Commission d'enquête sur les attentats : accusé d'"arrogance", Cazeneuve se justifie

Commission d'enquête sur les attentats : accusé d'"arrogance", Cazeneuve se justifie
Bernard Cazeneuve le 28 juin 2016.

Orange avec AFP, publié le vendredi 08 juillet 2016 à 18h49

- Critiqué par une association de victimes ainsi que par les responsables de la commission d'enquête sur les attentats après avoir émis des réserves sur le rapport, le ministre de l'Intérieur a voulu mettre un terme "aux polémiques inutiles". -

Invité ce vendredi 8 juillet de La Chaîne Parlementaire , le député Les Républicains Georges Fenech a dénoncé l'attitude "méprisante" et "arrogante" du ministre de l'Intérieur à l'égard du travail de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats, dont il est le président.

Huit mois après les attentats de Paris, le rapporteur de la commission, le député socialiste Sébastien Pietransanta, a présenté mardi ses conclusions. S'il n'y avait pas eu "de gros ratés" dans la gestion des attaques du 13 novembre, la France n'était néanmoins "pas à la hauteur" face à la menace jihadiste pointait le rapport, qui appelait à une refonte des services de renseignements. Interrogé mercredi par le rapporteur sur les suites qu'il entendait donner à ses 40 propositions, dont la création d'une agence nationale du renseignement, Bernard Cazeneuve avait ironisé : "Si elle devait être un guichet de plus là où vous pensez qu'il y en a déjà trop, nous serions dans une situation où nous aurions transformé le mille-feuille que vous regrettez en plum pudding".

Une réponse qui n'est pas passé auprès du président de la commission parlementaire. "J'ai été véritablement consterné par la réponse du ministre de l'Intérieur (...) c'est inacceptable. Venir nous dire que ce que nous proposons c'est du plum-pudding ! C'est une injure à notre travail, c'est un mépris, c'est une arrogance, c'est une suffisance. Et en tant que président de la commission d'enquête, je ne laisserai pas faire", a réagi sur LCP Georges Fenech. "Je suis vraiment très en colère. Et on ne lâchera pas. On ne peut pas accepter que le ministre qui endosse la plus lourde responsabilité politique sur l'année 2015 puisse venir nous dire 'tout ce que vous avez fait, ça ne m'intéresse pas."



LES VICTIMES CHOQUÉES

La réserve de Bernard Cazeneuve a également choqué l'association de victimes "13 novembre : fraternité et vérité", selon qui le ministre s'est montré "bien peu respectueux" des victimes en "balayant" les conclusions. "Nous ne nous résoudrons pas à ce que nos souffrances soient inutiles et à ce que les enseignements du 13 novembre ne soient pas tirés", affirmait cette association,qui compte des centaines de membres, dans un communiqué publié ce vendredi. Elle sollicitait également une entrevue avec le ministre "afin qu'il puisse nous expliquer en quoi la commission d'enquête se trompe".

Face à de telles réactions, le ministre s'est senti obligé de se justifier. Dans un souci de mettre fin "aux polémiques inutiles sur la position du gouvernement" à ce sujet, il a publié un communiqué en fin de journée. Il souligne que "l'expression d'interrogations sur deux propositions du rapport, qui en compte quarante, ne saurait en aucun cas être considérée comme une forme d'irrespect à l'égard du travail des parlementaires".



Bernard Cazeneuve explique que sa prudence "résulte de la volonté de ne pas soumettre les services de renseignement à un mouvement perpétuel de réformes, en l'absence d'un gain d'efficience substantiel garanti". Il rappelle les "nombreuses réorganisations au cours des derniers mois", dont ces services ont déjà fait l'objet. Il ajoute également que de nombreuses propositions du rapport ont été mises en œuvre par le gouvernement, et qu'il recevra les responsables des associations de victimes des attentats le 12 juillet.

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