Burkini, "discrétion" : Chevènement clarifie ses positions

Burkini, "discrétion" : Chevènement clarifie ses positions
Jean-Pierre Chevènement à l'Élysée le 9 janvier 2015.

publié le mardi 16 août 2016 à 10h25

- Réagissant sur les arrêtés anti-burkini, l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, pressenti pour diriger la Fondation pour l'islam de France, estime que la "liberté" prévaut sur les plages sauf en cas de "nécessité d'ordre public". Il considère également que la polémique sur son conseil de "discrétion" aux musulmans est "subalterne et stupide".

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Jean-Pierre Chevènement, qui pourrait bientôt prendre la tête de la Fondation pour l'islam de France, s'est dit mardi matin sur Europe 1 favorable à une "liberté" de tenues à la plage, mais a estimé que les maires sont "fondés" à interdire le burkini en cas de "nécessité d'ordre public". "Les gens sont libres de prendre leur bain costumés ou non. (...) Ma position, c'est la liberté sauf nécessité d'ordre public. Quand il y a la possibilité de heurts, comme il a pu s'en produire à Sisco en Corse, le maire de Sisco, comme le maire de Cannes, sont fondés à prendre des arrêtés. Ça fait partie des pouvoirs des maires qui sont chargés d'assurer la tranquillité publique", a-t-il estimé.



"Il ne faut pas flatter les communautarismes (...). Il faut plus d'amitié civique". [...] "Nous sommes une république laïque, cela veut dire que nous distinguons un espace public, laïc, dans lequel que les citoyens, à égalité, débattent pour définir ce qui est l'intérêt général", a-t-il ajouté.

Le maire PS de Sisco (Haute-Corse) Ange Pierre Vivoni a interdit le port de burkini après qu'une rixe a éclaté samedi sur la plage alors que, selon des témoins, des touristes prenaient en photo plusieurs femmes qui se baignaient en burkini. Le 28 juillet, le maire Les Républicains (LR) de Cannes, David Lisnard, avait également pris un arrêté similaire, suivi le 5 août par le maire (LR) de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), Lionnel Luca.



- " Il faut que chacun cherche à s'intégrer à la société française" -

Jean-Pierre Chevènement a également déploré la "polémique subalterne et stupide" suscitée la veille par son conseil de "discrétion" aux musulmans. "On a demandé aux catholiques, aux juifs, aux protestants de faire preuve aussi d'une certaine discrétion parce que dans l'espace public, c'est l'argumentation raisonnée qui l'emporte", a-t-il affirmé.  

"Toutes les vagues antérieures de l'immigration en France, d'Europe centrale - Polonais, Ukrainiens, Russes, Arméniens, juifs - ou venant d'Asie du Sud-Est ont fait quelques efforts pour adopter nos us et coutumes. Ce même effort est requis de tous. Il faut que chacun cherche à s'intégrer à la société française. L'intégration n'est pas un gros mot, ça veut dire avoir accès aux codes sociaux qui permettent l'exercice des libertés", a-t-il poursuivi. 

"L'identité française est mouvante, elle s'enrichit de leurs apports (des immigrés) mais eux-mêmes, et chacun, doit faire un effort pour que, dans le cadre de la république laïque, ce soit la paix civile qui l'emporte", a-t-il ajouté. "Je pense que ce qui est en jeu, c'est l'avenir de nos concitoyens de tradition musulmane dans la République française".

- "Je ne suis pas candidat, je suis disponible" -

Aux critiques concernant sa possible nomination à la tête de la Fondation de l'islam de France, l'ancien ministre de l'Intérieur a répondu : "Je ne suis pas candidat, je suis disponible. Je ne me déroberai pas à cette demande". 

La sénatrice UDI Nathalie Goulet a notamment estimé mardi sur France Inter qu'il était du rôle des "musulmans eux-mêmes" de choisir le président de la Fondation pour l'islam. Auteure d'un rapport sur l'organisation de l'islam en France, l'élue de l'Orne a rappelé la fonction première de cette fondation, initiée par Dominique de Villepin, qui "devait servir uniquement à rendre les financements de l'islam plus transparents". Par conséquent, "l'État ne peut s'immiscer", insiste-t-elle.



Nathalie Goulet a également critiqué "la double sincérité de l'État", voire une "schizophrénie", dans la mesure où "l'on considère l'islam comme une religion comme les autres mais on interfère dans son organisation à la fois".

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