Brexit : Marine Le Pen, persona non grata au Royaume-Uni, se défend en attaquant Obama

Brexit : Marine Le Pen, persona non grata au Royaume-Uni, se défend en attaquant Obama
Marine Le Pen

, publié le lundi 25 avril 2016 à 11h50

La présidente du Front national affirmait avoir été invitée par les partisans de la sortie de l'Union européenne pour mener campagne outre-Manche. Pourtant, le camp du "Brexit" veut lui interdire l'entrée au Royaume-Uni.

Marine Le Pen se défend ce lundi de toute volonté d'"ingérence"... dont elle accuse en revanche le président américain.

Cafouillage ce week-end parmi les partisans d'une sortie de l'UE des deux côtés de la Manche. Le FN a affirmé que Marine Le Pen avait été invitée au Royaume-Uni par les partisans du Brexit, pour défendre leurs positions, alors que le camp du non au maintien dans l'Union se défend de toute proximité avec elle, demandant même qu'elle soit interdite d'entrée dans le pays. Marine Le Pen a réagi à cette polémique ce lundi 25 avril, dans "Les 4 vérités" sur France 2. Elle se défend de vouloir faire de "l'ingérence" dans les affaires britanniques, contrairement - dit-elle - à Barack Obama, qui a plaidé ce week-end pour un maintien du royaume dans l'UE.

Tout est parti d'une lettre de Gisela Stuart, coprésidente de la campagne officielle "Vote Leave", en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE au référendum du 23 juin, adressée à la ministre de l'Intérieur britannique Teresa May. Elle lui demande de "refuser l'entrée" de la présidente du parti français, qui soutient le Brexit, à cause de "ses opinions extrémistes".



- "M. Obama est venu faire de l'ingérence dans les affaires de la Grande-Bretagne" -

"Je lui pardonne beaucoup, parce qu'elle est pour la sortie de l'Union européenne, elle est contre l'Union européenne, assure Marine Le Pen. Mais enfin, elle reste une socialiste (Gisela Stuart est membre du Parti travailliste, NDLR). Les socialistes ont toujours eu un léger problème avec la démocratie", a ironisé Mme Le Pen sur France 2. "Je m'étonne qu'elle n'ait rien dit pour la venue de M. Obama qui, lui, est venu faire de l'ingérence dans les affaires de la Grande-Bretagne, tacle l'eurodéputée. Je ne vais pas faire d'ingérence. Si j'y vais, j'irai pour parler de la nécessité pour les peuples de se déterminer par rapport à l'Union européenne", a-t-elle expliqué.

"Je plaide pour que chaque peuple de l'Union européenne ait la possibilité d'avoir accès à un référendum, de pouvoir dire ce qu'il pense de ce qu'est devenue l'Union européenne. Alors que M. Obama est venu pour menacer la Grande-Bretagne, ce qui semble-t-il n'a choqué personne", insiste-t-elle. La semaine dernière, lors d'une visite à Londres, le président des États-Unis a plaidé pour le maintien des Britanniques dans l'UE. Le vice-président du FN Florian Philippot a alors lui aussi dénoncé une "ingérence" du chef de l'État américain.

Pour Marine Le Pen, "ça veut dire qu'en réalité cette Union européenne, dont on nous avait vendu qu'elle avait été construite précisément pour faire contrepoids aux États-Unis, est en fait totalement à la botte des États-Unis. C'est une construction américaine qui est non seulement autorisée, mais poussée par les États-Unis", estime la conseillère régionale en Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

- Marine Le Pen veut un référendum dans chaque pays -

Marine Le Pen demande à nouveau, par ailleurs, que la France puisse aussi voter sur son appartenance à l'UE : "C'est la moindre des choses. En 2005, on a posé la question aux Français, et on s'est empressé de violer la volonté exprimée par le peuple français, qui avait dit non à la Constitution européenne", explique-t-elle. Samedi, depuis la Roumanie, elle a plaidé pour que chaque pays puisse, comme la Grande-Bretagne, décider s'il veut ou non rester dans l'Union européenne.

La responsable de la campagne "Vote Leave" a récemment adressé une lettre officielle à la ministre de l'Intérieur britannique pour se désolidariser du FN. L'existence de ce courrier a été révélée dimanche par la BBC et l'AFP. Mme Stuart y évoque une visite de Marine Le Pen prévue pour mai, qu'elle demande au "Home Office" de faire interdire.

De son côté, M. Philippot assure que Mme Le Pen a été "sollicitée pour aller soutenir le camp du Brexit", et qu'elle "étudie l'opportunité d'un tel déplacement". "Le Royaume-Uni est un État de droit et une démocratie avancée et donc une Française, de surcroît élue, peut parfaitement y circuler librement", souligne-t-il. La visite de Mme Le Pen "permettrait aux Britanniques qui souhaitent sortir de l'Union européenne de savoir qu'il y a des responsables européens de premier plan qui les soutiennent", estime le député européen.

- Les eurosceptiques britanniques pas séduits par Marine Le Pen -

Mais Mme Stuart explique sa requête en écrivant que Mme Le Pen "a tenu dans le passé nombre de propos clivants et incendiaires, notamment en comparant les musulmans priant dans la rue à l'occupation nazie en France". "La présence de Mme Le Pen au Royaume-Uni ne contribuerait pas à l'intérêt général", poursuit-elle. "Par conséquent, je vous exhorte à exercer vos pouvoirs, en vertu de la législation sur l'immigration, pour refuser son entrée dans le pays dans le cas où elle tenterait de se rendre au Royaume-Uni", conclut la députée travailliste.

Interrogée dimanche sur cette lettre au cours d'une interview sur la BBC, Mme May a refusé de dire quelle suite elle allait lui donner, rappelant qu'elle ne s'exprimait pas "sur des cas individuels". "Je pense que le fait qu'elle (Mme Stuart, NDLR) m'a écrit pour empêcher quelqu'un d'entrer dans le pays suggère que nous avons le contrôle de nos frontières", a cependant déclaré la ministre. Connue pour son euroscepticisme, Mme May a néanmoins rejoint le camp du Premier ministre David Cameron, militant du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne.

L'un des principaux arguments des partisans d'une sortie de l'UE est la reprise du contrôle des frontières et de l'immigration. Le chef du parti europhobe et anti-immigration Ukip Nigel Farage a, quant à lui, déclaré sur Sky News qu'il ne pensait pas qu'une intervention de Mme Le Pen serait utile à la campagne en faveur du Brexit. Mais il s'est opposé à ce qu'elle soit interdite d'accès au territoire britannique.

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