "tout sera différent : ça voudra dire qu'il faudra attendre 2024 pour retrouver le niveau de PIB d'avant la crise, le chômage va monter beaucoup plus haut, les faillites d'entreprises aussi", ajoute-t-il.

Au-delà des chiffres, la réalité s'annonce plus contrastée. La crise devrait consolider certaines activités, comme le commerce en ligne, les métiers de la santé et du soin, et la transition écologique, un axe clé du plan de relance. A l'inverse, tout un pan de l'économie - le tourisme, la restauration, les activités culturelles et de loisirs - reste en sursis.

"Il y a de nombreux points d'interrogation" sur l'avenir de ces secteurs, souligne Patrick Artus. "Est-ce qu'on retourne autant qu'avant dans les restaurants ? Est-ce qu'on reprend autant qu'avant l'avion ? Est-ce que le tourisme de masse du week-end recommence ? Personne n'en sait rien". Le secteur du tourisme a en effet été durement touché par la crise sanitaire : selon Jean-Pierre Mas, le président des EDV, les Entreprises du Voyage, "les pertes sont de 20 milliards d'euros en 2020", a-t-il déploré sur l'antenne de Franceinfo samedi 26 décembre.

Le pire reste à venir pour les entreprises

Pour l'instant, les entreprises résistent, sous perfusion de plus de 470 milliards d'euros d'aides publiques, dont la majorité en garanties de prêts. Et, grâce au recours massif au chômage partiel, elles ont encore peu licencié, supprimant surtout les emplois en CDD ou en intérim. Mais le pire est à venir, même sans troisième vague.

"Les faillites vont arriver courant 2021 et elles pourraient causer 200.000 destructions d'emplois", avance Bruno Ducoudré, économiste de l'OFCE. Le taux de chômage, déjà monté à 9% au troisième trimestre, devrait continuer à grimper, l'OFCE tablant sur 10,6% à la fin 2021.

Pour limiter cette hausse, le gouvernement mise notamment sur son plan "un jeune, une solution", dont il perçoit de "premiers signaux positifs", au niveau du recours à la prime à l'embauche, de la progression des contrats d'apprentissage et des parcours d'accompagnement pour les plus éloignés de l'emploi. Une garantie de ressources de 900 euros par mois a également été décidée jusqu'à février pour 400.000 travailleurs précaires, qui alternent emploi et chômage.

De plus en plus de Français "basculent dans la pauvreté."

Cela risque cependant de ne pas suffire à combler tous les "trous dans la raquette" et à empêcher le basculement d'un certain nombre de personnes dans la pauvreté. Les départements constatent déjà une hausse des bénéficiaires du RSA - estimée à 8,5% sur un an fin octobre - et les associations d'aide alimentaire ont déjà enregistré entre 10% et 25% de nouveaux inscrits pour leur campagne cet hiver. Jeudi 24 décembre, la directrice du Secours catholique, Véronique Fayet, a livré son constat au micro d'Europe 1 : de plus en plus de Français "basculent dans la pauvreté."

Face à ces risques, le "quoi qu'il en coûte" promis par Emmanuel Macron reste d'actualité, avec 20 milliards d'euros de dépenses d'urgence rajoutées in extremis dans le projet de budget pour 2021.

"Il n'est pas temps de lever les mesures de soutien à l'économie", a plaidé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, même si les aides - et en particulier le fonds de solidarité dédié aux petites entreprises - seront désormais ciblées sur les secteurs les plus touchés par la crise.

A un peu plus d'un an de la présidentielle

Pour ceux qui vont mieux, l'exécutif compte sur le plan de relance de 100 milliards d'euros sur deux ans pour prendre le relais en 2021 et doper la reprise. Mais la plupart des économistes s'interrogent sur son efficacité à court terme, alors qu'il est surtout axé sur un soutien à l'investissement dans des secteurs d'avenir et sur la baisse des impôts de production pour les entreprises.

C'est dans ce climat d'incertitudes, à un peu plus d'un an de la prochaine élection présidentielle, que l'exécutif veut reprendre ses projets de réformes de l'assurance-chômage et des retraites, malgré les dissonances en son sein sur la méthode et le calendrier.

Il est question du respect des promesses présidentielles, mais l'enjeu est aussi financier, avec une dette publique qui a explosé à 120% du PIB cette année et qui va encore grimper l'an prochain, et l'œil de Bruxelles qui pourrait se faire moins conciliant à mesure que la crise s'éloigne.

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