Assemblée nationale : les techniques des députés pour se faire remarquer

Assemblée nationale : les techniques des députés pour se faire remarquer
Une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 12 mars 2019

, publié le jeudi 28 mars 2019 à 11h35

Le site Projet Arcadie a publié jeudi 28 mars un rapport qui détaille l'activité des élus de la représentation nationale. S'il explique que la défiance des Français envers les députés est "souvent injustifiée", le texte détaille toutefois des attitudes "peu vertueuses" qu'ils emploient pour briller à l'Assemblée nationale.

Interventions "bavardes", amendements "fantômes", épidémie de "questionnite aiguë", technique de "la moule à rocher" dans l'hémicycle : un rapport dévoile les méthodes de députés pour "gonfler" leurs statistiques de présence et donner "l'illusion du travail accompli".

Malgré ces constats négatifs, Projet Arcadie explique que l'activité des députés n'est pas bien évaluée.

La présence dans l'hémicycle n'est pas pertinente pour juger du travail d'un député

Projet Arcadie égratigne les "classements de présence" des députés, "majoritairement" fondés sur les comptes-rendus de séance et le nombre d'amendements. L'assiduité des élus dans l'hémicycle ne reflète pas leur activité "réelle" puisqu'une partie de celle-ci, exercée loin de l'Assemblée, (travail en circonscription, groupes d'études...) est "inquantifiable". Conséquence : ces classements constituent "une prime au bavardage", et ont fait "de gros dégâts" sur "le comportement général" des députés.


En décembre 2017, une enquête de Capital expliquait que des députés "disciplinés" mais discrets, ont été "taxés d'absentéisme". Leur réponse a consisté en des attitudes "peu vertueuses". "On a pu assister à des multiplications d'interventions bavardes en séance, à une augmentation exponentielle du nombre d'inscrits (pour des prises de parole) sur des articles, à des rappels au règlement et demandes de suspension de séance", note Projet Arcadie.

Se rapprocher des micros et poser des questions, une bonne manière de s'exposer

Projet Arcadie relève l'usage des amendements "fantômes", que personne ne défend. "Sur les 80.840 amendements déposés (depuis le début de la législature) et recensés au 21 mars 2019 (...) 15% sont indiqués comme non-renseignés et 18% ne sont pas soutenus" en commission ou dans l'hémicycle, est-il expliqué. Demander un rapport ou la suppression d'un article est un autre moyen d'accroître sa productivité "facilement". Certains députés, atteints de "questionnite aiguë", multiplient les questions écrites au gouvernement sur des sujets précis. 

Pour garder une trace visible et audible de leur présence à l'Assemblée, les députés jouent de la technique de "la moule à rocher". Celle ci consiste à se rapprocher des micros dans l'hémicycle "afin d'être entendu et enregistré", lorsque l'on critique l'intervention d'un collègue. Pour contrer ces pratiques, Projet Arcadie préconise "des efforts de communication" de l'Assemblée, notant qu'une part du travail parlementaire (groupes d'études, missions d'information...) "manque de publicité".

L'activité réelle des députés "entre 50 et 100 heures" par semaine

"Nous avons posé une question à tous les députés : combien d'heures travaillent-ils par semaine ? Les réponses ont de quoi faire bondir n'importe quel CGTiste. Le volume horaire le plus faible qui nous a été donné est 50 heures par semaine et le plus élevé a été 100 h.", explique Projet Arcadie, qui tord le cou à l'idée reçue du député "paresseux". "Sur 577 députés, seulement une dizaine ont été identifiés comme étant 'évanescents' alors qu'une immense majorité d'entre eux ne comptent pas leurs heures."

Vos réactions doivent respecter nos CGU.