Chez Bygmalion, du "tabou" à la "délivrance" de la révélation des fausses factures

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Guy Alvès (D), co-fondateur de Bygmalion, au tribunal de Paris le 17 mars 2021 avec son avocat Patrick Maisonneuve
Guy Alvès (D), co-fondateur de Bygmalion, au tribunal de Paris le 17 mars 2021 avec son avocat Patrick Maisonneuve
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© AFP, THOMAS COEX

publié le jeudi 27 mai 2021 à 22h27

Au procès Bygmalion, le cofondateur de l'agence qui a organisé les meetings de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 a raconté jeudi au tribunal le "tabou" du système des doubles factures pour masquer les dépenses excessives, puis la "délivrance" des révélations.    

Depuis mardi, le tribunal a entendu trois des quatre ex-cadres de Bygmalion qui comparaissent pour la fraude, aux côtés d'anciens membres de l'équipe de campagne et de l'UMP (devenu Les Républicains). L'ancien chef de l'Etat, jugé uniquement pour "financement illégal de campagne", n'est pas présent à l'audience.

Tour à tour, Franck Attal (qui a organisé les meetings), Sébastien Borivent, son supérieur hiérarchique, et Guy Alvès, co-fondateur de Bygmalion, racontent la même version.

Les meetings qui s'accélèrent et l'équipe Sarkozy qui en veut toujours plus, puis la folle demande de l'UMP : le plafond de dépenses autorisé va exploser, il va falloir facturer le parti. 

A Bygmalion, le président Bastien Millot, très proche du patron de l'UMP Jean-François Copé, donne son "feu vert", assurent-ils tous à la barre. M. Millot, lui, regarde le sol. Il a toujours soutenu qu'il ne savait rien. 

L'UMP, "c'est son client", insiste Guy Alvès, qui ne veut pourtant pas se défausser. "J'ai accepté. J'étais conscient que c'était illégal. Je l'ai fait et je l'assume", clame-t-il de son débit rapide qui monte parfois dans les aigus.

"On n'avait pas le choix. Si je dis +non+, ma boîte est morte et je mets au tapis 40 collaborateurs". Et puis, quelle voie de recours ? "Je ne vois pas le président-candidat m'appeler pour s'excuser et me demander à quel ordre il met le chèque !".

La présidente Caroline Viguier s'étonne de la facilité avec laquelle la fraude a été acceptée.

"On a l'impression que ce passage de +ligne jaune+ comme vous dites, ne suscite que très peu de réaction".

Tout de même, rappelle-t-elle, on parle de dépenses de campagne qui se seraient élevées à au moins 42,8 millions d'euros, près du double du plafond légal autorisé. Pour Bygmalion, c'est 80% de la facture - 16 sur 20 millions - qui disparaîtra des comptes et sera facturé à l'UMP sous couvert de conventions fictives.  

- "Ca rentre ?" -

Guy Alvès réfléchit. "Assez bizarrement, une fois la décision prise, ça devient un sujet tabou chez nous". 

Et quand il faut en parler, par exemple quand arrivent de nouvelles factures, on le fait de manière détournée. "On se dit +tu sais si ça rentre ?+ mais on ne formalise pas l'infraction".

Jusqu'à novembre 2012 et un premier article du Canard enchaîné. Guy Alvès, Franck Attal et Bastien Millot se réunissent.

"On acte le fait que si ça devait déraper on prendrait nos responsabilités", affirme M. Alvès. "Si d'aventure on devait aller à ce cas extrême qui est... aujourd'hui", dit-il dans un petit rire nerveux, "on dirait la vérité".

Pour se couvrir, ils ont une clef USB - qui sera plus tard remise aux enquêteurs - chargée des preuves de la double comptabilité. 

En 2014, arrive l'avalanche de révélations dans la presse. Et les accusations d'enrichissement personnel - "Vous vous êtes gavés pendant la campagne, vous avez braqué l'UMP", se rappelle Guy Alvès - mais aussi la thèse d'une constitution de "caisse noire" pour l'avenir politique de M. Copé. 

"Ca dure cinq mois, j'ai des menaces de mort, les collaborateurs se barrent les uns derrière les autres, je me fais massacrer par la presse et les députés UMP", relate-t-il. "C'est un trauma".  

Jusqu'à la "délivrance" quand la véritable fraude est révélée dans Libération, dit-il.

Parmi les prévenus de l'équipe de campagne, personne à part Jérôme Lavrilleux n'a reconnu le système. 

La présidente a une dernière question pour Guy Alvès:

- Comment vous expliquez la position de M. Millot ?

- Elle est totalement incompréhensible", assure-t-il. 

Son interrogatoire se poursuit vendredi, avant celui de Bastien Millot.

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