Asile et immigration : le texte a du mal à passer à l'Assemblée

Asile et immigration : le texte a du mal à passer à l'Assemblée

Gérard Collomb a eu beau plaidé l'« urgence à réagir face à une situation qui se dégrade », son texte de loi sur l'Immigration rencontre les réserves de son propre camp.

leparisien.fr, publié le mardi 17 avril 2018 à 07h03

La loi asile et immigration a fait l'objet lundi soir de premiers tirs croisés à l'Assemblée, alors que des doutes ont été exprimés au sein même de la majorité LREM.

Non, ils ne sont pas seulement de bons soldats bien ordonnés. Les députés LREM, régulièrement comparés à des plantes vertes par l'opposition, ont eu l'occasion lundi soir de montrer qu'ils n'approuvaient pas en bloc tout ce que le président Macron leur prescrivait. Assuré d'une majorité assez large, ce dernier devra cette fois compter avec les doutes de son propre camp, tandis qu'il espère faire voter rapidement sa loi asile et immigration à l'Assemblée.

A l'ouverture des débats en première lecture, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a en effet évoqué la « crise migratoire » en Europe et mis en avant la saturation en France des hébergements d'urgence, plaidant l'« urgence à réagir face à une situation qui se dégrade d'année en année ». Or, dès l'examen du texte en commission, les discussions ont été agitées. Ce qui a valu à la vingtaine de contestataires LREM un rappel à l'ordre du président de groupe, Richard Ferrand.

Record d'amendements pour les députés LREM

Le député Jean-Michel Clément (ex-PS) prévoit même de voter contre un texte à « la logique répressive », Martine Wonner n'excluant pas de faire de même, tandis que Matthieu Orphelin pense s'abstenir. Tout comme Stella Dupont, qui avait pourtant publié un communiqué d'apaisement juste avant la séance, où elle expliquait vouloir continuer à améliorer le texte.

Les responsables LREM rejettent tout parallèle avec les frondeurs socialistes du précédent quinquennat. Reste que plus d'un millier d'amendements sont au menu jusqu'à la fin de la semaine, dont 200 déposés par les députés LREM. Un record. Ce projet de loi est ainsi le premier à faire autant tanguer dans les rangs des « marcheurs ».

Chez les MoDem alliés de LREM, certains ont fait connaître leurs « réserves » et défendront des amendements pour l'améliorer. Les élus UAI (UDI, Agir et Indépendants) veulent aussi « équilibrer » ses mesures.

Tiraillé entre les colères de droite et de gauche

En plus des doutes exprimés au centre, le président et l'exécutif vont devoir faire face à une opposition particulièrement complexe à gérer sur ce projet, la droite considérant le texte trop peu ambitieux et la gauche le jugeant « inhumain »...

Premiers à monter au front, les députés Les Républicains ont dénoncé, par la voix de Guillaume Larrivé, une « petite loi » qui « ne permettra pas à la France de sortir du chaos migratoire ». « Convoquer en permanence le devoir d'humanité qui invite à de tièdes décisions est une faute lourde », a également lancé Annie Genevard à l'adresse du ministre.

A l'opposé, l'insoumis Eric Coquerel a, lui, dénoncé un discours « nauséeux » de LR, dont le rôle est à ses yeux de « jouer à l'idiot utile du macronisme et faire passer une loi extrême pour une loi équilibrée », alors qu'elle est « inhumaine ».

Laurence Dumont (Nouvelle gauche) a également jugé l'argumentation de la droite « aussi indigne que le projet de loi lui-même » qui « traite l'étranger en délinquant, l'enfant en adulte, le malade en imposteur et le demandeur d'asile en fraudeur ».

Manifestation devant l'Assemblée

Aux portes de l'Assemblée nationale, des citoyens ont également exprimés leurs réserves à l'égard du texte. Lundi, plusieurs centaines de manifestants, notamment emmenés par la Cimade ou la Ligue des droits de l'Homme, étaient ainsi rassemblés aux abords du Palais Bourbon pour dénoncer le controversé projet de loi.

Loi asile : la Cimade aux portes de l'Assemblée nationale

« Le tri entre les bons et les mauvais migrants est inadmissible. Plus vous donnez de droits aux migrants, plus vous leur rendez leur dignité », a notamment argumenté Dominique Noguères, vice-présidente de la LDH. « Toutes les associations demandent le retrait du projet de loi », a pour sa part assuré Léo Berthe, rapporteur à la Cour nationale du droit d'asile, instance qui examine les recours formés par les demandeurs d'asile déboutés à l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

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