Afghanistan: Macron indigne la gauche sur l'immigration

Chargement en cours
Le président Emmanuel Macron lors de son allocution sur l'Afghanistan depuis le Fort de Bregancon le 16 août 2021
Le président Emmanuel Macron lors de son allocution sur l'Afghanistan depuis le Fort de Bregancon le 16 août 2021
1/3
© AFP, Christophe ARCHAMBAULT

publié le mercredi 18 août 2021 à 03h57

Les propos d'Emmanuel Macron sur les "flux migratoires irréguliers" en provenance d'Afghanistan ont suscité mardi un tollé à gauche, tandis que droite et RN appelaient à la fermeté sur ce thème sensible à l'approche de la présidentielle.

"Nous n'avons pas du tout à rougir car nous sommes l'un des pays qui accueillent le plus d'Afghans et qui leur donnent le plus de protection", a répliqué l'Elysée.

Au coeur de la polémique, l'allocution télévisée de lundi où le chef de l'Etat a d'un côté assuré que "la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés".

Mais "nous devons anticiper et nous protéger contre les flux migratoires irréguliers importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature", a-t-il ajouté.

La phrase a fait bondir à gauche, celle-ci l'accusant d'entretenir une "confusion entre asile et immigration irrégulière", selon les termes du député écologiste (ex-LREM) Matthieu Orphelin.

Alors que les télévisions avaient largement diffusé des images de chaos à l'aéroport de Kaboul, le candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot s'est dit "sidéré" d'entendre "que les femmes, les hommes et les enfants qui fuient l'enfer des talibans sont d'abord une menace".

"Macron fait honte à la France", a estimé le maire EELV de Grenoble Eric Piolle.

Même indignation chez les députés LFI, où Adrien Quatennens a accusé le chef de l'Etat de "rabougrir la France" tandis que Clémentine Autain et Eric Coquerel dénonçaient une réponse "sordide".

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol a elle parlé de "cynisme" et de "honte", quand son collègue Rémi Feraud a évoqué une intervention "digne d'un mauvais président de droite".

- "Construire un accueil digne" -

Du côté des associations, le président de SOS Racisme Dominique Sopo a martelé que "les personnes qui fuient la guerre, l'oppression et la mort ne sont pas "des flux migratoires irréguliers".

Utopia56, qui dénonce régulièrement le traitement des demandeurs d'asile à Grande-Synthe ou Calais, a elle exhorté à "construire un accueil digne".

Pour la Ligue des droits de l'Homme (LDH), "l'insuffisance des moyens que le gouvernement français entend déployer est insupportable, tout comme l'annonce de la fermeture des frontières européennes aux exilés afghans et la sous-traitance de l'asile aux pays limitrophes".

Devant le début de polémique, et alors que ses propos avaient été raillés par le lanceur d'alerte Edward Snowden d'un tweet lapidaire: "Emmanuel Le Pen!", le chef de l'Etat a regretté dès lundi, peu avant minuit, "que certains veu(il)lent détourner" ses propos. "La France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés", a-t-il ajouté.

Des cadres de la majorité ont dénoncé des "tristes polémiques" et des "raccourcis malhonnêtes".

"La France est très attentive à la situation des Afghans", a embrayé mardi après-midi l'Elysée, mais "cela n'empêche pas - ce qui serait faire preuve de naïveté et de manque de responsabilité - d'être très ferme face aux trafics et aux réseaux qui profitent de la misère et de la peur".

Depuis 2018, la France reçoit quelque 10.000 demandes d'asile d'Afghans pour un total d'environ 50.000 pour l'ensemble des pays de l'Union européenne. L'Ofpra (l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides), qui a traité 8.200 dossiers depuis le début de l'année, accorde la demande de protection dans 64% des cas, un chiffre qui atteint 89,9% après examen des recours, contre une moyenne de 63% sur l'ensemble de l'UE, selon les chiffres donnés par la présidence française.

Pour le chef de l'Etat, il s'agissait aussi de répondre à la droite qui, à l'image de l'ex-LR Xavier Bertrand, candidat à la présidentielle, avait averti que "la crise afghane se poursuivra(it) sous la forme d'une nouvelle vague migratoire en Europe".

Un constat proche de celui de Marine Le Pen et du Rassemblement national. "Ouvrir une nouvelle autoroute migratoire, après tout ce que nous avons vécu depuis dix ans, serait une folie irresponsable", a estimé mardi le vice-président du RN Jordan Bardella.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.