Banlieues : Jean-Louis Borloo fustige une situation "où tout se dégrade sournoisement"

Banlieues : Jean-Louis Borloo fustige une situation "où tout se dégrade sournoisement"
Jean-Louis Borloo le 1er décembre à Paris.

Orange avec AFP, publié le jeudi 26 avril 2018 à 13h48

L'ancien ministre de la Ville a remis jeudi matin au Premier ministre son rapport sur la politique de la Ville. Il propose notamment la création d'un fonds doté de "5 milliards d'euros" et appelle à une mobilisation nationale.

Jean-Louis Borloo, chargé par Emmanuel Macron d'une mission sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, a remis jeudi matin 26 avril son rapport au Premier ministre Édouard Philippe.

Intitulé "Vivre ensemble - vivre en grand la République", ce rapport de 60 pages qui appelle à une "réconciliation nationale" nourrira le "plan de mobilisation" que le chef de l'État annoncera "dans le courant du mois de mai", a indiqué le chef du gouvernement après avoir reçu le document.



Annoncé le 14 novembre 2017, et reporté au moins deux fois, ce rapport était très attendu par les élus de banlieue qui ont récemment dénoncé le "mépris de l'État", reprochant à l'exécutif de ne pas mesurer la gravité de la situation et de se focaliser sur le monde rural. Il appelle à "un changement radical dans la conduite de l'action publique".

"La situation est la même qu'il y a quinze ans, où tout se dégradait sournoisement jusqu'à ce que ça explose, avec les émeutes de 2005", déplore ce jeudi l'ancien ministre de la Ville dans un entretien au Monde.



UN SCANDALE ABSOLU

Dans son rapport, il égrène dix-neuf "programmes" thématiques pour "faire revenir la République" dans les quartiers face au "repli identitaire et communautaire", allant de la "relance immédiate de la rénovation urbaine" à la réorganisation de l'école en passant par la création d'une "académie des leaders" inspirée de l'ENA. Ces programmes "peuvent démarrer tout de suite", ils provoqueront "une dynamique extrêmement puissante", assure l'ancien ministre, qui appelle aussi à "investir dans la petite enfance", "agir fermement pour la sécurité et la justice", "lutter contre l'illettrisme" et créer "200 campus numériques".

"La vérité, c'est qu'aucun plan n'a jamais été mis en place, martèle-t-il dans les colonnes du quotidien. Et moins on en a fait en matière de politique de la ville, plus on a annoncé de dispositifs, de chiffres et de politiques prioritaires. On a remplacé les moyens publics par les annonces publiques. Résultat, dans les quartiers, il y a moins de services publics, moins de crèches, moins d'équipements sportifs, moins de capacités financières des communes (30 % de moins), moins d'accès à la culture, moins de policiers, des professeurs et des agents de police plus jeunes, qui coûtent donc moins cher... C'est un scandale absolu."

"Le pire, c'est qu'il n'y a pas un saboteur dans l'affaire qu'on pourrait désigner comme responsable. Il n'y a pas non plus d'incapables, ni de corrompus ni de fainéants. Non. Il y a une élite technocratique avec une vision consanguine", déplore-t-il.

FONDS DE 5 MILLIARDS D'EUROS

M. Borloo appelle ainsi tous les responsables publics et privés à s'engager avec force. "Le problème, c'est aussi qu'il y a plein de petits fiefs : la ville fait un peu, le département fait un peu, l'agglomération fait un peu, l'Etat fait un peu, etc. Mais personne n'est responsable de rien !", souligne-t-il. Selon lui, "il faut un plan de mobilisation nationale qui engage tout le monde et sollicite tous les acteurs avec clarté".



"Je dois avouer ma stupéfaction d'avoir découvert à quel point le système était désinvolte et se mentait à lui-même", lance par ailleurs l'ex-ministre en conclusion de son rapport. Selon lui, les moyens déployés dans les quartiers "sont en dessous du minimum républicain".

En matière de financement, Jean-Louis Borloo rappelle que la rénovation urbaine a généré "48 milliards de travaux" en dix ans, et propose la création d'un fonds de plus de 5 milliards d'euros abondé notamment par "la cession des participations de l'État en 2018 (10 milliards annoncés)", qui ne créerait "pas de dépenses budgétaires nouvelles pour l'État".

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