Aéroport de NDDL abandonné : "Un déni de démocratie" pour certains, "la moins mauvaise décision" pour d'autres

Aéroport de NDDL abandonné : "Un déni de démocratie" pour certains, "la moins mauvaise décision" pour d'autres
L'ancien Premier ministre et maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, le 26 avril 2017 à l'Élysée.

Orange avec AFP, publié le mercredi 17 janvier 2018 à 17h40

REVUE DE TWEETS - Après des années de controverse, l'exécutif a choisi d'abandonner ce mercredi 17 janvier le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) au profit d'un réaménagement de l'actuel aéroport de Nantes.

Malgré les multiples rejets des recours en justice des anti-aéroport, le soutien au projet d'une majorité des élus de Bretagne et des Pays-de-la-Loire, et une consultation locale favorable (55,17%) en Loire-Atlantique en juin 2016, l'exécutif a préféré lâcher "NDDL". "Les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet de Notre-Dame-des-Landes" qui est devenu "l'aéroport de la division", a jugé Édouard Philippe lors d'une déclaration à la sortie du Conseil des ministres.



"Il n'y avait pas de bonne décision", s'est-il ensuite défendu devant l'Assemblée nationale. L'alternative retenue est d'aménager l'actuel aéroport Nantes-Atlantique, qui sera "modernisé" et doit voir sa piste prolongée, a indiqué le Premier ministre. S'il a, comme attendu, appelé les "squatteurs" dans la "zone de non-droit" de la "Zad" à quitter les lieux, le Premier ministre leur a donné "jusqu'au printemps" pour partir "d'eux-mêmes". Dans l'immédiat, Édouard Philippe les a sommés de rendre les routes bloquées "à la libre circulation de tous", faute de quoi les forces de l'ordre "procéderont aux opérations nécessaires".

"GRANDE VICTOIRE DES ZADISTES"

La maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, a parlé de "trahison" et de "déni de démocratie". Le président socialiste du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, a dénoncé le premier "reniement de la parole" d'Emmanuel Macron, "car il avait dit qu'il ferait l'aéroport".

L'ancien Premier ministre et ex-maire PS de Nantes Jean-Marc Ayrault a également regretté un "déni de démocratie". "Je prends acte de la décision du gouvernement et je la regrette, c'est un déni de démocratie et une faille dans le développement du Grand Ouest, je prends date", a tweeté ce partisan historique du nouvel aéroport. "L'abandon du projet prêt à être réalisé n'est remplacé par aucun projet et la Zad n'est pas évacuée. Les problèmes restent entiers et les besoins du Grand Ouest et de la métropole nantaise sont sans solution", a-t-il ajouté auprès de l'AFP.



"Grande victoire des zadistes", a, lui, déploré le patron des sénateurs LR et ancien président des Pays de la Loire, Bruno Retailleau. Le leader de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon a salué sur Twitter "la fin d'une aberration écologique et financière". Mais "une expulsion de la Zad serait incompréhensible", a cependant estimé le groupe des députés LFI, en appelant le gouvernement à "faire preuve de calme et de mesure pour une sortie positive sur tous les plans".



Le député européen José Bové s'est dit "évidemment satisfait" de la décision du gouvernement, qu'il a qualifié de "courageuse". "Je suis surtout impressionné par le discours du Premier ministre qui n'a évacué aucun des débats puisqu'il a expliqué pourquoi Notre-Dame-des-Landes devait être préservé et pourquoi il fallait aménager l'aéroport de Nantes", a-t-il ajouté. L'eurodéputé a salué la préférence affichée du gouvernement pour le développement de plusieurs aéroports moyens dans l'ouest de la France plutôt qu'une "concentration à un seul endroit".



La présidente du FN, Marine Le Pen, a salué "une décision raisonnable", mais pointé le "problème" du référendum. "On a le sentiment en France qu'on commence par tradition à s'asseoir sur les référendums" comme "celui de 2005 (sur la Constitution européenne, ndlr) et celui de Notre-Dame-des-Landes". "Le gouvernement aurait dû, s'il voulait démontrer l'autorité de l'Etat, évacuer la Zad et rendre sa décision après cette évacuation" plutôt que de "donner le sentiment qu'on se soumet aux zadistes", a ajouté la député sur BFM-TV, prédisant que "beaucoup de projets (...) vont avoir du plomb dans l'aile", comme le projet d'enfouissement de déchets nucléaires à Bure (Meuse).



Le président des Patriotes, Florian Philippot, a lui estimé que si l'abandon du projet du nouvel aéroport apparaît comme "la moins mauvaise décision, on ne peut que constater l'immense gâchis de temps et d'argent, sous l'action de gouvernements tantôt lâches tantôt irresponsables". Pour Les Patriotes, "il y a urgence à ce que l'État retrouve son rôle d'aménageur du territoire, non pas en se lançant dans des projets pharaoniques, mais en développant des infrastructures à destination des zones enclavées, notamment en milieu rural et dans les lointaines périphéries urbaines".



Le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan a "salué" une "décision de bon sens". "Il est tout à fait possible de développer à un coût bien inférieur l'actuel aéroport nantais", explique le député de l'Essonne et ancien allié de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. "L'heure est désormais au rétablissement de l'ordre public sur le territoire".



La présidente LREM de la commission du Développement durable de l'Assemblée et ex-secrétaire d'État à la Biodiversité, Barbara Pompili, a elle exprimé "un sentiment de fierté". "On a un gouvernement qui a du courage, c'est pas du tout une capitulation. C'est une décision avec des valeurs, de concertation et de développement durable", a-t-elle déclaré dans les couloirs de l'Assemblée. "Les questions de multiplication de ZAD, c'est un fantasme, une peur brandie pour éviter de prendre des décisions", a-t-elle ajouté.

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