Perpignan : un "front républicain" fragilisé face au RN

Perpignan : un "front républicain" fragilisé face au RN
Louis Aliot aux côté du maire RN de Béziers, Robert Ménard, le 11 juin 2020.

, publié le jeudi 25 juin 2020 à 21h10

Louis Aliot, membre du Rassemblement national (RN) qui s'est présenté sans étiquette, va faire face à un "front républicain" autour du maire Les Républicains (LR) sortant. Mais certains plusieurs cadres politiques locaux ont refusé de le rejoindre.

La plus grande prise du Rassemblement national depuis Toulon en 1995.

Tel est l'enjeu du second tour des élections municipales à Perpignan, ville de 120.000 habitants, dimanche 28 juin. Le maire LR sortant Jean-Marc Pujol, au pouvoir depuis 2009 et soutenu par un fragile "front républicain", fait face au RN Louis Aliot, arrivé largement en tête du 1er tour des municipales.


"Depuis les années 1980 et l'arrivée de Pierre Sergent (cadre de l'OAS devenu député), le FN cible Perpignan", souligne le sociologue Dominique Sistach, de l'Université de Perpignan Via Domitia.

Louis Aliot, ancien compagnon de Marine Le Pen âgé de 50 ans, a été élu en 2017 député RN des Pyrénées-Orientales. Il revendique son appartenance au parti d'extrême droite mais affiche à Perpignan son objectif de fusion des droites. Il a déjà échoué trois fois à conquérir la mairie. Mais sa liste sans l'étiquette du RN lui a permis de rallier des personnalités de la droite locale, aussi bien dans les sphères économiques que culturelles.

Louis Aliot, qui a totalisé 35,6% des voix le 15 mars, promet "d'étendre l'action de la police municipale et remettre de l'ordre dans des quartiers en déshérence".

La montée en puissance de Louis Aliot

Jean-Marc Pujol, un avocat de 71 ans, clame depuis des mois qu'il peut à nouveau infliger une défaite au candidat lepéniste. Avec ses 18,4% du 1er tour, la tâche s'annonce difficile pour défaire celui qu'il qualifie "d'apparatchik du FN". Il mise sur une meilleure participation qu'au 1er tour (40%). Jean-Marc Pujol, qui présente une gestion saine de la ville, met en avant que sa police municipale est "la première de France au nombre de policiers armés par habitant" et envisage de doter la cité catalane d'un tramway.

Déjà en 2014, Jean-Marc Pujol avait affronté Louis Aliot lors d'un duel qu'il avait nettement remporté (55%-45%), grâce à un bon report des voix de la gauche, qui s'était désistée en sa faveur et mobilisée lors du second tour. "Après le 1er tour qui a tenu lieu de primaires, je suis en mesure de rassembler", plaide l'édile sortant en soulignant que le candidat lepéniste n'a progressé que d'un point depuis 2014 (35,6% contre 34%) et que le "total des voix de droite le 15 mars atteint 34%", en comptant toutefois la liste En Marche.


"Cette année, il n'y a pas la même configuration politique, pas le même rapport de force, la gauche est encore plus faible, Pujol dévisse, il utilise le même modèle, 'soit moi, soit le déluge fasciste', il n'a pas la même légitimité, est-ce que ça va marcher ?" s'interroge Dominique Sistach. De l'autre côté du ring, "Aliot est fort sur ses bases" électorales, selon le sociologue. Le vote FN, puis RN, est historiquement fort à Perpignan, ville appauvrie depuis les années 1950 et qui connaît des problèmes d'insécurité et d'incivilité. 

Un "front effrité"

Dans la dernière ligne droite, la campagne électorale a pris une tournure judiciaire. Mardi, Jean-MarcPujol a déposé une plainte contre X pour "atteinte à la sincérité du vote" après la diffusion d'un faux sondage donnant Aliot nettement vainqueur au second tour.

Au même moment, Louis Aliot attaquait en justice le patron de l'office HLM de Perpignan et ancien directeur de cabinet du maire, l'accusant d'avoir convoqué à des réunions les habitants d'appartements HLM pour les appeler à voter pour Jean-Marc Pujol.

Pour éviter une quadrangulaire ou une triangulaire qui faciliterait une victoire de Louis Aliot, deux retraits "républicains" sont intervenus: la candidate écologiste Agnès Langevine, vice-présidente de la région Occitanie (14,5% au 1er tour) timidement soutenue par le PS local, et le député LREM Romain Grau, ancien adjoint du maire sortant.

Mais pour Louis Aliot, il s'agit d'un "front effrité". Battu au 1er tour, Olivier Amiel, ancien adjoint de Jean-Marc Pujol et ancien trésorier des Républicains dans les Pyrénées Orientales, a refusé de se plier au front républicain. Et quatre colistiers du candidat En Marche se sont même ralliés à Louis Aliot.

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