Assemblée nationale : pourquoi des marcheurs la jouent perso

Assemblée nationale : pourquoi des marcheurs la jouent perso
Richard Ferrand, patron du groupe LREM à l'Assemblée, a rappelé à l'ordre les députés LREM ce mardi.
A lire aussi

leparisien.fr, publié le vendredi 01 juin 2018 à 08h11

De nombreux députés LREM déposent leurs propres amendements sans qu'ils soient soutenus par le groupe. Ce qui leur a valu un rappel à l'ordre de Richard Ferrand, président du groupe à l'Assemblée.

Sans aller jusqu'à la fronde, il flotte un air d'émancipation sur certains députés du groupe La République en marche (LREM). De plus en plus d'élus marcheurs, pour beaucoup novices en politique lors de leur élection, défendent désormais leurs propres amendements à l'Assemblée, enfreignant la consigne de les faire « trier » par le groupe.

« Le rythme est tellement intense qu'on n'a pas toujours assez de temps pour échanger au préalable et du coup certains déposent leur amendement sans qu'il soit débattu », analyse Loïc Dombreval, élu des Alpes-Maritimes. La tendance s'amplifie depuis les débats sur loi Asile et Immigration, qui a révélé des fractures au sein de la majorité. Après être venus à bout mercredi du projet de loi Agriculture, les parlementaires ont débuté jeudi l'examen du projet de loi Elan sur le logement et ses plus de 3000 amendements. Dont une grosse partie -environ 700- qui sont déposés par des élus LREM, sans passer par le filtrage du groupe.

Pour ces députés téméraires, défendre leur position dans l'Hémicycle permet d'avoir deux minutes de temps de parole pour tenter de convaincre l'ensemble des parlementaires. Une tribune politique, mais aussi médiatique : la proposition du député Matthieu Orphelin d'inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate, cosignée par 40 autres marcheurs, a été rejetée, mais restera l'un des faits marquants des débats sur le projet de loi agriculture.

« Cela peut laisser penser qu'on passe à côté de l'essentiel », a d'ailleurs regretté jeudi sur BFMTV le secrétaire d'État aux relations avec le Parlement, Christophe Castaner. « Quand on croit à un amendement fort et important, c'est le rôle du député de le déposer même s'il n'est pas soutenu par le groupe », se défend Matthieu Orphelin, en pointe sur les combats écologiques.

« La prime au bavard »

Ce foisonnement d'initiatives individuelles peut aussi avoir une autre explication, plus prosaïque. Plusieurs députés craignent les classements de députés, accessibles sur Internet et basés en partie sur le nombre d'amendements déposés. « C'est la prime au bavard », regrette Loïc Dombreval.

Cette inflation d'amendements ralentit le rythme des travaux parlementaires. Cela a conduit le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy, et le chef du groupe LREM, Richard Ferrand, à pousser un coup de gueule lors de la réunion interne des députés marcheurs mardi matin. « Le rappel à l'ordre était nécessaire, si vous avez 313 députés LREM qui déposent chacun 100 amendements, on ne s'en sort plus ! » approuve la députée des Hauts-de-Seine Laurianne Rossi... qui a elle-même déposé une dizaine d'amendements sur le projet de loi Elan.

Car même les élus qui sont favorables à la discipline que veut imposer Ferrand, prennent parfois des libertés avec la consigne du chef... et la jouent individuel au moment des débats. « On m'a déjà dit de ne pas défendre mes amendements dans l'hémicycle si le groupe n'est pas d'accord, mais je l'ai quand même fait », admet Loic Dombreval. L'élu, vétérinaire de profession, a par exemple déposé et défendu, seul, de nombreux amendements sur le bien-être animal pendant l'examen du projet de loi agriculture. « En tant que député, justifie-t-il, je défends mes convictions jusqu'au bout. »

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.