Couac, ratage, amateurisme... : l'opposition dénonce le cafouillage du gouvernement sur le couvre-feu

Couac, ratage, amateurisme... : l'opposition dénonce le cafouillage du gouvernement sur le couvre-feu
Gabriel Attal à Paris, le 28 octobre 2020.

publié le mardi 03 novembre 2020 à 15h23

Un couvre-feu "reste sur la table", selon un conseiller de l'exécutif, qui évoque une demande de la préfecture de police de Paris.

Confinés et soumis à un couvre-feu à partir de 21h ? L'annonce, mardi 3 novembre, du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, avait de quoi inquiéter les Parisiens. Sauf que ses propos ont été immédiatement contredits par les services du Premier ministre : une telle mesure n'est "absolument pas" décidée à ce stade.

Devant les députés LREM, le Premier Jean Castex a admis une "maladresse" de la part du porte-parole, et a réfuté toute incohérence dans l'action gouvernementale, rapporte Franceinfo.

"Le préfet de police a évoqué cette mesure au regard de certaines situations observées en soirée à Paris", comme des regroupements devant des restaurants faisant de la livraison, mais cette mesure de couvre-feu n'est "pas décidée à ce stade", a assuré Matignon, en précisant qu'"une décision sera prise dans les prochains jours". Un conseiller de l'exécutif a ensuite précisé que la mesure, proposée par la préfecture de police, avait été présentée lundi par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, lors d'une réunion à Matignon où elle a "recueilli une quasi-unanimité des ministres présents".


Mais Gabriel Attal "aurait dû mettre davantage de conditionnel, d'autant que les discussions avec (la maire de Paris) Anne Hidalgo et (la présidente de l'Île-de-France) Valérie Pécresse n'avaient pas encore eu lieu", selon la même source.

Un cafouillage qui fait le bonheur de l'opposition, qui s'est empressée de dénoncer, qui l'amateurisme du gouvernement, qui une situation ubuesque ou kafkaïenne, qui encore, un gouvernement qui ne gouverne plus.

"Ouvert. Fermé. Ouvert. Fermé ... Et si un seul Français ne comprend pas, c'est qu'il est irresponsable", a ironisé le numéro 3 des Républicains Aurélien Pradié sur Twitter. "Soyez fiers d'être des amateurs", a taclé le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, en allusion à la phrase lancée par Emmanuel Macron aux députés en février après le "couac" sur le vote du deuil pour décès d'enfants, tandis que la députée LR des Hauts-de-Seine Constance Le Grip souhaitait "Bienvenue à Ubuland". La présidente de la région Île-de-France (ex-LR) Valérie Pécresse a elle fustigé un "manque de respect inacceptable vis-à-vis des collectivités locales" qui "n'a fait l'objet d'aucune concertation" en s'interrogeant: "Matignon dément... Jusqu'à quand ?" 

À gauche aussi les réactions étaient vives. "Ca tient au fait que Gabriel Attal est porte-parole d'un gouvernement qui ne gouverne plus" (...) puisque les décisions sur la crise sanitaire "ne sont plus prises en conseil des ministres mais dans le cadre du conseil de défense", a estimé sur BFM le député LFI Adrien Quatennens. "Ordres et contre ordres, propos martiaux et couacs, gestion à la petite semaine... Les Français méritent mieux ! Que fait le Premier ministre ?" a lancé sur Twitter le sénateur PS du Val d'Oise Rachid Temal.

Quoi qu'il en soit, un couvre-feu "reste sur la table" et "on verra ce qui sort du conseil de défense" mercredi matin, assure le même conseiller de l'exécutif. "La question, c'est: faut-il fermer les supérettes et supermarchés après 21h", souligne-t-on à Matignon, au vu des regroupements par endroits pour l'achat d'alcool.

Devant les députés LREM par visio, Jean Castex a plaidé qu'une "large partie de la solution repose sur nos comportements individuels". "Il faut faire bloc. Tout le pays. Il faudrait qu'une sorte d'unité nationale prime", a-t-il ajouté, selon un participant.

Les critiques des oppositions ont été d'autant plus vives que cette mise au point est intervenue après une série d'ajustements sur la liste des magasins autorisés à ouvrir pendant le confinement qui avait été mal perçue. "C'est comme pour les commerces, on n y comprend plus rien. C'est Kafka au pouvoir", a affirmé le patron des députés LR Damien Abad, pour qui "soit vous avez un confinement dur comme en mars sans aucune activité possible, soit un confinement avec de l'activité possible mais pas un confinement injuste". "On est là sur un ratage complet du gouvernement: aucune anticipation, des annonces floues et ambiguës et sans aucune concertation", a affirmé le président de LR Christian Jacob dans une interview aux Echos mardi.

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