Beauvau tourne la page du duo Castaner-Nuñez, de grands chantiers en suspens

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Laurent Nunez et Christophe Castaner quittent l'Élysée après la réunion hebdomadaire du cabinet à Paris le 26 février 2020
Laurent Nunez et Christophe Castaner quittent l'Élysée après la réunion hebdomadaire du cabinet à Paris le 26 février 2020
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© AFP, Ludovic Marin

, publié le lundi 06 juillet 2020 à 21h16

Après une vingtaine de mois marqués par la crise des "gilets jaunes", le duo Castaner-Nuñez passe la main au ministère de l'Intérieur, où de grands chantiers restent en suspens sur fond de malaise persistant chez les forces de l'ordre.

Gérald Darmanin a été nommé en remplacement de Christophe Castaner et se voit adjoindre Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté. Pour les nominations des secrétaires d'Etat, attendues dans quelques jours, "il serait dans l'ordre de choses que Laurent Nuñez soit maintenu", selon l'Elysée.

"La place Beauvau est le ministère des ennuis, pas de l'ennui." Cette antienne de l'ex-ministre Bernard Cazeneuve, Christophe Castaner et Laurent Nuñez ont eu tout loisir de l'expérimenter depuis octobre 2018. 

Nommé après le départ vaudevillesque de Gérard Collomb, le duo formé d'un très proche d'Emmanuel Macron et de l'ex-patron du renseignement intérieur, expert des questions de sécurité, devait piloter un ministère avec une feuille de route non plus exclusivement dédiée à la lutte antiterroriste. Et accessoirement réformer la carte électorale en vue des élections de 2022.

Il s'agissait notamment de donner du fond à la police de sécurité du quotidien (PSQ) qui, si elle avait fait l'objet d'annonces sous M. Collomb, est toujours considérée en interne "comme un assemblage de mesures hétéroclites", selon un cadre policier.

La crise des "gilets jaunes" a tout bousculé. Le basculement du mouvement dans la violence, à partir du 24 novembre 2018, et les samedis d'émeutes à Paris comme en province, surtout les 1er et 8 décembre, ont médusé les autorités et érigé le maintien de l'ordre public en priorité des priorités.

Face à la rue qui gronde, la répression est parfois perçue comme la seule réponse de l'exécutif. "On ne résout pas une crise en tapant sur la tête des gens, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne dans notre pays", analysait auprès de l'AFP un haut-fonctionnaire, quelques mois après ces événements.

- Malaise policier -

Les accusations de violences policières - terme réfuté par l'exécutif - se sont invitées dans le débat public, alimentées par des images véhiculées par les réseaux sociaux et les blessures de dizaines de manifestants, éborgnés par des tirs de Lanceurs de balles de défense (LBD).

Ce climat délétère a nourri "le blues" de forces de l'ordre constamment "au front" depuis la vague d'attentats de 2015, en passant par les contestations des lois Travail et Retraites, les "gilets jaunes" ou la crise du Covid-19. 

Ce malaise a resurgi en juin. En cause: des déclarations jugées maladroites de Christophe Castaner sur le racisme dans la police et l'annonce de l'abandon d'une technique d'interpellation, une semaine après une manifestation monstre à Paris organisée par le comité Adama Traoré - jeune homme noir décédé en juillet 2016 après une interpellation par des gendarmes.

"Castaner a perdu la confiance des policiers", cingle alors le secrétaire général d'Unité-SGP-FO, Yves Lefebvre. "Le problème dépasse largement le ministre, nous demandons au président Macron un plan Marshall pour les forces de l'ordre", jugeait pour sa part Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance.

"Il y a un degré de rancoeur à l'égard du politique et du ministre rarement atteint. Castaner a été exagérément dans la culture du +premier flic de France+. Or les policiers ont le sentiment qu'il s'est couché devant Assa Traoré et qu'il n'est plus légitime pour les guider", commente Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip).

Si les questions de maintien de l'ordre ont dominé, la menace terroriste a toujours accompagné le tandem: de l'attentat de Strasbourg en décembre 2018 (5 morts, 11 blessés), à l'agression au couteau en mars 2019 de deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe par un détenu radicalisé, suivie de l'attentat au colis piégé devant une boulangerie de Lyon en mai (14 blessés), puis la tuerie perpétrée début octobre 2019 à la préfecture de police de Paris (4 morts).

Sans compter les attaques au couteau en 2020, à Villejuif en janvier (un mort et deux blessés) et à Romans-sur-Isère en avril (2 morts, 4 blessés).

Fin 2019, Christophe Castaner a confié aux préfets la mission de lutter contre "l'islamisme, la radicalisation et le séparatisme".  

Il passe la main alors que le ministère s'apprêtait à rendre public le nouveau schéma national de maintien de l'ordre et surtout le Livre Blanc sur la sécurité intérieure, censé donner le "la" de la politique sécuritaire pour les prochaines années. 

Avec à la clef, une possible réforme structurelle de la police dont le nouveau ministre devra arbitrer l'ampleur.

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