Christian Eckert : «Avec Macron, les plus riches se frottent les mains»

Christian Eckert : «Avec Macron, les plus riches se frottent les mains»
Christian Eckert, l'ancien secrétaire d'État chargé du Budget et des Comptes publics de François Hollande, règle ses comptes avec Emmanuel Macron.

leparisien.fr, publié le mercredi 16 mai 2018 à 18h08

Ancien secrétaire d'État au Budget, Christian Eckert raconte comment son ex-collègue à Bercy, Emmanuel Macron, a monté avec ses réseaux une opération commando vers l'Élysée.

Christian Eckert a été secrétaire d'État chargé du Budget et des Comptes publics d'avril 2014 à mai 2017. Retraité forcé de la politique - pour l'instant - il publie chez Robert Laffont un livre, intitulé « Un ministre ne devrait pas dire ça ». Un titre inspiré d'un autre qui avait beaucoup fait parler - « Un président ne devrait pas dire ça » - et dans lequel François Hollande, alors président, s'était confié à deux journalistes.

François Hollande, à qui son ancien ministre a fait lire l'ouvrage, a jugé le titre « vendeur ». L'occasion pour ce personnage tout d'un bloc de faire le bilan, mais surtout de régler des comptes. Au fil des chapitres, Emmanuel Macron fait l'objet d'un portrait au vitriol.

Vous avez été le voisin de bureau d'Emmanuel Macron à Bercy, à l'époque où celui-ci était ministre de l'Économie. Pourquoi le qualifiez-vous de « calculateur froid », de « premier président dont le cœur est un algorithme » ?

CHRISTIAN ECKERT. Lorsque vous le croisez dans l'ascenseur, il vous donne l'impression que vous avez passé huit jours de vacances avec lui, il embrasse, touche facilement... Mais c'est quelqu'un qui sait très bien où il va. Et qui manifestait, dans leur dos, une volonté affichée de ringardisation de ses collègues. À Bercy, Macron travaillait en fait déjà d'arrache-pied au financement de sa campagne. Il avait mis ses équipes du ministère sur la collecte de fonds, créé son parti en disant « non, non, c'est juste un mouvement ». À cette époque, c'était tellement gros que je refusais d'y croire.

Vous lui reprochez d'avoir monté « une véritable opération commando pour gagner l'Élysée » en mettant à profit les moyens de l'État ?

Bien sûr. Macron bénéficiait d'un cabinet pléthorique, il sortait des conseillers de partout, organisait avec sa femme Brigitte des réceptions tout le temps au frais du ministère... Sur le moment, je n'ai pas réagi pour préserver l'unité du gouvernement, alors que François Hollande était déjà très fragilisé.

Vous pointez aussi du doigt ses liens avec les affaires. Le président est-il aujourd'hui « au service des milieux de la finance et de la net-économie » ?

Oui, il est clairement au service des gens qui ont investi dans des entreprises, du numérique notamment. Au service des gens qui ont réalisé des plus-values gigantesques - plusieurs dizaines ou centaines de millions d'euros - et qui paient moins d'impôts qu'hier. Or, contrairement à son pari, sa théorie du ruissellement ne fonctionne pas : l'argent ne ruisselle pas vers les moins favorisés. Mais les plus riches se frottent les mains, et la récente suppression de l'« exit tax » leur donne une nouvelle occasion de se réjouir.

Christian Eckert publie « Un ministre ne devrait pas dire ça ».

Vous êtes sévère aussi sur la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF)...

C'est absolument dingue ! Le résultat, c'est, par exemple, que M. Fortuné - un cas anonymisé, mais bien réel ! - qui a vendu sa société 2 milliards à des Américains et encaissé un milliard après remboursement de ses dettes, et bien, aujourd'hui, ce monsieur-là ne paie plus l'ISF ! Alors qu'auparavant, il aurait dû verser 50 ou 70 millions d'euros aux caisses de l'État, désormais, c'est cadeau.

Vous voulez dire que Macron est aux mains de ses réseaux, il n'est pas libre d'agir ?

Si, il a les mains libres pour agir. Mais je pense qu'idéologiquement il a une proximité avec le monde de la finance et de la nouvelle économie. Il a été marqué par ses années de banquier d'affaires chez Rothschild. Il y a une espèce d'osmose entre la pensée du président et ce monde finance économie, c'est assez nouveau.

Vous n'êtes pas tendre, non plus, avec Gérald Darmanin, votre successeur à la tête du Budget. Pourquoi lui reprochez-vous d'avoir « le melon » ?

Parce qu'il n'a pas accepté que ce soit moi qui lui remette les clés du ministère du Budget, au prétexte que j'étais « simple » secrétaire d'État alors qu'il entrait ministre de plein exercice. Bref, nous n'étions pas du même rang. Cela m'a choqué, parce que ce sont vraiment des questions de second ordre. J'ai trouvé ça franchement arrogant, à la limite du mépris. La suite l'a confirmé par cette façon qu'a eue le nouveau gouvernement de seriner : « Avant nous, tout était mal géré et maintenant tout est merveilleux. » Quel intérêt de tirer sur ceux qui sont déjà morts ?

Êtes-vous aigri par la défaite ? Avez-vous l'envie de refaire de la politique ?

Non, je ne suis pas aigri, même si j'ai été sonné par la défaite. Revenir ? Je ne m'interdis rien. Certains m'annoncent en tête de liste PS aux prochaines européennes... Je suis disponible, je regarde. Et il faut bien appeler un chat un chat, si le PS préférait choisir Moscovici pour les Européennes, j'envisagerais peut-être bien d'aller voir ailleurs.

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