Comment Emmanuel Macron drague l'électorat catholique...

Comment Emmanuel Macron drague l'électorat catholique...
Lors de son discours aux évêques de France, le 9 avril au collège des Bernardins, le président de la République avait déjà tendu la main à la droite chrétienne.
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leparisien.fr, publié le samedi 23 juin 2018 à 22h30

Le président de la République doit rencontrer mardi le pape François lors d'une visite officielle au Vatican. Un rendez-vous hautement symbolique qui intervient après qu'il a déclaré vouloir «réparer le lien abîmé entre l'Eglise et l'Etat».

Ce sera le point d'orgue d'une stratégie de reconquête des catholiques de France. Mardi 26 juin, chaque geste, chaque mot échangé entre le pape François et le président Emmanuel Macron, sous les ors et le pourpre du Vatican, seront scrutés par ces citoyens croyants, fâchés avec la gauche de Hollande, déçus par la droite de Fillon, et encore dans le doute vis-à-vis de l'actuel chef de l'Etat.

Pourquoi ce rendez-vous hautement symbolique avec le chef de l'Eglise revêt-il un tel enjeu ? Parce que l'Elysée a beau jurer que les catholiques, traditionnellement acquis à la droite (46 % des pratiquants ont voté Fillon au premier tour de la présidentielle), ne sont en rien considérés comme « une part de marché électorale à capter », ils restent un cœur à prendre.

« Dans son grand projet d'élargir sa majorité en fracturant la droite, arracher les catholiques modérés, juppéistes et pro-européens à l'emprise des Républicains de Laurent Wauquiez est clairement un objectif stratégique du président », décrypte le politologue Jérôme Fourquet*. Un proche du président, chargé d'œuvrer en coulisses au rapprochement avec la sphère « catho », confirme : « Wauquiez est en pleine dérive. Même s'il faisait un pèlerinage Paris-Lourdes à genoux, ça ne prendrait plus, les catholiques ne sont plus dupes ! »

« Ne vous éloignez pas de la République... »

Avant la grande scène du Saint-Siège et de la remise du titre de chanoine de Latran, l'acte 1 de la reconquête fut, le 9 avril dernier, le discours des Bernardins. « Un président de la République prétendant se désintéresser de l'Eglise et des catholiques manquerait à son devoir », lança Macron aux évêques de France rassemblés sous les voûtes du collège cistercien des Bernardins. Ce soir-là, il multiplie les signes conciliants à cette communauté. Souhaitant « réparer le lien abîmé entre l'Eglise et l'Etat », appelant les catholiques « à s'engager politiquement », leur tendant la main - « j'ai besoin de vous », leur dit-il en substance -, allant jusqu'à utiliser leur propre langage - « l'enfant à naître » pour désigner le fœtus - pour bien montrer qu'il les « entend ». Sans forcément adhérer à leurs attentes.

« On redonne aux catholiques une place et une écoute qu'on leur avait retirées, justifie un conseiller élyséen. On leur dit : Ne vous éloignez pas de la République... mais on ne prend pas leur discours pour un commandement. » Au sommet de l'Etat, on craint en effet une dérive des catholiques vers l'abstention après le conflit sur le mariage pour tous et la défaite de Fillon. « Le risque existe de voir des parties minoritaires de la société se retirer, faire sécession en se détournant de la République, s'alarme-t-on dans l'entourage du président. Voyez la multiplication des écoles hors contrats. »

Fin tacticien

Derrière le dialogue renoué aux Bernardins, il y a donc un agenda politique. D'autant plus sensible que le chef de l'Etat entend faire passer l'extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Une promesse de campagne... et un signal à la gauche progressiste au moment où le quinquennat est taxé de dérive droitière.

En fin tacticien, Macron s'était bien gardé de lancer tout de go cette réforme, préférant temporiser et installer un débat - les états généraux de la bioéthique - de plusieurs mois qui vient de s'achever. Démarche saluée par les religieux. « Il a choisi d'y mettre les formes, pour ne pas humilier des catholiques qui s'étaient sentis brutalisés par le trio revanchard Hollande-Taubira-Valls avec le mariage pour tous », analyse Jérôme Fourquet, directeur de l'opinion à l'institut de sondages Ifop. Par cette manœuvre, il espère cantonner l'opposition à la PMA, quand le texte sera discuté à l'automne à l'Assemblée, aux franges les plus dures des cathos : militants de la Manif pour tous et autres Civitas.

La tactique sera-t-elle payante ? Pas si sûr, à entendre le porte-parole des évêques de France, Mgr Ribadeau-Dumas, qui rappelle l'hostilité de l'Eglise à la PMA. « Si dans trois mois une telle loi est votée, Macron pourrait laisser auprès de cette communauté un sentiment de duplicité », reprend Fourquet. Le rabibochage risquerait d'être de courte durée. A moins que des compromis ne soient trouvés sur ce fameux projet de loi sur la bioéthique.

Exemple, pour « compenser » la PMA, LREM devrait renoncer à rouvrir le débat sur la fin de vie, pourtant cher à une grande partie des députés Marcheurs. Manière habile d'apaiser les catholiques ? « La PMA permet de donner la vie, l'euthanasie d'accompagner la mort. Un moyen de favoriser la vie vaut toujours mieux que d'encourager le suicide assisté », décrypte un familier de l'Elysée habitué à prendre le pouls des catholiques du pays. Avec ces derniers, Emmanuel Macron entend construire une histoire durable.

* Auteur de « A la droite de Dieu », Ed. du Cerf, 2 018

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