Candidat unique à gauche en 2022: les militants entre rêve et méfiance

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Le député européen Yannick Jadot s'exprime lors de l'université d'été de son parti Europe Ecologie Les Verts à Toulouse, le 23 août 2019 dans le sud de la France
Le député européen Yannick Jadot s'exprime lors de l'université d'été de son parti Europe Ecologie Les Verts à Toulouse, le 23 août 2019 dans le sud de la France
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© AFP, PASCAL PAVANI

AFP, publié le dimanche 25 août 2019 à 13h26

Les gauches se réconcilieront-elles d'ici la présidentielle de 2022 ? Des militants d'EELV, de La France insoumise et du PS rencontrés dans les travées de leurs universités d'été l'espèrent, tout en ayant bien du mal, pour l'instant, à se projeter sur un candidat consensuel.

Un candidat unique, "c'est le seul moyen de s'en sortir, il faut faire l'union contre Le Pen et les macronistes" : Catherine, sympathisante EELV, membre du conseil d'administration de la fédération Artisans du monde, résume un sentiment déjà exprimé plusieurs fois par le député européen de Place publique Raphaël Glucksmann.

Au vu de la relative faiblesse des uns et des autres, qui même ensemble peinent à convaincre plus d'un tiers de l'électorat, "il faut travailler à des convergences, on n'a pas le choix", confie Nadine, 68 ans, de Cahors, aux "Amphis d'été" de LFI, organisés à Toulouse comme la rentrée des Verts.

"Mais je suis très méfiante", ajoute-t-elle. En effet, les barrières apparaissent très vite dans les conversations, surtout à l'évocation de candidats potentiels.

Chez les Insoumis, c'est l'ancienne tête de liste écologiste aux européennes qui cristallise la défiance : "Jadot, non !", s'exclame Nadine.

"Il est très naïf sur l'Europe", glisse pour sa part Michel, 64 ans, venu de Sarthe. Croire qu'il peut rassembler la gauche, "c'est se bercer d'illusions, il aurait du mal à faire la rupture avec le capitalisme" souhaitée par les Insoumis, ajoute-t-il. 

"Je n'aurais pas confiance, il caricature la gauche radicale", dénonce Jérôme, ingénieur informatique venu de la banlieue de Grenoble. Une référence à des propos de Yannick Jadot, pendant la campagne des élections européennes, sur François Ruffin et le populisme.

Les militants sont parfois plus rancuniers que leurs leaders, car les deux hommes se sont rencontrés vendredi et n'ont pas rechigné à envisager un travail commun.

"Tant pis si ça n'est pas Yannick Jadot", souffle, beau joueur, Mickaël, militant EELV de 31 ans. "Auprès des classes populaires, je ne suis pas sûr qu'il ait la même image" que François Ruffin, avance-t-il.

- Archipel -

M. Jadot, qui veut surfer sur son beau score de 13,5% aux européennes, semble en passe de devenir aussi clivant... que Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci est accusé depuis La Rochelle par Agnès, militante PS depuis 14 ans à Bourges, d'entretenir "le culte du chef". "Il a eu des prises de position notamment sur le conflit syrien qui sont inacceptables", ajoute-t-elle, se prononçant "contre une alliance avec les Insoumis".

C'est réciproque, car les Insoumis interrogés rejettent les socialistes, tandis que l'écologiste Catherine se montre tolérante : "Vu leur état aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'ils sont dangereux".

Conscients de cette faiblesse, les militants PS ne semblent pas arcboutés sur une candidature émanant de leurs rangs. L'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui a refait surface depuis quelques mois, est "celui qui est le plus rassembleur au PS entre courants, mais au-delà...", observe Xavier, Bordelais de 29 ans. Mais lui aussi divise.

Au-delà de la personnalité, c'est le travail de fond qui fera la décision, notent certains. "Ce n'est pas les candidats potentiels qui manquent. Il faut un programme réellement de gauche pour répondre aux problèmes actuels", estime Georges, militant communiste venu à l'université d'EELV.

"Ca va se jouer sur la ligne politique, est-ce qu'on se met d'accord sur le fond ?", abonde Mickaël. 

Plutôt qu'une primaire "qui ne sert qu'à se déchirer", "on peut réfléchir autour de la notion d'Archipel de Patrick Viveret", essayiste altermondialiste présent aux journées d'été d'EELV, plaide Catherine : "trouver un tronc, un projet commun, où chacun garde son identité".


La députée LFI Clémentine Autain met elle-même depuis quelques mois en avant la méthode de l'Archipel.

"Ce n'est pas irréconciliable" à gauche, lâche Michel. Mais, dit l'Insoumis avec un fatalisme mêlé de la détermination du militant prêt à en découdre, "à mon avis, il y aura plusieurs candidatures" à gauche en 2022.

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