Barnier fait son retour en politique française

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Michel Barnier au Conseil européen à Bruxelles le 9 février 2021
Michel Barnier au Conseil européen à Bruxelles le 9 février 2021
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© AFP, STEPHANIE LECOCQ, POOL

publié le vendredi 16 avril 2021 à 19h59

Libéré de ses obligations bruxelloises, Michel Barnier fait son retour sur la scène nationale, bien décidé à porter une voix pro-européenne mais attentive aux fractures sociales pour rassembler une droite où les potentiels candidats se bousculent à l'approche de 2022.

L'ancien négociateur du Brexit pour l'Union européenne était, vendredi au Touquet, l'invité d'honneur d'un colloque où il a pu revenir sur le "nouveau départ" des relations franco-britanniques.

Mais cette apparition publique, la première depuis qu'il a quitté Bruxelles fin mars, était aussi guettée alors que l'ancien commissaire européen ne cache pas vouloir "prendre sa part" au débat politique, comme il l'a dit en février, nourrissant les spéculations sur une candidature à la présidentielle de 2022.

Lui le répète, comme vendredi à la Voix du Nord: "Je travaille à un jeu collectif. Je ne ferai rien qui divise".

Car les ambitions ne manquent pas à droite, de Xavier Bertrand déjà candidat à Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez qui pourraient sortir du bois après les régionales, en passant par Bruno Retailleau bien décidé à peser...

Michel Barnier en est conscient: "notre famille politique est en danger de disparaitre si nous ne réussissons pas à dépasser les querelles, les ambitions des uns et des autres".

Mais "il n'y a pas de fatalité à ce que ma famille disparaisse. Nicolas Sarkozy a réussi à parler à tout le monde, c'est pour ça qu'il a gagné, il a réussi à faire une synthèse", a-t-il déclaré à l'AFP.

Dans cette optique de rassemblement, l'ancien ministre, qui a participé pour la première fois le 6 avril au comité stratégique de LR, travaille avec des parlementaires au sein d'un groupe "Européens et patriotes". Après une première réunion le 30 mars, une deuxième avait lieu mercredi sur la souveraineté sanitaire, et d'autres suivront, sur l'industrie et l'immigration, avant une synthèse à l'été.

Une grosse cinquantaine de personnes étaient présente (en visio) le 30 mars. "Il y a une séduction des parlementaires, mais c'est très parisien pour le moment", estime un député. 

"Sa démarche s'inscrit dans le temps", assure un autre. "Le rendez-vous maintenant, c'est septembre octobre", et dans cette période d'attente "sa force, il l'a montré, est de tenir ses nerfs".

- "Fractures" -

D'ici là, M. Barnier aura aussi publié le 6 mai un ouvrage retraçant son expérience de négociateur du Brexit, gage de crédibilité internationale.

"Les qualités, l'expérience de Michel Barnier, nous en aurons besoin dans le débat politique national", a affirmé vendredi Xavier Bertrand lors du colloque.

D'autant que la France prendra, au premier semestre 2022, la présidence tournante du Conseil européen. M. Barnier a mis en garde: "l'influence française ne se décrète pas, elle se construit" et "je recommande que nous laissions incantation et arrogance de côté pour patiemment construire cette influence".

Cette expérience européenne dopera-t-elle la popularité de l'ancien commissaire? 

"Le risque Barnier, je ne le vois pas. Les étrangers nous en parlent à Bruxelles. Pas les Français. Ca veut bien dire ce que ça veut dire", assure un proche d'Emmanuel Macron.

Très identifié à l'Europe, l'ancien député de Savoie, qui se réclame d'une droite gaulliste, a aussi voulu faire entendre une autre voix vendredi, en plaidant pour "s'attaquer aux fractures françaises", qu'elles soient "sociales, territoriales, générationnelles".

Laïcité, quartiers populaires, campagnes désertées... Face à ces fractures, il faut "retrouver les fondements de notre République" par "l'éducation, le respect de l'autorité, la justice sociale" et "faire confiance aux territoires", a affirmé M. Barnier.

"C'est à nous de construire une France juste et forte", a-t-il ajouté, en appelant à "un nouveau contrat entre générations" et à "poser ensemble les bases d'une nouvelle prospérité, plus économe des ressources et des espaces".

Car son constat est clair: "le pays est en grande difficulté, en grande souffrance. Le covid a révélé et amplifié des faiblesses structurelles, sur la compétitivité française mais aussi sur la capacité à avoir un vrai dialogue social", a-t-il dit à l'AFP.

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