Bruno Retailleau : « La maladie chronique de la droite, c'est l'apathie intellectuelle »

Bruno Retailleau : « La maladie chronique de la droite, c'est l'apathie intellectuelle »
Avec Force Républicaine, Bruno Retailleau veut porter une « politique de liberté et de civilisation ».

leparisien.fr, publié le jeudi 07 juin 2018 à 07h40

Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, relance le mouvement Force Républicaine, créé par François Fillon.

Bruno Retailleau a pris la tête il y a six mois du mouvement créé par François Fillon en 2002, Force républicaine.

Vous êtes en train de relancer Force Républicaine, le mouvement de François Fillon. Le parti Les Républicains ne vous convient plus ?

Nous vivons une rupture profonde. Parce que l'Occident ne détient plus le monopole de l'Histoire et que nous assistons à l'émergence du tragique à travers le terrorisme islamiste. Parce que l'avènement d'Emmanuel Macron sur la scène politique française nous oblige, aussi, les uns et les autres, à nous redéfinir. Ces nouveaux enjeux nous contraignent à un travail de fond. Je ne sais pas si le parti fait ce travail-là. Moi, je veux le faire. La maladie chronique de la droite, c'est l'apathie intellectuelle.

Laurent Wauquiez ne mène pas ce travail de réflexion ?

Mon point de départ, ce n'est pas l'opposition à Laurent Wauquiez, c'est le projet pour la France. Ceux qui le critiquent n'avaient qu'à se présenter à l'élection à la présidence des Républicains.

Le parti distribuera des tracts ce week-end « Pour que la France reste la France » que certains estiment proches des thèses du FN...

Il faut se méfier des slogans. Le pire pour nous serait de remplacer la pensée par des tracts.

Qu'apportez-vous de différent par rapport au projet LR ?

Il y a deux idées que Force Républicaine veut porter. Une politique de liberté, tout d'abord. Or, je vois bien que dans ma famille politique, il y a une tentation de l'étatisme. Et puis, une politique de civilisation, notamment contre l'islam radical sur laquelle, c'est vrai, il y a très peu de différences et de ce point de vue, c'est plutôt rassurant.

Et sur l'Europe ?

J'attends encore de connaître la ligne du parti. Nous allons en débattre à Menton le 30 juin prochain. Mais je veux peser dans ce débat : je suis favorable à l'Europe mais à une Europe protectrice, notamment au plan de l'immigration. Je suis, par exemple, pour un renforcement de Schengen avec le triplement des crédits de Frontex, pour que ce soit du donnant donnant vis-à-vis des pays sources de l'immigration : une aide au développement oui mais en contrepartie un accord de réadmissions des migrants illégaux. L'Europe doit aussi porter un projet de civilisation, et ne pas se réduire seulement à une Europe marchande et technocratique. Tous au sein des LR ne sont pas pro-européens. Ce sont ces sujets-là qui doivent être débattus en priorité.

Que visez-vous précisément ?

Deux tiers des adhérents de Force Républicaine ne sont pas membres de LR. Les grands partis politiques n'ont plus désormais le monopole de la représentation civique, d'où l'intérêt de Force Républicaine.

Pour élargir au centre ou à droite ?

Avant de penser droite ou gauche, il faut penser France. La politique a besoin de clivages mais je pense que les clivages se déplacent. Je suis absolument persuadé qu'en débattant on peut trouver des points d'accord, aussi bien avec des Français qui ont pu voter à gauche ou au centre qu'avec ceux qui ont voté aux extrêmes, de droite comme de gauche. Prenez la PMA pour tous à laquelle je m'oppose, elle est contraire aussi à la pensée d'un José Bové au nom du principe naturel ; sur la question de notre modèle culturel par exemple, je suis plus proche d'un Jean-Pierre Chevènement que de ceux qui culpabilisent les « mâles blancs ».

Vous pourriez vous élargir aussi aux idées de Marine Le Pen et de Marion Maréchal ?

Marine Le Pen, Marion Maréchal, c'est la même chose. L'une et l'autre tentent de se « dé-lepéniser », l'une en changeant le nom de son parti, l'autre en abandonnant son nom de famille, mais l'une et l'autre continuent d'incarner des idées d'extrême droite. Leur ADN, c'est de mettre en face des problèmes des boucs émissaires, l'exemple sur l'Europe est symbolique, qui peut dire aujourd'hui le projet que porte Marine Le Pen pour l'Europe de demain. Il y a toujours eu une muraille de Chine entre nous et ce courant politique et d'ailleurs Laurent Wauquiez est très clair sur ce point. Mais je dis à mes amis que l'objectif de l'extrême droite, c'est de digérer la droite française. Moi, j'appelle à ne pas tomber dans ce piège. Mais pour cela il faut être nous-mêmes, une droite qui assume ses valeurs mais qui sache se redéfinir.

Êtes-vous prêt à constituer des listes communes avec LREM pour les prochaines municipales ?

Nous aurons des candidats dans les grandes communes. Je vois bien que M. Castaner (NDLR, le leader de LREM) a une difficulté, LREM n'est pas implantée sur le terrain. C'est la stratégie du coucou et nos propres têtes de liste n'ont pas à se faire phagocyter par les équipes d'En marche. C'est aussi un devoir de clarté vis-à-vis de l'électorat.

Que devient François Fillon ?

Je ne l'ai pas vu depuis un certain temps. Il a définitivement tourné la page de la vie politique et il se consacre à ses activités professionnelles.

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