A peine lancés, les "états généraux de la laïcité" vivement critiqués

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Yannick Jadot le 17 avril 2021 à Paris
Yannick Jadot le 17 avril 2021 à Paris
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© AFP, Thomas SAMSON, POOL

publié le mardi 20 avril 2021 à 16h05

Le gouvernement a installé mardi et pour trois mois des "états généraux de la laïcité", avec pour objectifs de toucher la jeunesse et d'avoir un débat serein sur ce sujet "inflammable", mais à peine annoncés, ils étaient déjà largement critiqués comme un coup médiatique.

"Le principe de laïcité doit être réaffirmé", a dit la ministre déléguée à la Citoyenneté Marlène Schiappa, en lançant l'événement au Conservatoire national des arts et métiers à Paris, en présence de six essayistes, universitaires ou philosophes. 

Ce "trésor inestimable", ce "ciment de la citoyenneté", "n'est en aucun cas une arme contre les religions", a-t-elle insisté, en concédant que "la discussion" sur ce sujet "est inflammable", alors qu'elle "devrait tous nous réunir" et que "différentes approches existent".

Ce principe, "pas seulement juridique, mais aussi philosophique et politique", fait aujourd'hui "l'objet de remises en cause" et "d'entorses", a-t-elle regretté, plaidant pour se donner "de nouveaux outils pour lutter contre les phénomènes d'entrisme, contre le prosélytisme abusif".

Concrètement, la ministre a annoncé la tenue, jusqu'à l'été, de plusieurs tables rondes et groupes de travail sur la liberté d'expression, la recherche, la jeunesse, l'intégration citoyenne, les droits des femmes. Des "cartes blanches" seront aussi confiées à des associations, comme la Licra (Ligue internationale contre la racisme et l'antisémitisme), "pour faire vivre le débat".

En outre, une "grande consultation" est lancée "auprès de 50.000 jeunes, invités à répondre à la question "comment faire vivre la laïcité au quotidien", à l'adresse laicite.make.org

A la fin de l'été, les résultats seront restitués lors d'un "forum"; les initiatives et bonnes pratiques de terrain seront rendues publiques.

La ministre a aussi annoncé sur BFMTV le lancement d'un "fonds Marianne pour la République", de 2,5 millions d'euros, visant à "financer des personnes et associations qui vont porter des discours pour promouvoir les valeurs de la République et pour lutter contre les discours séparatistes notamment sur les réseaux sociaux et plateformes en ligne".

"Il ne s'agit pas de rechercher un hypothétique accord (...) mais de faire en sorte que se parlent ceux d'entre nous qui parfois s'invectivent", a-t-elle souhaité. Un propos plus policé que son intention annoncée dimanche dans le JDD de vouloir "sortir de la tenaille entre d'un côté les identitaires d'extrême droite et de l'autre les indigénistes et Europe Écologie-Les Verts". 

- "Agitation médiatique" -

Preuve de la diversité des conceptions de la laïcité, les six intervenants au lancement ont défendu des propos parfois aux antipodes. 

Le philosophe Henri Pena Ruiz a défendu la laïcité comme un "universalisme", un principe "d'émancipation" et "d'intérêt général". 

Gaspard Koenig a appelé à "cesser de mettre cette question (de la laïcité) au coeur du débat public" et à ne pas y associer des "injonctions" qui n'ont "rien à voir" avec elle, comme l'égalité homme-femme. 

L'essayiste Caroline Fourest a souligné que la laïcité était "en danger (...), en pleine crise des réveils religieux, fondamentalistes".

Ce lancement intervient alors que le devenir de l'Observatoire de la laïcité, présidé pendant huit ans par l'ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco fait l'objet d'une âpre bataille politique. Matignon doit annoncer dans les prochaines semaines le dispositif qui lui succédera.

A peine annoncés, ces états généraux étaient déjà sous le feu des critiques. 

"On ne fait pas un débat après une loi", avait dénoncé lundi l'eurodéputé EELV Yannick Jadot, en référence au projet de loi luttant contre le "séparatisme" adopté en première lecture la semaine dernière par le Sénat. 

"Nous rassembler autour de la laïcité à la française". Sans blague! Ce pouvoir a un but: diffamer et diviser pour régner", a protesté mardi sur twitter la sénatrice (EELV) Esther Benbassa.

Dès dimanche, la CFDT avait demandé d'"arrêter de faire de la laïcité un objet d'agitation médiatique permanent". 

Aurélien Taché, député ex-LREM, avait vu dans ces Etats généraux "une opération de communication grotesque".

Le président de la Licra, Mario Stasi, a au contraire souligné que si cela permet de "sortir avec des propositions concrètes dans le respect de la loi 1905", il n'y voyait "que des avantages"

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