Au procès Guérini, les écoutes qui accablent Alexandre, alias "Monsieur Frère"

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Alexandre Guérini au tribunal à Marseille, le 15 mars 2021
Alexandre Guérini au tribunal à Marseille, le 15 mars 2021
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© AFP, NICOLAS TUCAT

publié le mardi 16 mars 2021 à 22h58

Il harcèle et commande, mêlant gouaille marseillaise et menaces à peine voilées: des écoutes téléphoniques d'Alexandre Guérini diffusées mardi au tribunal montrent l'emprise que le frère de l'ex-baron du PS marseillais Jean-Noël Guérini exerçait sur un haut fonctionnaire territorial en charge de marchés publics.

"Je ne voulais pas l'avoir contre moi. Il pouvait être nuisible pour ma situation personnelle, il était capable de me faire du mal à moi et à ma famille", a témoigné à l'audience Michel Karabadjakian, ancien directeur général adjoint du service propreté de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM).

Alexandre Guérini, entrepreneur dans la gestion des déchets, comparait depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille avec son frère, le sénateur Jean-Noël Guérini, ancien président du conseil général des Bouches-du-Rhône, et dix autres prévenus, dont M. Karabadjakian, dans un vaste dossier portant notamment sur le trucage de marchés publics.

La rencontre entre Alexandre Guérini et Michel Karabadjakian intervient au lendemain de la courte défaite de Jean-Noël Guérini face à Jean-Claude Gaudin aux municipales de 2008 et après l'élection surprise d'un de ses proches, le socialiste Eugène Caselli, à la tête de la communauté urbaine MPM.

"Je travaillais pour la ville de Marseille lorsque j'ai été contacté par un proche d'Alexandre Guérini, Eric Pascal, qui m'a proposé de le rencontrer", raconte à l'audience Michel Karabadjakian. 

Alexandre Guérini se présente à lui comme le frère du puissant "Jean-Noël" --une habitude qui lui vaudra le surnom de "Monsieur Frère"-- et lui fait miroiter un poste à responsabilité à la MPM. 

Dans la transcription d'une écoute de 2009 lue à l'audience, l'entrepreneur se vante même auprès d'Henri Proglio, l'ex-patron de Véolia Environnement, d'avoir comme "ami intime" le directeur de cabinet d'Eugène Caselli, Franck Dumontel, placé à ce poste par son frère et qui est "le vrai patron" de MPM.

- "Terrorisé" -

Entré en fonction en septembre 2008, Karabadjakian gravit vite les échelons jusqu'à diriger cinq mois plus tard 4.000 personnes dans huit directions, dont celles des déchets.

Or, la métropole doit justement renouveler en 2009 le marché du tri des déchets pour les quatre prochaines années. Deux candidats sont en lice: Sita Sud et un regroupement d'entreprises autour de Bronzo, dans lequel apparaît Queyras Environnement, la société d'Eric Pascal, l'ami d'Alexandre Guérini.

La justice reproche au cadet des Guérini de n'avoir eu de cesse d'exiger et d'obtenir de Michel Karabadjakian des informations et des documents sur les procédures de marché public en cours sur les déchets pour favoriser la société d'Eric Pascal. 

Coups de fil réguliers, propos insistants, petits déjeuners ritualisés: "J'étais sous la pression permanente d'Alexandre Guérini pour ne pas attribuer le marché à Sita. J'étais isolé, terrorisé, sous influence. Je ne pouvais pas dire non", a expliqué à la barre Michel Karabadjakian, évoquant notamment sa peur physique d'être "frappé". 

C'est ainsi que, selon les juges, Alexandre Guérini obtient la saisie d'un avocat pour faire déclarer sans suite une procédure attribuée à Sita Sud, le retrait d'un marché public (MAPA) qu'il juge inopportun pour lui et Eric Pascal et la mise en place d'un simple "avenant" conforme à leurs voeux.

Et lorsque Karabadjakian ne répond pas à ses attentes ou que son directeur des déchets ose contredire ses plans, Alexandre Guérini enrage, tonne et menace.

"J'ai vu son document (qui rééquilibrait la procédure de mise en concurrence), c'est n'importe quoi. Il commence à me gonfler ce mec (...) Je lui ai trouvé un remplaçant. Je vais contacter mon frère qui est aux Etats-Unis, Eugène (Caselli) recevra l'ordre de procéder à son remplacement, tout sera sous contrôle", dit-il à Karabadjakian dans une écoute diffusée à l'audience.

Interrogé par la présidente Céline Ballérini, Alexandre Guérini concède des "mensonges proférés sous le coup de la colère, une attitude inexcusable". "Est-ce que je me suis occupé d'affaires qui ne me regardent pas? Je dis oui. Est-ce que j'en ai tiré profit? Je dis non", se défend-il, arguant pour se justifier d'un combat pour "la propreté de Marseille".

Le procès de cette affaire qui couvre une dizaine de volets différents doit durer jusqu'au 9 avril.

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