Au-delà des municipales, gauche et écolos en quête de martingale pour 2022

Au-delà des municipales, gauche et écolos en quête de martingale pour 2022
Une personne dépose un bulletin de vote lors du second tour des élections législatives le 18 juin 2017 à Strasbourg.

, publié le mardi 21 janvier 2020 à 21h23

Au-delà des municipales, la gauche et les écologistes gardent l'oeil rivé sur 2022, espérant trouver la bonne martingale pour empêcher un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

PS, PCF, LFI, EELV, Générations ou Place Publique... Chacune de ces formations se garde de sauter les étapes et leurs représentants, interrogés par l'AFP, se montrent prudents. D'abord parce que l'évidence le commande: les municipales sont dans moins de deux mois, la présidentielle dans plus de deux ans. Entre les deux, il faudra compter avec les départementales et les régionales.

Et surtout parce que la gauche morcelée est encore trop faible pour espérer peser en 2022, même si l'addition de ses résultats aux Européennes de 2019 la met à plus de 31%, ce qui aurait de quoi inquiéter les camps macroniste ou lepéniste, pour peu qu'elle veuille bien se regrouper.

"Il faut faire vite. Marine Le Pen a déjà lancé la présidentielle en se déclarant candidate pour 2022, et cette fois, elle peut battre Macron", met en garde Benjamin Lucas, porte-parole de Générations.

"Avant, le PS était hégémonique à gauche, ce n'est plus le cas. D'un côté, ça complique les choses, de l'autre, c'est une chance, ça nous oblige tous à nous parler les uns les autres. Mais attention, LFI a raison de dire qu'il ne s'agit pas d'additionner nos logos, il faut inventer une nouvelle façon de concevoir la gauche et son rassemblement".

Après la crise des "gilets jaunes" et en pleine contestation de la réforme des retraites, "le pays cherche une échappatoire pour éviter un nouveau duel Macron/Le Pen. Mais cette fois, Macron risque de perdre", estime aussi le secrétaire national d'EELV Julien Bayou. "Une candidature écologiste en 2022 ferait un bien meilleur score que Macron face à Le Pen", assure-t-il.

Mais avant de discuter de qui sera candidat et qui sera en mesure, d'ici à deux ans, de rassembler sous sa bannière toutes les forces de gauche, mieux vaut d'abord s'occuper de refonder cette famille politique éclatée, analysent plusieurs caciques socialistes.

- "Nouvel Epinay" -

Selon Jean-Christophe Cambadélis, ex-Premier secrétaire du PS, il faut "un nouvel Epinay, pour une nouvelle gauche", à l'instar de ce qu'avait réussi François Mitterrand en 1971, en rassemblant sous la bannière d'un seul parti, le Parti socialiste, une gauche éparse. "Aux municipales, le PS va probablement garder ses acquis, mais il faudra ensuite réfléchir à cette question", soutient l'ancien député, toujours influent dans son camp bien que n'y occupant plus de fonction officielle.

"Il faut une sorte d'Epinay bis. D'abord on crée la force, ensuite, on verra qui pour l'incarner", abonde un autre cacique du PS. "Ceux qui pensent qu'on peut avoir une aventure individuelle, que Macron fera jurisprudence, se trompent", ajoute le même, en allusion à Ségolène Royal et sa nouvelle association Désirs de France, ou Bernard Cazeneuve, l'ancien Premier ministre à qui l'on prête des visées pour 2022.

Patrick Kanner, patron des sénateurs socialistes, fait peu ou prou la même analyse. "Après les municipales, il faudra recréer une grande force de gauche sociale-démocrate en se rassemblant. Le mano à mano Macron/Le Pen n'est pas inéluctable".

"Il faut un nouveau Congrès du globe (référence au congrès du globe de 1905 qui avait créé la SFIO), pour ouvrir une alternative de gauche et écologiste au duo Macron/Le Pen", a souligné le patron actuel du PS, Olivier Faure, lors de ses voeux mardi soir au siège du parti à Ivry-sur-Seine. "Ce que je veux, c'est une seule écurie avec un seul cavalier", a-t-il ajouté.

"On ne peut pas aborder la prochaine présidentielle avec simplement comme objectif" d'empêcher ce duel, met en garde le député LFI Eric Coquerel. Pour lui, d'autres formes d'union sont "possibles", comme "la création d'une fédération populaire pouvant être initiée par LFI, avec l'émergence de leaders sociaux, actifs dans les luttes actuelles".

Entre EELV qui se voit en finaliste de 2022, LFI qui a ses propres ambitions et le PS qui fourmille de candidats potentiels, le chemin vers l'union apparaît très escarpé.

Mais "nous avançons positivement", veut croire Fabien Roussel, patron du PCF. La preuve à ses yeux: mercredi, les partis de gauche présentent leur contre-projet commun pour "une juste" réforme des retraites. A noter toutefois que LFI n'en sera pas et que le PCF lui-même s'apprête à déposer son propre texte à l'Assemblée... 

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