A Ivry et Saint-Denis, la banlieue rouge communiste menacée dans ses fiefs

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Le socialiste Mathieu Hanotin, ex-directeur de campagne de Benoît Hamon au siège du PS en janvier 2017
Le socialiste Mathieu Hanotin, ex-directeur de campagne de Benoît Hamon au siège du PS en janvier 2017
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© AFP, THOMAS SAMSON
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, publié le jeudi 06 février 2020 à 10h21

La banlieue rouge du XXIe siècle sera-t-elle encore communiste ? Aux portes de Paris, les fiefs historiques d'Ivry-sur-Seine et Saint-Denis sont menacés par d'autres formations de gauche attirées par ces villes "symboles" en pleine mutation. 

Dans le Val-de-Marne, au sud de Paris, Ivry "la rouge" et ses 60.000 habitants votent inlassablement PCF aux municipales depuis près d'un siècle. 

Un emblème aujourd'hui âprement disputé à gauche. Membres de la majorité municipale pendant près de 12 ans, les écologistes, alliés aux Insoumis et aux socialistes, ont décidé de présenter une liste concurrente.

Côté banlieue nord, un autre bastion, Saint-Denis, avait déjà vacillé en 2014. Dans la ville la plus peuplée de Seine-Saint-Denis, communiste depuis la Libération, le socialiste Mathieu Hanotin avait manqué la victoire de 181 voix. Aux européennes, ce sont les Insoumis qui se sont imposés comme première force à gauche, en se positionnant juste derrière LREM, vainqueur du scrutin. Les communistes ne sont arrivés que cinquièmes.

Cette fois, le PCF est confronté à deux grands challengers à gauche. Si le maire sortant Laurent Russier se présente avec le soutien d'EELV, il a face à lui une liste "citoyenne" soutenue par LFI et menée par un de ses adjoints, et celle de l'élu socialiste qui veut sa revanche.

Or la ville est à une "période charnière de son histoire", assure le maire. Avec les JO-2024, des milliers de logements vont sortir de terre. Et les travaux de la gare Pleyel, la plus grande du futur métro du Grand Paris, sont en cours. Résultat, la campagne pour les municipales est "la plus clivante" depuis "des années", poursuit l'édile.

Au coeur des débats, la question du logement et de la "gentrification", dans une ville qui compte plus de 40% de logements sociaux et où les prix au m2 sont bien inférieurs à ceux d'autres communes de proche banlieue, prises d'assaut par des habitants venus de Paris.

- Communistes "notabilisés" -

A Ivry, il est aussi beaucoup question d'aménagement urbain. La tête de liste EELV Sabrina Sebaihi accuse la mairie de vouloir "bétonner la ville" en pointant le projet pharaonique de construction de logements et de bureaux, Ivry Confluences, engagé depuis 2011 et qui s'étend sur un cinquième de la ville.

Dans cette commune populaire où EELV est arrivé en tête aux européennes, les questions environnementales s'annoncent déterminantes. La reconstruction du plus grand incinérateur d'Europe, projet soutenu par le maire sortant mais dénoncé par les écologistes, a profondément clivé les habitants, y compris l'électorat communiste.

"Les questions écologiques ne sont pas suffisamment prises en compte" par les communistes, accuse Sabrina Sebaihi.

Pour le chercheur Emmanuel Bellanger, le communisme municipal s'est construit sur l'accompagnement des habitants "en période de crise ou de guerre", via davantage de services publics ou de logements sociaux. Mais le logiciel a évolué: "Aujourd'hui, la question sociale c'est aussi la question environnementale" et les élus devront démontrer leur capacité à faire face à une nouvelle crise, écologique celle-là. 

Les adversaires du PCF multiplient aussi les critiques contre un parti vieillissant, se comportant en "rentier" de la mémoire ouvrière.

A Saint-Denis, Bally Bagayoko, le candidat soutenu par LFI, revendique son enfance au sein d'une famille nombreuse d'origine malienne et se présente comme le véritable héritier du "communisme municipal", avec un "visage différent, issu des quartiers populaires, de la diversité, dont il ne faut pas avoir honte". 

Même tonalité à Ivry, où l'insoumis Mourad Tagzout défend "une mémoire ouvrière (qui) n'appartient à personne": "Pourquoi serions-nous moins légitimes que le PCF pour porter et représenter cet héritage ?"

La France insoumise peut "incarner une nouvelle banlieue rouge", en faisant figure d'"alternative à des élus communistes qui se sont notabilisés" et qui "ne portent plus la radicalité de leurs prédécesseurs", complète Emmanuel Bellanger.

Reste une question, LREM et la droite peuvent-elles tirer parti de l'arrivée des nouveaux habitants ? Pas nécessairement note le chercheur, pour qui les Parisiens qui s'installent dans ces villes populaires ne représentent pas "la grande bourgeoisie". Mais plutôt une "classe moyenne intellectuelle, sensible à la question sociale, à la densité des services publics", caractéristique de ces villes rouges... et plus nécessairement communistes.

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