Aquarius : la décision de l'Italie déchire la classe politique française

Aquarius : la décision de l'Italie déchire la classe politique française
L'ONG SOS Méditerranée a indiqué que le bateau allait pouvoir accoster en Espagne, qui a proposé de l'accueillir.

Orange avec AFP, publié le mardi 12 juin 2018 à 15h00

RÉACTIONS. Des voix s'élèvent, au sein de la classe politique française, pour dénoncer le silence et le manque de réaction du gouvernement français face à la détresse de l'Aquarius.

Une position à "vomir".

Gabriel Attal, le porte-parole de la République en marche, a estimé, mardi 12 juin sur Public Sénat, que la décision de l'Italie, qui refuse d'accueillir l'Aquarius, le navire bloqué en Méditerranée avec 629 migrants à bord, était "à vomir". L'ONG SOS Méditerranée a indiqué que le bateau allait pouvoir accoster en Espagne, qui a proposé de l'accueillir.

"Ce que je pense, c'est que la position, la ligne du gouvernement italien, est à vomir. C'est inadmissible de faire de la petite politique avec des vies humaines comme ce qui est fait en ce moment", a déclaré Gabriel Attal.


Un avis que ne partage absolument pas Eric Ciotti, le député les Républicains des Alpes-Maritimes : "L'Aquarius, il a une destination toute trouvée, il faut qu'il retourne vers les côtes libyennes", a expliqué l'élu, mardi 12 juin sur CNews. "On veut que Nice devienne Lampedusa ?", s'est interrogé le député, ajoutant espérer "qu'il y aura une extrême fermeté là-dessus des autorités françaises".

"Aucun port français, ni Corse, ni Nice, ni Marseille", a ajouté Eric Ciotti après la proposition du président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, d'accueillir le bateau sur l'île de Beauté. Gabriel Attal, lui, "pense que toutes les solutions sont en train d'être mises sur la table par le gouvernement" français. "Je suis porte-parole du mouvement, pas du gouvernement, mais je n'imagine pas que la France ne participe pas à trouver une solution humanitaire pour ce bateau", a-t-il ajouté.

"On aurait pris la même décision que Salvini"

Nicolas Dupont-Aignan a "salué", lundi 11 juin dans un communiqué de presse, la décision de Matteo Salvini, le nouveau ministre italien de l'Intérieur. Le président de Debout la France a également "regretté" que l'Espagne décide d'accueillir ces migrants, qui "pourront venir en France comme ils le souhaitent" : "Madrid décide donc de poursuivre la politique folle de l'Union européenne consistant à favoriser l'arrivée des migrants puis à les répartir d'autorité à travers l'Europe malgré le refus des peuples", a-t-il déploré.

Une opinion partagée par Julien Sanchez, le porte-parole du Rassemblement national (ex-FN) : "On aurait pris la même décision que Salvini. Accueillir une immigration supplémentaire est irresponsable. On doit maîtriser nos frontières", a-t-il précisé au micro de Franceinfo.



"Vous voulez les laisser mourir ?"

"Vous voulez les laisser mourir ? ", s'est indignée la députée de la France Insoumise, Danièle Obono, lundi 11 juin sur BFMTV, rappelant qu'il y avait "des enfants" à bord de ce navire. L'élue, qui considère la Méditerranée comme "le plus grand cimetière marin au monde", a réclamé "une solution un peu humaine, qui soit en lien avec nos principes", à défaut d'une "solution miracle".


L'adjoint communiste à la Maire de Paris, Ian Brossat, s'est indigné sur Twitter du manque de réaction du gouvernement : "La France n'aura donc rien dit sur le sort des réfugiés de l'Aquarius. Pas un mot de Gérard Collomb, pas une parole d'Emmanuel Macron".


Les députés LREM s'agacent

Dans les rangs de la République en marche, la colère gronde aussi. "Une trentaine" de députés LREM ont dénoncé, mardi 12 juin, une "France paralysée dans sa solidarité", dont le devoir "aurait été (...) de proposer d'accueillir" les migrants concernés. "Nous n'avons pas encore à ce stade entendu de réaction de l'exécutif", a déploré sur BFMTV le vice-président de l'Assemblée nationale, Hugues Renson. "J'aurais aimé que la France puisse être dans la droite tradition qui est la sienne d'accueil et de réponse aux situations humanitaires d'urgence".

"Il aurait été du devoir de la France de proposer d'accueillir les quelque 600 hommes, femmes et enfants en danger", s'est fendu sur Twitter le député de Marseille Saïd Ahamada.

"Face à l'urgence et à la détresse absolue, la France se serait honorée à faire une exception et à accueillir les passager de l'Aquarius", a renchéri Anne-Christine Lang, députée de Paris. "L'Espagne a proposé son aide, la France est restée muette" a pour sa part dénoncé sur Twitter la députée de la Manche Sonia Krimi. "Qu'attendons-nous pour agir ?"


Pour Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, "la France prend plus que sa part, au sens où elle est engagée sur le théâtre libyen pour stabiliser la situation", a-t-il expliqué, mardi 12 juin au micro de Sud Radio. "Nous sommes engagés pour accueillir sur trois ans 10.000 personnes éligibles au droit d'asile (...) pour leur éviter cette traversée de la mort", a justifié le secrétaire d'Etat.

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