Alexandre Benalla : "Je n'ai pas le sentiment d'avoir trahi le président de la République"

Alexandre Benalla : "Je n'ai pas le sentiment d'avoir trahi le président de la République"
Emmanuel Macron, accompagné d'Alexandre Benalla, à Paris, le 20 juin 2017.

, publié le jeudi 26 juillet 2018 à 10h25

Dans une interview au Monde, Alexandre Benalla a dénoncé "une volonté d'atteindre le président de la République", provoqué par "des politiques" et "des policiers".

Sous le feu des critiques depuis les révélations du Monde, le 18 juillet dernier, Alexandre Benalla a pris la parole pour la première fois.

Dans une interview accordée au Monde, jeudi 26 juillet, l'ex-chargé de mission de l'Elysée a livré sa version des faits.



Si Alexandre Benalla "comprend" avoir "trahi et déçu" Emmanuel Macron, il estime que le président est "quelqu'un qui avait - et qui a toujours - confiance en (lui), dans (son) action au quotidien". "Je n'ai pas le sentiment d'avoir trahi le président de la République, j'ai le sentiment d'avoir fait une grosse bêtise", a expliqué l'homme, filmé en train de frapper des manifestants le 1er mai dernier. "Je n'aurais jamais dû aller sur cette manifestation en tant qu'observateur, puis j'aurais, peut-être, dû rester en retrait", a-t-il avoué.

Interrogé sur son port d'armes, Alexandre Benalla a expliqué avoir effectué sa demande "en passant par la voie hiérarchique, c'est-à-dire Patrick Strzoda". "Après enquête, et considérant que ma fonction est exposée, on m'autorise à acquérir un Glock et à le détenir dans l'exercice de ma mission", a-t-il justifié auprès du Monde. Selon Alexandre Benalla, son contrat, qui courrait "sur toute la durée du mandat, donc cinq ans, rémunéré 6.000 euros net", consistait à s'"occuper des affaires privées du président de la République".

"Il y avait en premier une volonté d'atteindre le président de la République"

"La vérité, c'est que ma nomination à ce poste, ça a fait chier beaucoup de gens. Parce qu'un gamin de 25 ans, qui n'a pas fait l'ENA, qui n'est pas sous-préfet - parce que je suis le seul à ne pas l'être dans l'équipe, je suis l'extraterrestre de la bande !", a expliqué l'ancien collaborateur du palais présidentiel.

Selon lui, le viser, "c'était l'opportunité aussi d'atteindre le président de la République". "Il y avait en premier une volonté d'atteindre le président de la République, c'est sûr et certain", a-t-il déclaré, avançant qu'il pourrait s'agir de "politiques" et de "policiers". "Je dis pas que j'ai servi de fusible, je dis juste que ça a servi plusieurs intérêts, un intérêt pour atteindre le président de la République, à un moment pas mal pour lui, une bonne séquence", a dénoncé Alexandre Benalla.

"Je ne considère pas avoir fait une arrestation"

Sur sa présence aux manifestations du 1er mai dernier, l'ancien chargé de mission explique avoir été "invité à être sur place par Laurent Simonin, chef d'état-major à la Préfecture de police". "Ensuite, je vais voir le directeur de cabinet, Patrick Strzoda, je lui dis que j'ai été invité. Il me dit 'c'est très bien, c'est une bonne expérience'. En aucun cas Strzoda ne sait que je vais me retrouver avec un casque sur la tête, à deux pas des casseurs, place de la Contrescarpe", a détaillé Alexandre Benalla.

Ce dernier a également expliqué qu'un "officier de liaison de l'Elysée" lui a remis, deux jours avant la manifestation "un casque, un ceinturon en cuir, un masque à gaz, un brassard police et une cote bleue marquée police et un grade de capitaine dessus". "Il faut donner un coup de main, on ne va pas laisser faire des délinquants jeter des projectiles sur un CRS, c'est violences volontaires, c'est un délit puni d'emprisonnement, c'est très clair dans ma tête. Et la faute que je commets à ce moment-là, c'est d'y aller", s'est-il justifié, avant d'ajouter qu'il était en droit de le faire : "Je ne considère pas avoir fait une arrestation, j'ai appréhendé quelqu'un et l'ai remis aux policiers."

"Je ne comprends pas l'ampleur que ça va prendre, et c'est là justement mon erreur"

Selon Alexandre Benalla, les images de violences sont apparues "une heure et demie après". "On me dit que c'est problématique, je regarde le truc. Moi, je ne vois toujours pas ce que j'ai fait de mal. Je ne comprends pas l'ampleur que ça va prendre, et c'est là justement mon erreur", a-t-il expliqué avant d'ajouter : "Le lendemain, je reçois un coup de téléphone de Patrick Strzoda : 'Alexandre, qu'est-ce que c'est que cette histoire de vidéo, est-ce que vous pouvez venir me voir ?' C'est là que je comprends que j'ai fait une faute. Il m'annonce qu'il va prendre une sanction à mon égard."

L'ex-chargé de mission a également accusé Alain Gibelin, le directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC), d'avoir menti. Ce dernier a affirmé devant la commission avoir croisé Alexandre Benalla lors de réunions pendant sa suspension, avant de se rétracter. "Il ment, et c'est même la deuxième fois qu'il ment. Il dit qu'il n'a appris que le 2 mai que j'étais présent à la manifestation la veille. Ce n'est pas vrai", a-t-il justifié.

Selon Alexandre Benalla, Emmanuel Macron serait venu le voir quelques jours après son retour de suspension : "Il me dit : 'C'est une faute grave, ça va être compliqué et il faut assumer.' Il m'explique que ça n'enlève pas la confiance qu'il a en moi, mais que j'ai fait une grosse bêtise", a-t-il rapporté. Enfin, selon l'ex-collaborateur de l'Elysée, "quelqu'un à la préfecture de police" l'appelle et lui propose de lui remettre la vidéo où l'on voit les deux jeunes gens qu'il a frappé le 1er mai "pour (se) défendre" : "Je suis en train de dîner dans un restaurant près du Palais et quelqu'un vient me donner un CD. Ce CD, je ne le regarde pas et je le remets à l'Elysée à un conseiller communication", a-t-il expliqué. Il s'agissait d'Ismaël Emelien, un très proche d'Emmanuel Macron, a révélé jeudi matin BFMTV.

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