Audiovisuel public : attention, réforme à hauts risques

Audiovisuel public : attention, réforme à hauts risques
La ministre de la Culture, Françoise Nyssen (ici devant l'Élysée, le 30 mai 2018 à Paris), s'est rendue à Matignon pour une ultime réunion de calage dimanche soir.

leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 07h43

La ministre de la Culture présente ce lundi les grandes lignes du chamboule-tout voulu par l'Élysée pour la fin de l'année.

Ce n'est pas la SNCF, mais tout de même... En levant le voile ce lundi matin sur les grandes lignes de la réforme de l'audiovisuel public, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, sait qu'elle joue gros. Très gros. Le sujet semble de prime abord moins stratégique que la réforme ferroviaire mais il est ultrasensible et - surtout - suivi de très près par l'Élysée. Alors pas question de faire un faux pas.

Dimanche soir encore, Françoise Nyssen s'est rendue à Matignon pour une ultime réunion de calage avec le Premier ministre. Édouard Philippe avait envisagé d'annoncer lui-même la petite révolution à venir dans le paysage audiovisuel français, avant de laisser sa ministre à la manœuvre. « C'est plus naturel que ce soit rue de Valois », balaie un conseiller ministériel. Mais pour un député de la majorité, « c'est plutôt malin : si cela ne se passe pas bien, le Premier ministre pourra reprendre la main ».

Le sujet qui fâche, à savoir le montant des économies à réaliser par les groupes d'audiovisuel public (selon les estimations, des entre 250 et 500 millions d'euros de coupes) ne sera pas abordé ce lundi, mais dans les « prochains jours ou les prochaines semaines », à en croire un conseiller gouvernemental. « Si on donnait ce chiffre, ça cannibaliserait le reste des annonces », souligne un membre de la majorité.

Quant à la gouvernance commune de l'audiovisuel public, elle ne sera pas non plus au menu, même si le ministère de la Culture admet ne pas y avoir renoncé : « Rien n'est encore tranché. La question de la gouvernance se posera dans un second temps ». Idem pour la redevance universelle (payée cette fois par tous les contribuables, qu'ils aient ou non un téléviseur), une piste sérieusement étudiée par les services de Bercy.

Développer des offres sur le numérique

Exit donc les sujets trop polémiques. Ce lundi matin, la ministre va plutôt se concentrer sur les grandes orientations du projet. Avec toutefois quelques annonces très précises, comme la suppression d'un canal hertzien pour France Télévisions. Pour le reste, les médias publics sont priés de développer une nouvelle offre, sur le numérique notamment. Un site dédié à la culture et nourrit par toutes les entités du service public verra ainsi le jour le 20 juin. Plus de proximité et de synergies sont également réclamées par l'exécutif. Dès le mois de septembre, le réseau de radios France Bleue et France 3 vont lancer des matinales communes.

Le gouvernement a donc décidé d'avancer à pas de velours. Un sacré changement de pied. En décembre dernier, Emmanuel Macron n'avait-il pas lancé à sa façon le chantier en qualifiant l'audiovisuel public de « honte » devant les députés de la commission des Affaires culturelles ? Une sortie tonitruante qui avait même tétanisé la ministre de la Culture qui n'avait pas été prévenue par le président... « C'est beaucoup d'argent public. C'est normal d'exiger d'avoir des résultats », justifie un ministre.

Reste que la phrase hante encore les esprits... et pèsera lourd dans le climat de la réforme : « C'est intolérable d'avoir dit ça ! Se récrie un historique de France Télévisions. Ce que je redoute, c'est que leur brutalité nous pousse à nous souder contre eux, alors que dans la maison, les positions des uns et des autres sont plus nuancées. »

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