À Paris, au coeur d'une «marée populaire» à petit coefficient

À Paris, au coeur d'une «marée populaire» à petit coefficient
Paris, le 26 mai 2018. Une manifestation était organisée ce samedi contre la politique d'Emmanuel Macron.

leparisien.fr, publié le samedi 26 mai 2018 à 19h29

Ils étaient moins nombreux qu'attendus par les organisateurs. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé, hier, à Paris et en province, avec de très nombreuses et différentes revendications.

Faut-il y voir une forme de lassitude, de fatalisme ? Est-ce l'annonce d'Emmanuel Macron qui, la veille, avait assuré depuis Moscou que la foule ne « l'arrêtera pas » ? Environ 32 000 personnes ont répondu ce samedi à Paris à l'appel d'une soixantaine d'organisations (associations, partis politiques, syndicats) qui voulaient une « marée populaire » pour s'opposer à la politique d'Emmanuel Macron.

Un chiffre bien loin des espérances des organisateurs (voir encadré). Près de la gare de l'Est, lieu de départ du cortège, les manifestants arrivés peu après midi se veulent malgré tout combatifs et patientent dans un air chaud. « C'est la première fois qu'on est uni, syndicats et politiques ensemble », se réjouit Françoise, fonctionnaire de 51 ans. De nombreuses pancartes « Stop à Macron » se fraient une place au milieu des drapeaux traditionnels de la CGT ou de la France insoumise, dans une ambiance bon enfant.

Les syndicats qui ont appelé à manifester, CGT, FSU et Solidaires, marchent devant les partis politiques, qui ferment le parcours. « Je viens avec le peuple qui en a assez de ne pas être entendu par un gouvernement de riches », témoigne la sénatrice écologiste Esther Benbassa, écharpe tricolore à l'épaule. « Le gouvernement nous nargue et la manifestation est notre seul moyen de montrer notre mécontentement », approuve John, retraité de 62 ans, venu du Val-d'Oise avec son épouse, et qui se dit « solidaire » des cheminots.

Mais les mots d'ordre ont largement dépassé la grogne sur la réforme de la SNCF. Hôpital public, loi université, loi logement, violences policières, aides sociales... Des revendications qui n'ont jamais été aussi variées, sans que cela ne fasse fortement gonfler le nombre de manifestants. En tête du cortège, l'espace citoyen regroupe aussi bien des étudiants que des associatifs de quartiers populaires ou des défenseurs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

« Justice pour Adama », étudiants et Air France

« Macron t'es foutu, les quartiers sont dans la rue ! » scandent à haute voix des représentants du collectif « Justice pour Adama », du nom du jeune homme mort en 2016 à la suite d'une interpellation policière. Quelques projectiles volent en direction des CRS, positionnés à chaque rue adjacente, même si aucun débordement grave ne s'est produit -43 interpellations ont tout de même eu lieu.

Des incidents en marge de la manifestation

« La lutte contre la casse du service public concerne aussi les lycéens », assure de son côté Louis Boyard, président du syndicat étudiant UNL. Avec des étudiants, il défile devant une banderole « le plan étudiant n'est pas sélectionné », référence à la sélection à l'université qu'il dénonce. « Les réponses qu'ils ont reçues cette semaine sur Parcoursup ont été très douloureuses pour beaucoup de lycéens », assure le jeune homme en classe de terminale, qui reconnaît cependant qu'il n'est pas simple de mobiliser les jeunes.

Et pour la suite, comment réunir autant de revendications disparates, au-delà d'une journée de manifestations ? En tête du cortège qui arrive place de la Bastille, Vincent, steward à Air France, glisse : « Chez nous, on a réussi à s'allier entre pilotes, hôtesses et personnel de bord, maintenant il faut qu'on arrive à faire converger les luttes dans la société ! » Mais le fait que les réformes soient votées au pas de charge par le Parlement rend certains manifestants « fatalistes », de leur propre aveu. Solen, musicien de 43 ans venu en famille avec ses deux enfants, veut garder espoir : « On a pris des coups sur la tête mais on n'est pas vaincu ».

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.