Affaire Dreyfus : Macron méfiant face au "risque de revisiter l'histoire"

Affaire Dreyfus : Macron méfiant face au "risque de revisiter l'histoire"
Emmanuel Macron, à la maison Zola, le 26 octobre 2021

publié le mercredi 27 octobre 2021 à 11h00

Près de 85 ans après sa mort, les défenseurs de la mémoire d'Alfred Dreyfus réclament sa promotion au rang de général. Le président de la République s'y dit favorable pour ce cas particulier, mais affiche en parallèle ses réticences face à une décision qui créerait un précédent, à même de permettre de "restaurer ou dégrader quiconque en fonction des temps".

Comment "réparer" l'affaire Dreyfus sans prendre le risque de moduler l'histoire "avec le regard d'aujourd'hui".

Interrogé sur cette question par le Grand rabbin de France Haim Korsia, Emmanuel Macron s'est montré nuancé face à la proposition de nommer le capitaine Dreyfus général à titre posthume.


Non sur le principe, mais peut-être pour ce cas particulier, a répondu le président de la République, lors d'un "dîner des protestants". "Appartient-il au président de la République de faire de Dreyfus un général, aujourd'hui ? Ma réponse de principe serait non", a d'abord répondu le chef de l'Etat.

"Réalité irréfutable"

"Pour une première raison, qui serait d'éviter les ennuis", a-t-il souri. "Pour une deuxième, plus profonde, qui est qu'on ouvrirait alors une possibilité au président de la République de restaurer ou dégrader quiconque en fonction des temps. Parce que j'aurais demain des demandes de tel ou tel pour dégrader des généraux qui ont participé à la colonisation ou à telle ou telle guerre". "Le grand risque, c'est de revisiter la hiérarchie militaire ou l'histoire, avec le regard d'aujourd'hui", a poursuivi le chef de l'Etat, au cours d'une séance de questions-réponses avec la salle.

"Mais la difficulté avec le cas Dreyfus, c'est que vous appuyez votre propos sur une réalité irréfutable qui est de reconstituer la carrière qu'on a suspendu", a-t-il dit. "Quand la haine sort de son lit dans une société, elle met du temps à y revenir, il suffit de voir les années que Dreyfus a vécu après: interdit de participer à la panthéonisation de Zola, on lui tire dessus et on blanchit l'auteur du tir", a-t-il relevé. "Votre argument rend ce cas singulier". "Mais c'est sans doute l'institution militaire, dans un dialogue avec les représentants du peuple français, qui peut le faire, plus que le président comme une décision souveraine, comme un fait du prince. Je pense que ce serait inapproprié. Mais in pectore (dans mon coeur), il l'est, le chef des armées que je suis peut vous le dire", a-t-il conclu.


En juillet 2019, la ministre des Armées Florence Parly avait ouvert la porte à une promotion d'Alfred Dreyfus. "120 ans plus tard, il est encore temps que les Armées redonnent à Alfred Dreyfus tout l'honneur et toutes les années qu'on lui a ôtés. Et j'y veillerai personnellement", avait-elle dit. Le député LR Eric Ciotti, s'était ensuite dit favorable à sa promotion au grade de général. Après avoir mardi inauguré le musée Alfred Dreyfus ouvert dans la Maison Zola à Médan (Yvelines), Emmanuel Macron a participé à un dîner de bienfaisance organisé par un réseau d'entrepreneurs protestants. Le président de la Fédération protestante de France François Clavairoly y a défendu des valeurs comme l'accueil des étrangers et le partage des richesses.

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