Comment le Brexit va avoir un impact sur les élections municipales en France

Comment le Brexit va avoir un impact sur les élections municipales en France
Plus de 700 Britanniques siègent dans les conseils municipaux français, où ils devancent nettement en nombre les Belges et les Portugais (illustration).

, publié le samedi 01 février 2020 à 07h00

À l'heure actuelle, plus de 750 Britanniques siègent dans les conseils municipaux en France. Or, avec la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, ils ne pourront pas se représenter en mars prochain. 

Trois ans et demi après la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, le Brexit est finalement intervenu vendredi 31 janvier.

Une mesure qui va sérieusement changer la donne pour les Britanniques qui siègent aujourd'hui dans les conseils municipaux en France.




Comme tous les citoyens européens, les Britanniques avaient jusqu'à présent le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales françaises. Actuellement sur 2.493 conseillers étrangers, 757 viennent du Royaume-Uni, soit environ 30%, selon le Répertoire national des élus. Ils sont nettement plus nombreux que les Belges (544 élus) et les Portugais (357). Ils résident pour la plupart dans un grand quart Sud-Ouest de la France : Charente (70 élus), Dordogne (59), Aude (52), Haute-Vienne (40), Lot-et-Garonne (31), Hérault (30), Deux Sèvres (28), Gers (26), Lot (23)...

Or, avec le Brexit, ils ne pourront pas briguer de nouveau mandat, à moins d'avoir acquis une autre nationalité européenne depuis les dernières élections. C'est notamment le cas à Poupas, village de 85 habitants dans le Tarn-et-Garonne, où deux des trois conseillers municipaux britanniques, sur les 11 au total que compte la commune, ont obtenu la nationalité française. 

Le droit "de payer et de se taire"

Pour certaines petites communes, où il est souvent difficile de trouver des candidats, c'est un vrai casse-tête. À Perriers-en-Beauficel, dans la Manche, Patrick Head , originaire du Wiltshire (sud de l'Angleterre), va ainsi terminer son mandat. Le sexagénaire avait raflé pas moins de 89,74% des suffrages dans ce petit village normand, où il a élu domicile en 2004. Soit le meilleur score de cette commune de 216 habitants, où les électeurs peuvent rayer ou ajouter un nom. "Ça va nous manquer car Patrick nous aidait beaucoup", regrette la maire Lydie Brionne, qui explique que son colistier faisait "le lien" avec la cinquantaine de Britanniques installés dans ce coin de campagne normande. 

À Perriers-en-Beauficel, sur les onze élus de 2014, deux sont Britanniques. "Il va falloir trouver deux nouveaux candidats. C'est difficile de trouver des gens motivés dans une petite commune", souligne la maire, par ailleurs éleveuse de vaches laitières. "Depuis 20 ans, beaucoup de Britanniques se sont installés, ils ont repeuplé la commune, ça a donné du dynamisme", raconte l'élue. Avec le Brexit, "j'ai peur qu'ils soient obligés de repartir."

Loin d'être isolé, le cas de ce village normand se retrouve partout où les Britanniques sont fortement implantés. À Bellegarde-du-Razès, commune de 240 habitants dans l'Aude, les deux élus d'Outre-Manche "apportent une valeur ajoutée" au village, avec "leur importante implication dans le milieu associatif", estime le maire Gilbert De Paoli. L'Écossaise Alisson Mackie, 63 ans, installée depuis 2011, est dépitée de ne plus pouvoir se représenter en mars. "On a construit notre maison ici, on paye des impôts ici, on consomme ici mais on a été rayés des listes électorales", déplore-t-elle.

À Jouac, village de 180 habitants en Haute-Vienne, la maire Virginie Windridge, 39 ans, elle-même mariée à un Britannique, trouve aussi "très injuste que des gens qui sont là depuis des années, payent des impôts et contribuent à la vie de la commune, aient du jour au lendemain le droit 'de payer et de se taire'". "C'est dur à avaler", dit-elle.

Les deux élus britanniques actuels ont "un apport important", souligne la maire. "Déjà ils sont un relais avec la communauté britannique de la commune. Et puis ils apportent des idées différentes, une autre façon de fonctionner, de voir les choses", décrit Mme Windridge. "Ils amènent parfois un regard sur ce qui existe ou se fait ailleurs, une autre perspective". "Et, il faut bien le dire, culturellement, quelquefois, les Britanniques sont plus ouverts aux changements que nous, ont un peu moins peur de l'inconnu", ajoute-t-elle en donnant en exemple la décision d'éteindre l'éclairage public nocturne. "Les élus britanniques étaient naturellement les plus ouverts sur cette idée-là, ils voyaient de suite le gagnant-gagnant, pour l'environnement et le budget de la commune", estime-t-elle.

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