Affaire Quatennens : Jean-Luc Mélenchon "grillé" auprès des féministes ?

Affaire Quatennens : Jean-Luc Mélenchon "grillé" auprès des féministes ?
Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon le 10 septembre 2022 à Brétigny-sur-Orge.

publié le vendredi 23 septembre 2022 à 13h00

Jean-Luc Mélenchon est "grillé" "et ne peut plus représenter les féministes", ont confié à l'AFP quatre membres de la "Relève féministe", collectif constitué spontanément avec l'affaire Quatennens. Des propos qui résonnent avec ceux d'Alice Coffin, invitée de RTL jeudi 22 septembre, mettant le leader insoumis du côté de "ceux qui favorisent les violences sexistes".

Jean-Luc Mélenchon grillé auprès des féministes ? C'est un "ras-le-bol collectif" qu'ont partagé des centaines d'internautes, dimanche 18 septembre face aux tweets de soutien à Adrien Quatennens par Jean-Luc Mélenchon et certains insoumis, après ses aveux de violences conjugales.

Le chef insoumis a dénoncé "la malveillance policière, le voyeurisme médiatique, les réseaux sociaux" et a salué la "dignité" et le "courage" d'Adrien Quatennens, qui s'est mis en retrait de LFI après avoir admis des violences conjugales, lui redisant sa "confiance" et son "affection".



Rapidement, "des femmes de tous bords, trans, racisées, lesbiennes, venant d'outre-mer, des encartées et non-encartées dans des partis" se regroupent dans la "Relève féministe", car toutes en ont "marre de cette culture de l'impunité et de cette omerta", rapporte Sirine Sehil, 25 ans, militante chez "Nous toutes" et Générations, le mouvement fondé par Benoît Hamon.

Elles lancent des raids sur les réseaux sociaux pour interpeller les partis et réclamer une sanction exemplaire pour les agresseurs, voire ceux qui les soutiennent. Moins de 24 heures plus tard, l'une de ces questions est relayée à la députée EELV Sandrine Rousseau dans l'émission "C à vous" sur France 5. C'est le début d'une seconde affaire, qui conduira mardi le groupe des députés écolos à suspendre Julien Bayou de ses fonctions de président.

"Il savait ce qu'il faisait"  

"Les réseaux sociaux sont notre seule voie pour nous exprimer car sinon personne ne nous écoute", explique Axele Gibert, 26 ans, rédactrice du programme égalité femmes-hommes pour la campagne présidentielle de Yannick Jadot. Mais elles n'en restent pas là et publient une tribune dans Libération où elles expriment leur indignation, en particulier vis-à-vis du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon. "Son tweet m'a sidéré, je me suis dit : 'homme défend homme'. Il sait en tant que troisième à la présidentielle quelle influence il a dans ce pays, il savait ce qu'il faisait", s'indigne Sirine Sehil.

"Tenir un discours féministe fait de vous une cible" 

D'ailleurs, l'ex-président du groupe LFI à l'Assemblée nationale a persisté et signé, jeudi, en déclarant, interrogé par la presse sur ses tweets, qu'il "pesait toujours ses mots". Pour Lou Toussaint, 23 ans, ex-candidate LFI dans la 7e circonscription du Bas-Rhin aux législatives de juin, "ce tweet n'aurait jamais dû être écrit et LFI aurait dû le dire" et non pas, "surtout les hommes", se réfugier dans "des pudeurs de gazelle" - expression chère à Jean-Luc Mélenchon.  "Etre femme politique en soi, c'est une lutte chaque jour pour rester. Tenir un discours féministe fait de vous une cible et vous n'êtes absolument pas aider par les responsables des partis et les hommes politiques qui n'y comprennent rien", explique de son côté Alice Coffin. 

Jeudi, Alice Coffin, conseillère municipale écologiste de Paris est également revenue sur le tweet de Jean-Luc Mélenchon au micro de RTL. Jean-Luc Mélenchon "se situe du côté de ceux qui favorisent les violences sexistes et sexuelles dans ce pays", a-t-elle déclaré. "C'est absolument catastrophique, ce n'est pas nouveau du tout. Ces enjeux de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, c'est un angle mort complet pour la classe politique dans son ensemble", a poursuivi Alice Coffin. 



"Autain n'est pas la mère de Quatennens !"

"Pour moi il est grillé, il ne se représentera sans doute pas mais je ne vois pas comment il peut représenter les féministes", glisse Sirine Sehil, qui a "un petit goût amer" d'avoir voté pour lui en avril.

Le malaise des députées LFI face aux questions posées en conférence de presse, sans prise de parole des hommes présents, ont accentué la colère de la "Relève". "Pourquoi on attaque les femmes politiques alors que ce sont les hommes qui commettent les agressions ?", interroge Majlinda Audars, 19 ans, adhérente de Générations. "On les envoie au bûcher" en les "culpabilisant", "c'est la double peine", abonde Axele Gibert. "Autain n'est pas la mère de Quatennens", grince Sirine Sehil.

"Plus grave à gauche" 

La "Relève" tient à mettre aussi en cause la droite: "La parole se libère plus facilement à gauche", estime Sirine Sehil. Pour Lou Toussaint, "il n'y a pas plus d'agresseurs à gauche mais à droite ils sont systématiquement protégés, parfois jusqu'aux plus hautes instances du gouvernement". Pour Alice Coffin, "c'est plus grave à gauche" : "Ce sont des partis qui prétendent défendre le féminisme, qui l'inscrivent dans leur programme et qui dans leurs déclarations, dans leurs actions, contribuent pleinement à la perpétuation de ces violences".

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