Affaire Business France : Muriel Pénicaud entendue plus de quatre heures par les juges

Affaire Business France : Muriel Pénicaud entendue plus de quatre heures par les juges
La ministre du Travail dans son bureau rue de Grenelle, le 1er mars dernier.
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leparisien.fr, publié le mardi 22 mai 2018 à 15h47

La ministre du Travail était convoquée par Renaud Van Ruymbeke, Charlotte Bilger et Dominique Blanc dans l'enquête pour « favoritisme et recel de favoritisme » visant Business France, dont elle a été la directrice générale.

En ce jour de grève des fonctionnaires, la ministre du Travail a passé l'essentiel de la journée au tribunal. Accompagnée de son avocat, Muriel Pénicaud est arrivée à 9h15 au palais de justice de Paris, convoquée chez les juges dans l'enquête pour « favoritisme et recel de favoritisme » visant Business France, l'agence de promotion de l'économie française à l'étranger dont elle était la directrice générale avant d'être appelée au gouvernement. Elle est en ressortie vers 14 heures, après près de cinq heures d'audition.

En cause : le déplacement controversé que Business France avait organisé en 2016 pour Emmanuel Macron à Las Vegas, et qui avait coûté environ 300 000 €.

Le 6 janvier 2016, Emmanuel Macron, ministre de l'Économie qui cachait de moins en moins ses ambitions présidentielles, avait rencontré des centaines d'entrepreneurs français lors d'une soirée au Consumer Electronics Show (CES), grand-messe de l'innovation technologique.

Contrainte de monter l'opération en urgence sous la pression du cabinet du ministre, Business France (BF) l'avait intégralement confiée à l'agence Havas, sans recourir à une mise en concurrence pourtant prévue par le code des marchés publics pour de telles sommes. La question est de savoir si Muriel Pénicaud était au courant du processus de décision.

Pas d'«indices graves et concordants »

Un rapport critique de l'Inspection générale des finances (IGF) transmis par Bercy avait conduit le parquet de Paris à ouvrir cette enquête en mars 2017, confiée le 7 juillet aux juges Renaud Van Ruymbeke, Charlotte Bilger et Dominique Blanc.

Pour ce rendez-vous, prévu dans le nouveau palais de Justice de Paris où les trois juges viennent d'emménager, Muriel Pénicaud a reçu le statut de témoin assisté. Ce choix signifie que les magistrats du pôle financier disposent d'éléments à charge mais qu'ils n'ont pas d'« indices graves et concordants » contre elle.

Depuis le début de l'affaire, Muriel Pénicaud assure avoir été mise au courant d'éventuels dysfonctionnements un mois après l'organisation de l'événement et avoir immédiatement diligenté un audit indépendant auprès du cabinet EY. Mais son ancienne directrice de la communication, Fabienne Bothy-Chesneau, a livré une autre version montrant que la ministre avait été mieux informée qu'elle ne le prétendait : selon cette collaboratrice, si elle devait mettre en œuvre la soirée, elle ne disposait d'aucun pouvoir décisionnaire. Et à partir de fin novembre 2015, soit plus d'un mois avant l'événement, l'opération avait été évoquée de manière continue et en détail avec Muriel Pénicaud, avait-elle précisé.

Muriel Pénicaud est aussi soupçonnée de n'avoir averti son conseil d'administration que plusieurs mois après les rapports d'EY et de lui avoir transmis une présentation tronquée de ces documents qui ne laissaient guère de doutes sur « le risque pénal » encouru. Dans sa note juridique, EY n'exclut pas que la « responsabilité » pénale de la ministre « soit envisagée », même si sa « participation personnelle dans le cadre du marché [...] n'a pas été identifiée ».

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