Affaire Benalla: les syndicats policiers voient rouge, Collomb dans le viseur de l'opposition

Affaire Benalla: les syndicats policiers voient rouge, Collomb dans le viseur de l'opposition
Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb à la sortie de l'Elysée le 18 juillet 2018

AFP, publié le vendredi 20 juillet 2018 à 18h20

Avis de gros temps place Beauvau. Des syndicats policiers ulcérés, trois haut gradés de la préfecture de police de Paris suspendus et des oppositions qui tirent à boulets rouges sur Gérard Collomb: l'affaire Benalla agit comme "une bombe à fragmentation".

La tempête qui secoue l'Elysée depuis la révélation de l'affaire mercredi soir pouvait-elle longtemps épargner le ministère de l'Intérieur? Difficile de l'imaginer compte tenu des ingrédients du scandale. 

Un conseiller de l'Elysée qui frappe un manifestant lors d'un maintien de l'ordre où il était censé n'être qu'observateur, un 1er mai où les "casseurs" des black blocs avaient fait la Une. Une information connue mais tue par certains bureaux de la préfecture de police jusqu'à ceux de l'Elysée. Et, vendredi matin, l'annonce de la suspension de trois hauts gradés de la prestigieuse "PP" soupçonnés d'avoir transmis des images de vidéo-surveillance à Alexandre Benalla, le 18 juillet. Cette affaire agit comme une "bombe à fragmentation", relève Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergies-Officier.

Sur fond de malaise policier persistant - comme l'a souligné un récent rapport sénatorial - mais aussi d'extrême susceptibilité des forces de l'ordre sur le sujet des violences policières, le dérapage de ce conseiller de l'Elysée qui s'est transformé "en shérif" reste en travers de la gorge de policiers, résume Philippe Capon, de l'Unsa. Les syndicats policiers sont montés au créneau dès jeudi matin.

"C'est hallucinant qu'il ait pu se retrouver sur des opérations de maintien de l'ordre avec de telles prérogatives, brassard de police, radio...", s'offusque M. Ribeiro. "Et pourquoi a-t-on laissé ces images tourner sur les réseaux sociaux pendant trois mois en faisant croire qu'il était policier?"

Dans les rangs, on grince sur le "deux poids, deux mesures". "Quand un policier commet une faute, il est sanctionné et c'est normal", relève un commissaire. "Mais malgré sa suspension, Benalla est resté en place au plus haut niveau", ajoute-t-il.

Alors que se profilent les élections professionnelles, les syndicats scrutent l'attitude de Gérard Collomb et de l'administration: "Attention à ne pas s'attaquer qu'à des lampistes!", prévient-on.

- Collomb auditionné mardi au Sénat -

Les regards se tournent vers la préfecture de police de Paris, fragilisée par une affaire qui a rebondi avec l'annonce de la suspension de trois hauts gradés de la puissante Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC). 

Ils sont soupçonnés d'avoir transmis les images de vidéo-surveillance du 1er mai, place de la Contrescarpe, à Alexandre Benalla, le soir même des révélations du Monde. Des agissements que Gérard Collomb "condamne lourdement".

"En ce moment, beaucoup de gens doivent voir défiler leur vie administrative sous leurs yeux", ironise un haut fonctionnaire.

Qui a validé la présence de M. Benalla sur cette opération de maintien de l'ordre? Quel était son rôle officiel, voire officieux? Qui savait quoi de son dérapage ? Quand? Et pourquoi ne pas avoir plus tôt alerté la justice des violences commises par M. Benalla? Ce sont aussi les questions que posent les oppositions de gauche et de droite à Gérard Collomb. 

Elles avaient déjà ce proche du président dans le viseur depuis le débat sur la loi asile/immigration. Depuis jeudi, elles ont entrepris de pilonner un ministre accusé de "mensonges" et que Nicolas Dupont-Aignan (DLF) ou Benoît Hamon (Génération.s) appellent désormais à démissionner.

L'annonce, jeudi, de la saisine de la police des polices et la condamnation "sans ambiguïté" d'un "acte inadmissible" par le ministre n'ont pas calmé le jeu. M. Collomb sera auditionné par la commission des Lois du Sénat mardi à 17H45. A Beauvau, pour l'heure, c'est silence radio.

En attendant, les oppositions ont décidé de torpiller le débat sur la révision constitutionnelle. De mauvais augure avant l'examen en nouvelle lecture du projet de loi asile/immigration prévu initialement mercredi.

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