Affaire des écoutes : Nicolas Sarkozy condamné à trois ans de prison dont un ferme

Affaire des écoutes : Nicolas Sarkozy condamné à trois ans de prison dont un ferme
Nicolas Sarkozy quitte le Palais de justice de Paris après sa condamnation, le 1er mars 2021.

, publié le lundi 01 mars 2021 à 13h55

Ses co-accusés, Thierry Herzog et Gilbert Azibert, ont également été condamnés à trois ans de prison dont un ferme. L'ancien président n'ira pas en prison. 

Le tribunal a rendu son verdict dans l'affaire des écoutes : Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable des délits de corruption et de trafic d'influence et condamné à trois ans de prison dont un ferme.

Le tribunal correctionnel a estimé qu'un "pacte de corruption" avait bien été conclu entre l'ex-président, Me Thierry Herzog et l'ancien haut magistrat Gilbert Azibert, tous deux également condamnés à trois ans de prison dont un ferme. Ils ont également été reconnus coupables de violation du secret professionnel. Thierry Herzog, qui a fait appel, a d'ailleurs également été condamné à 5 ans d'interdiction professionnelle. 

Aucun des trois prévenus n'ira en prison. Selon plusieurs journalistes présents à la lecture de la décision, la présidente du tribunal correctionnel de Paris a indiqué que les peines pourraient être aménagées avec un bracelet électronique. 

Nicolas Sarkozy, qui a été "garant de l'indépendance de la justice, s'est servi de son statut d'ancien président pour gratifier un magistrat ayant servi son intérêt personnel", a déclaré la présidente de la 32e chambre correctionnelle de Paris, Christine Mée. L'ancien chef de l'Etat, qui a toujours affirmé n'avoir jamais commis "le moindre acte de corruption", a écouté le prononcé de sa peine debout face au tribunal, semblant impassible. 



L'affaire des écoutes remonte à 2014. Dans le cadre de l'enquête sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, enquête qui lui a valu depuis une quadruple mise en examen, les juges découvrent que l'ancien président utilise une ligne téléphonique secrète, ouverte sous l'alias de "Paul Bismuth", pour communiquer avec son avocat Thierry Herzog. Une dizaine de leurs conversations ont été retranscrites. Elles prouvent selon l'accusation qu'un "pacte de corruption" a été conclu entre Nicolas Sarkozy, son avocat et l'ancien haut magistrat Gilbert Azibert. 

Pour le ministère public, Gilbert Azibert a transmis, via Thierry Herzog, des informations couvertes par le secret et tenté d'influer sur un pourvoi en cassation formé par Nicolas Sarkozy, en marge de l'affaire Bettencourt. En échange, ce dernier a accepté d'appuyer la candidature du magistrat, alors avocat général dans une chambre civile de la haute juridiction, pour un poste de prestige à Monaco. Ces conversations n'étaient que des "bavardages entre amis", ont argué les avocats de la défense, qui ont brocardé les "fantasmes", "hypothèses" et "procès d'intention" de l'accusation. Face à un "désert de preuves", ils ont plaidé à l'unisson la relaxe des prévenus, qui encourent dix ans de prison et un million d'euros d'amende. 

Devant le tribunal, ils ont fait valoir qu'in fine, Nicolas Sarkozy n'a pas eu gain de cause devant la Cour de cassation et que Gilbert Azibert n'a jamais eu de poste à Monaco. Selon la loi, il n'est cependant pas nécessaire que la contrepartie ait été obtenue, ni que l'influence soit réelle, pour caractériser les délits de corruption et de trafic d'influence. Tout au long du procès, dans une ambiance houleuse, la défense a pilonné un dossier "poubelle", réclamant l'annulation de la totalité de la procédure, basée selon elle sur des écoutes "illégales" car violant le secret des échanges entre un avocat et son client. Le parquet national financier (PNF) avait demandé les mêmes peines de quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme à l'encontre des trois prévenus. 




Avec cette condamnation, Nicolas Sarkozy devient le premier ancien président à être condamné à de la prison ferme et le deuxième ancien président condamné sous la Ve République, après Jacques Chirac en 2011 dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Nicolas Sarkozy doit maintenant affronter à partir du 17 mars un deuxième procès, dans le cadre de l'affaire Bygmalion, portant sur les frais de sa campagne présidentielle de 2012. 

Retiré de la politique depuis 2016 mais toujours très populaire à droite, un an avant le prochain scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy est sous forte pression judiciaire. Il est mis en cause dans plusieurs dossiers, dont celui des soupçons de financement libyen de sa campagne victorieuse de 2007. 
 

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