Christophe Castaner, pas si simple d'être chef

Christophe Castaner, pas si simple d'être chef
Christophe Castaner a profité de son face-à-face avec des Sétois pour assurer qu'il aime diriger LREM.

leparisien.fr, publié le samedi 02 juin 2018 à 22h21

Nommé il y a sept mois à la tête d'En Marche ! sur ordre de Macron, l'ancien porte-parole du gouvernement, après un long rodage, prend la mesure du job. Sans parvenir encore à incarner la fonction.

La place Léon-Blum, façades défraîchies mais couleurs chaleureuses, s'éveille à Sète (Hérault). En bras de chemise, jean et baskets blanches qui sautent aux yeux, Christophe Castaner s'installe sur un tabouret de bar. Affable, il fera bientôt tourner le micro. Chaises, tables et viennoiseries ont été disposées. Des oriflammes livrent l'intention (« #Aucontact ») mais pas le nom du parti qui revendique être le « premier de France » avec ses 400 000 adhérents.

Pourtant, c'est aussi pour mieux s'installer en patron de La République en marche (LREM), que Castaner, nommé à sa tête en novembre, se lance dans cet échange en plein air de plus de deux heures. L'événement est ouvert à tous, mais un Marcheur y voit « une opération de mobilisation des adhérents et une façon de se faire connaître de la base ». Désormais, Castaner assume d'être « chef », contrairement à ce qu'il disait en prenant ses fonctions. « Une erreur », dit-il aujourd'hui.

«C'est compliqué, mais passionnant»

Parmi la cinquantaine de personnes venues l'écouter, beaucoup sont militants. Forcément, le débat porte parfois - un peu trop à son goût - sur la « boutique ». Sébastien confie « une désillusion sur le fonctionnement de LREM ». Jean, adossé à l'étonnante fontaine où se mêlent pieuvre et dauphins, confie : « Ce n'est pas que ça va mal, mais il y a des gens qui sont démobilisés, se demandent à quoi ils servent. »

Depuis Paris, un député LREM, plus sévère, s'impatiente : « Ça ne marche pas. Je ne sais pas dire quelles idées porte le parti, ni comment il prépare les échéances. »

Diriger LREM n'était pas son souhait, mais Castaner assure s'y plaire : « Je me suis sérieusement interrogé pour savoir si j'étais à la hauteur, je me suis rassuré. C'est compliqué, mais passionnant. » Certains de ses amis adoptent plutôt une double négation : « Il n'est pas malheureux » même si cela lui aurait plu de rester porte-parole du gouvernement « six mois de plus ».

«C'est Monsieur Castagnier !»

Apprécié, incontesté en interne, à la tête d'un parti - une exception - sans soucis financiers, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement peine pourtant à incarner la tête de LREM. A l'ombre des platanes de Sète, beaucoup ne savent pas vraiment dire qui s'adresse à eux. « M. le député... », trébuche Fabrice. « Appelez-moi Christophe ! » répond l'intéressé qui jure ne pas se formaliser de son manque de notoriété, mais n'oublie pas de raconter « la folie des selfies » la veille...

Certains de ses amis constatent qu'il imprime moins que lorsqu'il était porte-parole du gouvernement. D'autres égratignent sa prestation « neutre » dans la récente « Emission politique » de France 2, tout en regrettant qu'il soit moins présent dans les médias. Castaner assume d'avoir « levé le pied » pour laisser « de l'espace » à Benjamin Griveaux, qui l'a remplacé au porte-parolat, mais aussi pour mener « un travail de fond » au parti et multiplier les déplacements en France.

Baguette sous le bras, Nathalie le reconnaît : « C'est M. Castagnier (sic) ! » Elle vient de Marseille, ville à laquelle justement l'ex-maire de Forcalquier ne « ferme pas la porte ». L'intéressé l'admet, « c'est beaucoup plus difficile d'être chef du parti de la majorité ». D'autant, glisse un historique de LREM, qu'« Emmanuel Macron prend la lumière, et qu'elle est écrasante ».

Il lui faut être « complémentaire » de l'exécutif pour exister, sans jamais être dissonant. Ce qu'il a tenté de faire cette semaine en prenant position sur la PMA ou les glyphosates. Un « jeu d'équilibriste assez complexe », admet un proche.

Un porte-parole pour l'Europe

A ceux qui jugent que cela ne va pas assez vite, Christophe Castaner oppose un premier « succès » : la Grande marche européenne, lancée par le président Macron début avril, pour écouter les Français en vue des Européennes de 2019.

Lundi, il présentera les premiers résultats (nombre de portes frappées, de questionnaires remplis) de cette opération militante, avant une restitution sur le fond, prévue à la rentrée. « On est bien au-delà des objectifs », nous assure-t-il, ravi aussi que 75 % de ceux qui ont ouvert leur porte aient répondu au questionnaire. « Un vrai bon indicateur que ça ne va pas mal », selon lui

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