Chômage, burkini, Sarkozy : ce qu'il faut retenir de l'interview de Manuel Valls sur BFMTV

Chômage, burkini, Sarkozy : ce qu'il faut retenir de l'interview de Manuel Valls sur BFMTV
Le Premier ministre, Manuel Valls, le 11 août 2016 dans l'Allier (photo d'archives).

publié le jeudi 25 août 2016 à 09h54

Manuel Valls était l'invité de la matinale de BFMTV et RMC ce jeudi 25 août. Le Premier ministre a confirmé une nouvelle baisse de l'impôt sur le revenu pour les classes moyennes en 2017.

Il a également estimé que les arrêtés "anti-burkini" devaient être appliqués avec "discernement" et critiqué la "brutalité" de Nicolas Sarkozy.

• CHÔMAGE : "POURSUIVRE L'EFFORT"

Selon Manuel Valls, l'économie française est plus "performante" et la légère baisse du chômage enregistrée en juillet va "dans le bons sens". "74.000 chômeurs de moins depuis le début de l'année, c'est une baisse tendancielle du chômage et une baisse notamment pour les jeunes, pour les seniors pour les chômeurs de longue durée, c'est à dire que ce sont toutes les catégories qui sont concernées", a déclaré le Premier ministre.

Après deux mois décevants, l'indicateur de Pôle emploi a renoué avec sa tendance du début d'année, mais les anciens chômeurs n'accèdent pas encore à l'emploi stable. Fin juillet, Pôle emploi recensait sur ses listes 3,51 millions de chômeurs en métropole (-19.100, -0,5% sur un mois) et 3,76 millions en incluant l'Outre-mer. L'indicateur, qui atteint son plus bas niveau depuis février 2015, est quasi-stable sur trois mois (-0,1%). Mais il reste en forte baisse depuis le début de l'année (-73.900 en métropole, -2,1%) et sur un an (-44.100, -1,2%).

"Il faut continuer l'effort de soutien à la compétitivité de nos entreprises", a poursuivi Manuel Valls. "Ce qui est marquant dans les chiffres, c'est que l'économie française crée de nouveau de l'emploi. Les entreprises françaises ont créé 140.000 emplois au cours de ces derniers mois". Pour le Premier ministre, ces résultats sont "le fruit d'une croissance vigoureuse autour de 1,5% et de tous les dispositifs que nous avons adoptés depuis trois ans en faveur des entreprises".

• NOUVELLE BAISSE DE L'IMPÔT SUR LE REVENU

Le Premier ministre a également expliqué que le gouvernement allait "poursuivre la baisse de l'impôt sur le revenu" en 2017, affirmant vouloir "restituer du pouvoir d'achat aux Français". "Dans mon discours de politique générale", lors de la formation du gouvernement en avril 2014, "j'avais dit que nous baisserions de cinq milliards l'impôt sur le revenu". "Nous y sommes et nous allons poursuivre la baisse de l'impôt sur le revenu", a déclaré le chef du gouvernement.


Cette baisse d'impôt pour les classes moyennes se fera sur la base d'une prévision de croissance inchangée à 1,5% pour 2016 comme pour 2017, et malgré les craintes d'un ralentissement de l'activité après le Brexit.

• CROISSANCE : LES PRÉVISIONS MAINTENUES

Manuel Valls l'assure : le gouvernement maintient sa prévision de croissance à 1,5% du produit intérieur brut (PIB) en 2016 et 2017, malgré la croissance nulle enregistrée au deuxième trimestre. "Nous sommes sur cet objectif de 1,5% pour 2016, aussi pour 2017", a déclaré le Premier ministre. Pour cela, "il faut de la croissance au troisième et au quatrième trimestre. Or nous avons le sentiment qu'il y en a", a-t-il ajouté, notant que "les chiffres du chômage", en baisse en juillet, "d'une certain manière le démontrent".

"Évidemment, les conséquences du Brexit et la situation du tourisme, due évidemment aux attentats, pourraient nous inciter à être prudent", a tempéré Manuel Valls. Mais "Les éléments que nous avons montrent que ces chiffres sont sérieux. Nous avons toujours été sérieux" en matière de prévisions économiques, a ajouté le Premier ministre.

• BURKINI : LES ARRÊTÉS DOIVENT ÊTRE APPLIQUÉS AVEC "DISCERNEMENT"

Manuel Valls a également été interrogé sur la polémique "burkini" et sur la verbalisation de femmes musulmanes vêtues d'un simple voile sur les plages de Cannes et Nice (Alpes-Maritimes). Pour le Premier ministre, "tout ceci peut apparaître comme une stigmatisation", ce qui est "évidemment condamnable". Mais Manuel Valls a réitéré son soutien aux maires qui prennent des arrêtés "anti-burkini", dont "l'application", dit-il, doit toutefois se faire "avec discernement".

"Le burkini c'est un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme. (...) Je cois qu'on ne peut pas accepter le prosélytisme mais on ne peut pas accepter l'humiliation non plus", a-t-il ajouté. "Tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation, une volonté de s'en prendre à l'Islam est évidemment condamnable", a-t-il affirmé. "Nous ne sommes pas en guerre contre l'Islam qui a toute sa place dans la République.(...) La République est bienveillante (avec les musulmans), nous les protégerons contre les discriminations".

• INQUIET DE LA "BRUTALITÉ" DE SARKOZY

"J'ai du respect pour l'ancien président de la République. Je regarde ce qu'il dit et ce qu'il écrit. Mais ce qui m'inquiète pour mon pays, c'est la brutalité de ses propositions", a déclaré le Premier ministre. Nicolas Sarkozy est-il populiste ? "Ah oui (...) Il suit l'extrême droite et il embarque progressivement la droite républicaine". "D'ailleurs, ajoute-t-il, même les autres candidats aux primaires, y compris Alain Juppé, se laissent entraîner dans ce mouvement, dans cette voie-là. Et ça m'inquiète". "Cela donne une responsabilité supplémentaire pour la gauche et à son candidat pour rassembler bien au delà", a expliqué le Premier ministre.

Pour le chef du gouvernement, Nicolas Sarkozy est "animé par une forme de revanche à l'égard de François Hollande, de ses propres amis, peut-être à l'égard de lui-même, des Français qui l'ont sanctionné en 2012". Son programme, c'est "tout pour les riches au plan fiscal", "un programme profondément inégalitaire qui tourne le dos, au fond, à une certaine conception, qui est la mienne en tout cas, d'une république sociale". Et d'ajouter : "Quand vous proposez de supprimer 300.000 postes de fonctionnaires, c'est facile, c'est de la démagogie. Qui va être concerné ? Il faut le savoir. Ce sont d'abord les enseignants, les personnels de santé, les deux grands services qui, me semble-t-il, fondent cette République sociale et qui doivent nous aider à lutter contre les inégalités", a déclaré le Premier ministre.

• PROPOS "OUTRANCIERS" DES EX-MINISTRE

Manuel Valls a également critiqué les propos "outranciers" d'anciens ministres comme Arnaud Montebourg entrés en campagne contre François Hollande la semaine dernière, défendant en ce qui le concerne sa "cohérence". "Ce que je constate, c'est que ceux qui ont gouverné, souvent dans la période où il y a eu des choix difficiles, notamment quand il s'est agi d'augmenter les impôts, ces ministres qui à l'époque étaient restés au gouvernement, utilisent des mots outranciers, qui j'espère dépassent leur pensée, à l'égard du président de la République, du gouvernement, de la majorité", a-t-il déclaré.

"Je pense que la gauche c'est une morale, c'est aussi une manière de se comporter. Et, dans ce moment où les Français sont très sévères à l'égard de la politique, à l'égard (...) de ce qu'on appelle les élites, les comportements sont très sévèrement jugés. Moi j'ai ma cohérence, sur toute une série de sujet je peux me tromper, je peux changer, mais j'ai ma cohérence", a déclaré l'ancien maire d'Évry (Essonne). "Je suis un homme engagé à gauche, socialiste depuis 1980, profondément républicain, et qui croit que dans ce moment-là c'est le rassemblement des Français qui doit s'imposer, mais autour de quoi ? Autour d'une République ferme mais bienveillante".

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