Covid-19, attentats : 2020, année difficile pour Emmanuel Macron

Covid-19, attentats : 2020, année difficile pour Emmanuel Macron
Emmanuel Macron le 16 décembre dans la cour de l'Élysée.
A lire aussi

publié le dimanche 27 décembre 2020 à 15h00

RÉTROSPECTIVE. Le chef de l'État avait promis une année de réformes en France, mais l'épidémie de coronavirus a bouleversé son agenda, tandis qu'une série d'attentats l'a poussé à s'affirmer sur les questions régaliennes, à moins de 18 mois de l'élection présidentielle. 

Le président voulait aborder 2020 en mouvement, déterminé notamment à "mener à terme" la réforme du système de retraites, contestée il y a un an dans la rue.

Il a terminé cette année en attrapant le Covid-19, mi-décembre. Dans cette "drôle d'année" - terme qu'il a utilisé en octobre -, ses ambitions réformistes ont été stoppées net par la pandémie.  




Les confinements au printemps et à l'automne ont plombé l'économie, obligeant le président à troquer ses habits libéraux pour adopter une politique interventionniste et dépensière. "Il ne pouvait pas faire autrement. On est dans un pays qui attend beaucoup de l'État, ca s'est renforcé avec la crise. Toutes les thématiques sur la relocalisation, la souveraineté sont en train de s'imposer dans l'opinion", estime l'analyste politique associée à la Fondation Jean-Jaurès, Chloé Morin.

Cote de popularité stable 

Propulsé chef de "guerre" face à l'épidémie, Emmanuel Macron a multiplié les allocutions solennelles, mais n'a pas pu empêcher certains couacs, sur la pénurie de masques ou le maintien du premier tour de l'élection municipale pendant la première vague. Mais, malgré des décisions impopulaires comme la fermeture de nombreux commerces, il a réussi à limiter la casse au niveau de sa popularité, se stabilisant autour de 40% d'opinions positives. 

"Sur la gestion du Covid, les gens se disent globalement que le gouvernement n'est pas bon mais que dans les autres pays ce n'est pas mieux. Ce n'est ni un soutien, ni un rejet", explique à l'AFP Chloé Morin. "Son ciment c'est sur la thématique de la sécurité", poursuit-elle. Un sujet cher à l'électorat de droite, qu'Emmanuel Macron a ménagé en 2020.

Virage à droite 

Au cœur de l'été, entre deux vagues de Covid, il a changé de gouvernement et réaffirmé un cap à droite, avec notamment la nomination de Gérald Darmanin, figure de ce camp, à l'Intérieur. Traduction dans les actes : une reprise en main des questions régaliennes, à l'automne, en particulier après une vague d'attentats islamistes. Deux projets de lois symbolisent ce tour de vis sur la sécurité. 

Le premier, sur le séparatisme religieux qui permet de dissoudre des associations controversées dans leurs liens avec l'islamisme, lui vaut d'être accusé par une partie de la gauche de stigmatiser les musulmans. 

Le deuxième, sur la sécurité globale, qui prévoit de punir l'usage "malveillant" des images des forces de l'ordre, a été critiqué dans le monde anglo-saxon et à l'ONU. "Je ne peux pas laisser dire qu'on réduit les libertés en France", s'est défendu le chef de l'État, confronté à des manifestations. 

Succès sur la scène européenne 

"Sur le plan intérieur il y a une virée à droite, mais il est resté libéral et pro-européen", note Sophie Pornschlegel, analyste pour le think tank European Policy Centre, à Bruxelles. Et c'est d'ailleurs sur la scène européenne qu'Emmanuel Macron peut entrevoir un rayon de soleil dans cette morose année. Il est, avec Angela Merkel, l'un des principaux architectes de l'énorme plan de relance de 750 milliards d'euros contre le Covid, réussissant à convaincre notamment les pays "frugaux". 

"Il y a eu quelque chose qui s'est débloqué. C'est un vrai moment européen et c'est une victoire à mettre à son actif", pointe Tara Varma, la directrice du bureau parisien du Conseil européen des Relations internationales (ECFR).

Candidat à la présidentielle de 2022 ?

Hors des frontières de l'UE, le bilan est plus mitigé. Son interventionnisme au Liban, où il s'est déplacé dans la foulée de l'explosion du port de Beyrouth en août, n'a pas créé l'électrochoc politique escompté et il est entré en conflit ouvert avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. 

Le sprint final du quinquennat d'Emmanuel Macron va en tout cas démarrer, à moins de 18 mois de l'élection présidentielle. Se représentera t-il ? Si personne n'en doute vraiment, il laisse officiellement planer le mystère. "Peut-être que je devrai faire des choses dures dans la dernière année parce que les circonstances l'exigeront, et qui rendront impossible le fait que je sois candidat", a-t-il lancé début décembre.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.