Affaire Lambert: la classe politique divisée, Macron refuse d'intervenir

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Francois-Xavier Bellamy lors d'un meeting à Paris le 15 mai 2019
Francois-Xavier Bellamy lors d'un meeting à Paris le 15 mai 2019
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© AFP, Geoffroy VAN DER HASSELT

AFP, publié le mardi 21 mai 2019 à 07h57

Emmanuel Macron a estimé lundi ne pas avoir à s'"immiscer" dans la décision sur l'arrêt des soins de Vincent Lambert, un débat dont s'est saisie la classe politique et qui a relancé le clivage gauche-droite.

"Il ne m'appartient pas de suspendre une décision qui relève de l'appréciation de ses médecins et qui est en conformité avec nos lois", a réagi le chef de l'Etat, à qui la droite et l'extrême droite avaient réclamé de s'exprimer sur le sujet.

Bras de fer judiciaire depuis plusieurs années entre différents membres de la famille, l'arrêt des soins à cet ancien infirmier psychiatrique victime d'un accident de la route en 2008 a débuté lundi, après avoir été validé par le Conseil d'Etat fin avril. 

Mais le soir même, la cour d'appel de Paris, saisie par les parents de Vincent Lambert, opposés à l'arrêt des traitements, a ordonné le rétablissement des traitements visant à le maintenir en vie, jusqu'à ce qu'un comité de l'ONU se prononce sur le fond de son dossier. 

Avant cette décision, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen avait souhaité que le président Macron s'exprime sur l'arrêt des soins annoncé lundi. "C'est une décision de justice qui condamne en réalité à la mort (...) alors même qu'on n'est pas dans le cas d'un acharnement thérapeutique", avait-elle dénoncé. 

"Il n'y a aucune vie indigne d'être vécue", a déclaré de son côté la tête de liste LR aux européennes François-Xavier Bellamy, en considérant également qu'Emmanuel Macron devait "donner son sentiment" sur le sujet.

Le chef de l'Etat ne peut "pas aller à l'encontre de décisions de justice. Il peut simplement donner sa grâce à un condamné, ce qui est très différent de ce que les parents de Vincent Lambert demandent", avait répondu dès dimanche Nathalie Loiseau, tête de liste de la majorité.

Tout en estimant qu'il n'avait pas à intervenir, Emmanuel Macron a souligné être "profondément touché" par la situation de Vincent Lambert et a plaidé pour "le respect de la dignité de toute vie humaine".

"Sur cette question, qui touche à la part intime de chacun, il n'y a aucune réponse simple ou univoque. Seulement des incertitudes et des déchirements", a-t-il dit.

L'épouse de Vincent Lambert, son neveu et cinq frères et sœurs sont opposés dans cette affaire aux parents et veulent qu'on mette fin à ce qu'ils considèrent être un "acharnement thérapeutique".

La procédure d'arrêt des soins est permise par la loi Claeys-Leonetti de 2016 qui, tout en interdisant l'euthanasie et le suicide assisté, permet la suspension des traitements lorsqu'ils "apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie".

- "Suicide assisté" -

"Je suis étonné qu'on revendique désormais de nouveau l'écriture d'une nouvelle loi alors que cette loi Leonetti, il faut qu'elle puisse produire ses effets", estime François-Xavier Bellamy, s'inquiétant de personnes qui "utilisent" l'affaire pour "faire la promotion de leurs revendications politiques en faveur de l'euthanasie".

Même réaction de Nicolas Dupont-Aignan (DLF) qui s'est dit "choqué que certains militants favorables à l'euthanasie fassent de Vincent Lambert un étendard".

Alors que toutes les personnalités politiques interrogées ont fait état de la complexité de l'affaire, un "drame", leurs positionnements sur le sujet exacerbent le clivage gauche-droite.

"Je pense qu'il faut faire confiance aux médecins, il faut faire confiance à la justice de notre pays, il faut faire confiance aux institutions européennes", a déclaré Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique.

La tête de liste LFI Manon Aubry s'est aussi rangée derrière les décisions de justice.

"Au-delà du cas de Vincent Lambert, il faudrait qu'on puisse se pencher sobrement et sérieusement sur la fin de vie", a de son côté estimé Benoît Hamon, qui s'est dit favorable au "suicide assisté".

La tête de liste EELV Yannick Jadot a, lui, renvoyé à la loi belge qui prévoit que la décision revient au conjoint puis aux enfants adultes s'il y en a et enfin aux parents, en cas d'absence de directives anticipées. 

"Quelqu'un qui est marié n'appartient plus à ses parents. Une personne adulte, quand elle est mariée, appartient à la famille qu'elle a créée. C'est à sa femme de parler", a estimé Daniel Cohn-Bendit, soutien de M. Macron.

Jordan Bardella (RN) a dit préférer que soit pris en compte l'avis des parents.

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