Borloo : «C'est le dernier moment pour faire quelque chose» pour les banlieues

Borloo : «C'est le dernier moment pour faire quelque chose» pour les banlieues
Jean-Louis Borloo a élaboré 19 «programmes» en vue d'une ambitieuse «réconciliation nationale».

leparisien.fr, publié le jeudi 26 avril 2018 à 18h06

Jean-Louis Borloo, qui a remis ce jeudi matin son plan d'action pour les banlieues au Premier ministre, est inquiet. Pour l'ex-ministre de la Ville, il y a urgence à agir.

Jean-Louis Borloo a remis son plan pour les banlieues, ce jeudi matin, sans flonflons, à Matignon, et non à l'Élysée comme initialement promis. Quand on lui demande ce qu'il en fera, le Premier ministre répond : « Il faut que je le lise. » De mauvais augure ? Comme un avertissement, Borloo estime, dans l'épilogue de son rapport, que « les moyens déployés dans les quartiers prioritaires sont en dessous du minimum républicain ». Et met en garde contre le risque de « repli ».

En quoi votre plan est-il différent de tous ceux qui ont déjà été présentés ?

JEAN-LOUIS BORLOO. (Long silence.) Je n'ai pas envie de comparer. Ce plan répond à l'appel de Grigny, celui de centaines de maires, d'associations, qui ont dit : « On n'en peut plus, nos quartiers n'en peuvent plus, notre jeunesse n'en peut plus. On a moins de moyens que les autres, on a plus de besoins. » Si le président ne s'en mêle pas, c'est un signal. C'est le chef de la nation, le garant de la cohésion nationale. Mais l'idée centrale, c'est que c'est l'affaire de toute la nation.

Dans quel état avez-vous trouvé les banlieues ?

La situation n'est pas homogène. On en a 220 qui sont en situation vraiment délicate, 60 en grande fracture et 15 en grande rupture. Il y a un désenchantement, qui est en train de devenir de la colère. Et ce sentiment, dans ces territoires délaissés, que non seulement c'est plus dur, mais presque impossible. De l'autre côté, il y a une France à qui l'on a fait croire que l'on avait versé des milliards dans les banlieues. Il faut tordre le cou aux idées reçues.

Que retenez-vous d'autre ?

Le paradoxe, c'est que ce sont en même temps des quartiers bouillonnants d'initiatives, de solidarité, de créativité. Ce qui m'a touché, c'est l'héroïsme discret de tous ces profs. Un point qui m'a choqué : les acteurs sociaux font le métier le plus dur et le plus important qui soit, mais par la logique d'appels à projets, on les met eux-mêmes dans la précarité. Ce qui m'a frappé aussi, c'est le léger retrait de la place des femmes. Là, il y a un sujet majeur.

Proposez-vous des mesures particulières pour elles ?

Il y a des propositions les concernant dans chacun des 19 programmes présentés.

Y a-t-il des mesures particulières sur le communautarisme ?

Et si l'on commençait par traiter ce que l'on sait traiter ! Les quartiers, c'est un terrain que l'on a abandonné. C'est en y investissant qu'on luttera contre tous les replis, la délinquance, la radicalisation...

Quelles sont les mesures à appliquer en priorité ?

Il n'y a pas de priorité. Ce sont 19 programmes. Ils doivent démarrer tout de suite, tous. Je ne crois qu'à l'effet blast.

C'est tout ou rien ?

Non, c'est tout et tout. Et peut-être plus !

Combien cela coûte au global ?

Je ne répondrai pas à cette question. Je vois bien le piège. Chaque fois qu'on s'y aventure, pour certains, c'est toujours trop et pour d'autres, jamais assez. On a un problème d'allocation des ressources humaines et financières. Au fond, c'est l'occasion de revisiter le modèle français.

Comment mieux utiliser ces moyens, alors ?

Il faut que tous les acteurs publics aient une obligation de moyens pour aller vers l'égalité réelle. Je propose une révision constitutionnelle, qu'il y ait une Cour de l'équité territoriale pour les contrôler.

Vous voulez « un général Patton » pour piloter ce plan, c'est-à-dire, un ministre d'État ?

J'ai dit « un général Patton » pour l'incarnation de l'État. Après, il y a des discussions. Il faut aussi une équipe très puissante, que les 19 programmes soient pilotés par des personnalités de haut niveau, qui n'ont pas d'agenda personnel.

Qui ?

Ce ne serait pas correct de donner les noms. Mais j'ai passé des semaines à réfléchir à ceux que je proposerai au président.

Et vous, quel rôle pourriez-vous jouer ?

Je ne reprendrai pas de responsabilités gouvernementales, mais je veux bien être dans le suivi.

Il y a eu une déception dans les quartiers, vis-à-vis d'Emmanuel Macron. Depuis son élection, la politique de la ville est passée sous les radars...

C'est plus grave. Il y a eu les coupes budgétaires, les suppressions de contrats aidés, la baisse de l'APL ! Mais pour moi, c'est du passé.

A-t-il pris conscience de l'urgence ?

Ce processus, il ne s'est pas fait sans sa volonté. Tout ce travail n'a pas été fait à la demande d'un think tank ! Ce n'est pas un truc qui est sous-traité à l'extérieur, je ne suis pas un cabinet de conseil ! Je ne suis pas en apesanteur. Je n'arrive pas un quart de seconde à imaginer qu'un travail souhaité et co-construit avec tout le monde soit mis sur une étagère. Mais ce n'est pas la Bible. Je n'aurai pas de vexation d'auteur.

Avez-vous des garanties ?

Dans la vie, vous n'avez jamais de garantie. C'est le dernier moment pour faire quelque chose. Après, le billet n'est plus valable. Si tout cela ne se faisait pas, je ne pourrai m'en prendre qu'à moi. Cela voudrait dire que je n'ai pas été assez convaincant.

Quel est le risque si rien ne se passe ?

Je préfère ne pas le dire... Je fais partie des inquiets. On a le choix entre le repli sur soi, être un petit pays qui va s'affaiblir par ses fractures, ou redevenir une grande nation. Je pense que cela peut, en plus, créer une grande dynamique, une épopée.

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