Aurélie Filippetti : "Le pouvoir corrompt ceux qui l'exercent"

Aurélie Filippetti : "Le pouvoir corrompt ceux qui l'exercent"
L'ancienne députée socialiste, Aurélie Filippetti, le 23 juin 2016.

, publié le lundi 27 août 2018 à 16h35

Dans une interview accordée au Parisien, l'ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, estime que "les pouvoirs que donne aujourd'hui la Ve République au président sont délirants".

Aurélie Filippetti a publié le 22 août un roman (Les Idéaux, Fayard) dans lequel elle décrit l'impitoyable univers de la politique. Un livre fiction, inspiré de sa propre expérience, où deux personnages principaux - l'une de gauche et l'autre de droite - échangent sur la pratique du pouvoir.

"Pour moi, c'était un moyen de dire des choses sur cette réalité politique et sociale telle que je l'ai vécue pendant plus de 10 ans", explique-t-elle ce lundi 27 août au Parisien.

Son regard s'avère très critique : "Le pouvoir corrompt ceux qui l'exercent mais aussi ceux qui sont autour. La manière dont cette fonction présidentielle dévore ceux qui vont l'incarner, parfois à leur corps défendant, reste un mystère pour moi", explique-t-elle au Parisien. "Je n'avais pas l'impression que François Hollande était un cynique avant d'arriver au pouvoir".

"Une forme d'ivresse chez ceux qui exercent le pouvoir"

"Les pouvoirs que donne aujourd'hui la Ve République au président sont délirants, sont trop pour un seul homme", ajoute celle qui est aujourd'hui professeur de littérature à Sciences-Po. "Je pense que ça crée une forme d'ivresse chez ceux qui l'exercent. Ils se retrouvent ensuite en porte-à-faux par rapport au peuple qu'ils sont censés représenter".



"Tous les exécutifs ont toujours tout fait pour mettre sous coupe le Parlement, on le voit encore aujourd'hui", estime-t-elle également. "C'est seulement maintenant, au bout d'un an, que cette Assemblée commence à s'affirmer, et surtout à revendiquer sa légitimité politique pleine et entière".

"C'est le fils qui a dépassé le père"

Aurélie Filippetti estime qu'Emmanuel Macron "correspond bien à l'époque", où "il faut de la nouveauté en permanence". Mais pour l'ancienne députée socialiste, sa politique est "au fond très conformiste". "Du point de vue économique, il va juste un peu plus loin que ses prédécesseurs mais en gros, il mène une politique libérale telle qu'elle est souhaitée par les marchés et les institutions financières", estime-t-elle.



"Et en matière sociétale, pour l'instant, c'est très conservateur. La plus grande déception pour ceux de gauche qui ont voté pour lui est sans doute sur les questions migratoires. Sous une allure et une image de grande modernité, on a quelque chose d'ultra-conformiste et conservateur. C'est dommage", tance-t-elle.

"La droite et la gauche existeront toujours"

Voit-elle une différence de politique entre François Hollande et Emmanuel Macron ? "Il va simplement plus loin mais parce qu'il a les mains libres. C'est le fils qui a dépassé le père", a-t-elle répondu, estimant qu'avec "la reconcentration complète du pouvoir" à l'Élysée, on assiste à "un retour en arrière".

"La droite et la gauche existeront toujours. La politique est le reflet des rapports de force dans la société. Tout le monde n'a pas les mêmes chances au départ. Il faut donc des élus et des mouvements politiques pour représenter toute cette diversité".

Qu'est-ce qu'être de gauche ? "C'est considérer que l'égalité est à la base de tout et donc qu'il faut donner aux gens les conditions de cette égalité", répond l'ancienne députée de la Moselle, battue lors des dernières élections législatives. "C'est le fondement, finalement, de la Révolution française. Ce sont les idéaux de 1789 : 'Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit'. Pour moi, l'attachement à la gauche, c'est l'attachement à ces idéaux-là".

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