«Bottom up» : quand Macron se prend les pieds dans le franglais

«Bottom up» : quand Macron se prend les pieds dans le franglais

Portrait/Illustration du Président français Emmanuel Macron à l'Elysée pour la venue du Premier ministre québécois Philippe Couillard le 5 mars 2018 à Paris

leparisien.fr, publié le dimanche 01 avril 2018 à 19h29

Le chef de l'Etat a suscité une déferlante de moqueries en employant ce jeudi un de ces obscurs anglicismes dont il est coutumier.

 

Do you speak Macron ? « La démocratie est le système le plus bottom up de la terre », lançait ce jeudi le chef de l'Etat dans un discours sur l'intelligence artificielle. Au risque d'être encore rappelé à son passé dans la banque d'affaires, où l'expression « bottom up » signifie « du bas vers le haut ».

 

Depuis, c'est l'avalanche sur les réseaux sociaux, où l'on se perd en conjectures sur le sens de cette obscure tirade. Ainsi les uns relèvent-ils que le mot « bottom » désigne certes le bas, mais aussi les dessous et... le postérieur. Et que « bottoms up ! », littéralement « fesses en l'air », est le cri de guerre des buveurs britanniques au moment de lever le coude, à rapprocher de notre convivial « cul sec ». D'autres se demandent si les ordonnances sont bien « bottom up », et pas plutôt « top down ».

 

Et d'aucuns soulignent qu'il s'agit en tout état de cause d'une lapalissade, le mot démocratie signifiant, dans son étymologie grecque, le pouvoir (« kratos ») par le peuple (« demos »).

L'anglicisme de trop ? Oui, pour le gardien de la langue française Bernard Pivot, qui a chapitré le président d'un tweet cinglant : « Cette phrase dévalue la démocratie d'expression française ».

 

Rien de neuf sous le soleil de la « start-up nation » macroniste, pourtant. Le « boss » -comme certains fidèles l'appellent- revendique de ne pas être un « défenseur grincheux » de la francophonie. Lui dont l'épouse Brigitte fut professeure de français est coutumier de cette novlangue empruntée au monde de l'entreprise, dont il se targue d'avoir importé les recettes en politique. On ne compte plus ses discours prononcés en anglais, langue qu'il parle couramment avec une pointe d'accent yankee. Ni ses emprunts à la langue de Shakespeare.

A peine élu, il avait ainsi annoncé la création d'une « task-force anti-Daech » à l'Elysée. Puis vantait peu après, au salon VivaTech, les « civic tech, greentech, cleantech », la « silver économie et le crowdfunding », achevant d'un vibrant « entrepreneur is the new France ». Et comprenne qui pourra. Il lui arrive d'en rire. Interrogé en juin sur sa tentation de 2014 de quitter la politique, il avait répondu, tout en autodérision : « J'ai pivoté le business model ».

En Macronie, où nombre d'élus sont issus du privé et des bancs des grandes écoles de commerce, on ne dit pas « bénévoles » mais « helpers », ni travail d'équipe mais « team building ». Et l'on « brainstorme » volontiers sur le « draft » du « speech » préparé en « coworking » malgré des cabinets « sous-staffés ».

Une langue de bois qui ne dit pas son nom ? Le danger est grand de ne pas être compris de tous. Mais là n'est pas le sujet du président qui, à travers ce jargon, cherche d'abord à rassurer investisseurs et financiers. « France is back », lançait-il à Davos. Au risque de l'entre-soi.

 

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