Alexandre Benalla : une attitude "musclée" avec des journalistes pendant la campagne

Alexandre Benalla : une attitude "musclée" avec des journalistes pendant la campagne
Le collaborateur d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, le 18 juin 2017 au Touquet (Pas-de-Calais).

, publié le jeudi 19 juillet 2018 à 22h25

L'Élysée fait face à un feu roulant de critiques, depuis la publication mercredi soir par le journal Le Monde d'une vidéo montrant le collaborateur d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, en train de frapper un manifestant le 1er mai à Paris. Un photographe de L'Agence France-Presse et la chaîne Public Sénat ont également témoigné jeudi de son comportement "désagréable" voire "musclé" pendant la campagne présidentielle.

La vidéo de 2'14 plonge l'Élysée dans l'embarras depuis plus de 24 heures.

Sur ces images, capturées le 1er mai par un manifestant place de la Contrescarpe (Ve arrondissement de Paris), un homme identifié comme Alexandre Benalla, coiffé d'un casque à visière des forces de l'ordre, s'en prend à un jeune homme à terre.

Ce dernier "se fait étrangler" et reçoit "plusieurs coups de poing dans le dos, dans la tête par derrière". "L'homme était inoffensif, par terre et suppliait d'arrêter", assure Taha Bouhafs, le militant de La France Insoumise (LFI) qui a filmé la scène.



La scène a déclenché une indignation générale : Alexandre Benalla a été "mis à pied pendant quinze jours avec suspension de salaire" et "démis de ses fonctions en matière d'organisation de la sécurité des déplacements du président", pour "punir un comportement inacceptable". C'est "un dernier avertissement avant licenciement", a expliqué jeudi le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit.

De son côté, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "violences par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions" et "usurpation de signes réservés à l'autorité publique".

L'affaire est désormais "aux mains de la justice, et c'est très bien ainsi", a réagi le Premier ministre Edouard Philippe, interpellé au Sénat. Emmanuel Macron, en déplacement en Dordogne, a refusé de répondre aux incessantes questions de la presse. Interpellé par un journaliste lui demandant si la République était "entachée" par cette affaire, il a laconiquement répondu: "Non, non, la République elle est inaltérable !"

"Il jouait les gros bras. Il ne fallait pas bouger"

Un photographe de l'AFP et la chaîne Public Sénat ont, eux, témoigné d'un comportement "désagréable" voire "musclé" du collaborateur élyséen à l'époque où il était chargé de la sécurité du candidat Macron. "C'était un personnage extrêmement désagréable", rapporte le photographe de l'[AFP Éric Feferberg, qui a suivi la campagne du candidat d'En Marche avant qu'il n'accède à l'Élysée le 7 mai 2017.

Alexandre Benalla "ne se présentait pas, il jouait les gros bras. Il ne fallait pas bouger", selon le photographe. Lors d'un déplacement du candidat Macron dans une école à Avallon (Yonne) le 23 mars 2017, "il m'avait menacé parce que je voulais choisir un angle à moi, et pas le sien. Il me disait 'je vais te faire virer'", affirme Éric Feferberg.

La chaîne Public Sénat a fait part de son côté d'une "intervention musclée" d'Alexandre Benalla lors d'un meeting d'Emmanuel Macron à Caen (Calvados) en mars 2017. "À l'arrivée du candidat, un de nos journalistes s'approche pour faire quelques clichés. Le service d'ordre à cran le repousse une première fois, avant l'intervention musclée d'Alexandre Benalla", raconte la chaîne sur son site, où elle a publié une vidéo de cette intervention.



"Pourtant à distance raisonnable du cortège, le journaliste est ceinturé, avant d'être poussé sur 50 mètres par l'officier de sécurité, Alexandre Benalla, qui lui arrache sans autre explication son accréditation presse censée lui permettre de suivre le meeting au plus près du candidat et de ses soutiens", précise la chaîne parlementaire.

Jugeant l'incident "grave", la direction de la chaîne avait adressé un courrier, resté sans réponse, à l'équipe du candidat Emmanuel Macron pour lui dire qu'"empêcher la presse de faire son travail relève de l'arbitraire".

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