Christian Estrosi : «Toute exclusion est une défaite» pour Les Républicains

Christian Estrosi : «Toute exclusion est une défaite» pour Les Républicains
« Je n'ai pas l'intention de partir », souligne Christian Estrosi, qui s'est mis en retrait des Républicains.

leparisien.fr, publié le samedi 23 juin 2018 à 19h47

Dans une interview au Parisien Dimanche - Aujourd'hui en France, Christian Estrosi revient sur le limogeage de Virginie Calmels. Selon le maire LR de Nice, «les positions des uns et des autres ne sont pas irréconciliables» au sein de son parti.

Une semaine après l'éviction de Virginie Calmels du poste de numéro 2 des Républicains, Christian Estrosi, maire de Nice (Alpes-Maritimes), revient sur la situation de sa famille politique.

Que dit le limogeage de Virginie Calmels sur la façon qu'a Laurent Wauquiez de gérer Les Républicains ?

Depuis des mois, j'alerte ma famille politique sur le danger de la logique de l'exclusion. La droite ouverte a toujours laissé de l'espace au débat. Je me reconnais dans l'héritage que nous a laissé Nicolas Sarkozy. Mais, j'ai l'impression que nous sommes en train de dénaturer cet héritage. Où est-il écrit dans nos statuts que pour être militant il faut être d'accord en tout point avec le chef ? Faudrait-il que nous ayons la même manière de fonctionner que les partis d'extrême gauche ou d'extrême droite ? Toute exclusion est une défaite. Pour autant, la nomination de Jean Leonetti est un signe d'ouverture intéressant.

Votre famille politique risque-t-elle d'éclater ?

En Europe, de grandes familles politiques ont disparu pour les mêmes raisons. Mais l'esprit de notre famille ne va pas disparaître. Les positions des uns et des autres ne sont pas irréconciliables. Si je reste aux Républicains, c'est parce que je conserve cet espoir.

Certains s'inquiètent d'une dérive droitière...

Cela ne me dérange pas que certains estiment que, pour gagner en popularité, il faille livrer une compétition effrénée à l'extrême droite. Mais à la condition que ceux qui pensent le contraire, comme moi, ne soient pas marginalisés.

Vous avez le sentiment d'être marginalisé ?

Est-il normal que, quand vous ne pensez pas tout à fait comme le chef, le chef désigne des cadres locaux qui s'attaquent à vous au quotidien, avec la même violence que le PS ou le FN ? C'est ce qui se passe chez moi.

Le 30 juin, le conseil national des Républicains consacré à l'Europe se déroule près de chez vous à Menton. Vous allez y passer ?

Le choix de la date de ce conseil, c'est une mauvaise manière qui m'est faite. Cela fait huit mois que l'inauguration de la nouvelle ligne de Tramway à Nice est programmée ce jour-là. Je m'en suis entretenu avec Laurent Wauquiez. Il m'a proposé de me rendre visite la veille. Et je trouverai un moment pour aller à Menton afin que mon absence ne soit pas instrumentalisée.

Quatre jours avant ce conseil, votre association la France Audacieuse présente ses propositions sur l'Europe. Vous ne rajoutez pas à la confusion ?

La France Audacieuse, c'est une formation politique avec des élus locaux de différentes étiquettes. Notre vision européenne porte sur ce que nous attendons de l'Europe pour encourager les initiatives régionales. Nous ferons quinze propositions, nous verrons bien si les LR ou d'autres sont prêts à les porter, mais nous sommes attachés à notre indépendance.

Vous vous êtes mis en retrait de votre parti. Allez-vous le quitter ?

Les Républicains appartiennent autant à ceux qui veulent les reconstruire qu'à ceux qui les ont dénaturés. Je n'ai pas l'intention de partir. Je suis identifié par cet ADN. La seule chose qui m'amènerait à quitter Les Républicains, ce serait que Les Républicains me quittent, en empruntant définitivement des voies qui auraient rompu avec ce que nous sommes.

C'est-à-dire ?

Quand je vois que ça ne dérange pas trop nos dirigeants quand Thierry Mariani appelle à une union avec le FN, ça me pose un problème.

Vous n'avez jamais eu la tentation En Marche ?

Jamais ! Je vois que certains sont en marche vers le Front national chez les LR, mais je ferai tout pour les en empêcher.

Aux municipales, votre liste comportera des personnalités d'En Marche ?

Je ne pense pas un seul instant aux élections municipales.

Vous avez rencontré Édouard Philippe pour en parler ?

Les municipales ne sont pas des élections politiques. J'ai un principe, c'est d'être un homme libre. La plupart des gens qui font partie de mes équipes sont issus de la société civile. Et je crois que même M. Wauquiez a dix conseillers régionaux MoDem ou En Marche dans sa majorité à la région Auvergne Rhône-Alpes, cela montre bien que nous fonctionnons tous de la même manière.

Éric Ciotti va vous défier à Nice ?

C'est un homme libre, il fait ce que bon lui semble !

Emmanuel Macron est-il un bon président de droite ?

Il faut être d'une sacrée mauvaise foi pour critiquer des réformes que l'on réclamait hier et que les gouvernements précédents n'ont jamais engagées. Mais mon soutien n'est ni béat, ni absolu. J'ai des réserves.

Lesquelles ?

Même quand on a raison, on a tort de gouverner seul. Le dialogue avec les collectivités n'est pas ce qu'il devrait être. Par ailleurs, gouverner la France, ça peut être la dynamiser, mais ça ne peut pas être la malmener. Il faut qu'il ait des gestes, notamment en matière sociale et à l'égard de nos anciens.

Sur la question des migrants, a-t-il la bonne approche ?

La loi Asile Immigration va dans le bon sens, même s'il faudrait une politique de quotas ou la limitation du regroupement familial. Ce qui a été prévu dans le sommet franco-allemand a le mérite d'exister, mais ça ne suffit pas. Il faudrait revoir Schengen et faire en sorte que les demandes d'asile se fassent dans les pays d'origine. Quant à l'attitude du gouvernement italien, elle est déplorable, mais sommes-nous les mieux placés pour donner des leçons de morale alors que nous avons laissé l'Italie se débrouiller seule pendant des années ?

Vous auriez été prêt à accueillir l'Aquarius ?

Pas dans ces conditions. Tout simplement parce que je ne sais pas d'où viennent les personnes qui étaient à bord.

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