Municipales : qui deviendra maire de Marseille ?

Municipales : qui deviendra maire de Marseille ?
La candidate EELV Michèle Rubirola après sa victoire dans les urnes à Marseille, le 28 juin 2020.

, publié le lundi 29 juin 2020 à 08h30

Si la gauche l'a emporté, elle n'a obtenu qu'une majorité relative au conseil municipal, qui doit élire le prochain maire de la ville. 

L'incertitude règne encore à Marseille avant un "troisième tour" incertain. Car si la gauche a gagné, la droite pas encore perdu dans la cité phocéenne.

Si les listes du Printemps Marseillais, menées par Michèle Rubirola, médecin et élue locale EELV, quasi-novice en politique, ont emporté haut la main le suffrage populaire, ils n'ont obtenu qu'une majorité relative au conseil municipal et la candidate LR Martine Vassal n'a donc pas encore perdu.

En effet, comme à Paris et à Lyon, le scrutin dans la deuxième ville de France se joue par secteurs, et ce second tour débouche sur une majorité relative pour la gauche qui a obtenu 38% des voix contre 30% pour la droite. Tout n'est donc pas encore joué pour l'élection du successeur de Jean-Claude Gaudin devant les 101 conseillers municipaux. Le Printemps marseillais emporte quatre secteurs, LR trois, la sénatrice ex-PS Samia Ghali conservant sa mairie dans les quartiers Nord, et se retrouvant en position d'arbitre tout comme le dissident LR Bruno Gilles, qui pourrait vendre chèrement le ralliement de ses quelques conseillers à Mme Vassal.



"C'est une victoire relative pour nous mais c'est une défaite pour la droite", a lancé Michèle Rubirola. Après un quart de siècle aux commandes de cette ville populaire, marquée par de très fortes inégalités et ouverte sur la Méditerranée, "la droite n'est plus en mesure de gouverner", a-t-elle ajouté, dénonçant un "système électoral par secteurs qui est un contresens démocratique". "Le scrutin ne nous livre pas un verdict clair" mais "sans doute faut-il y voir les derniers signes de résistance d'un système que la majorité des Marseillais ont rejeté", a poursuivi la candidate, qui éreintait lors de la campagne le bilan des années Gaudin.

Le Printemps marseillais, union de la gauche, qui a rassemblé le Parti socialiste, le Parti communiste, des Insoumis ainsi que des citoyens engagés, puis fusionné dans l'entre-deux tours avec les écologistes, va devoir désormais étudier "les conditions dans lesquelles cette ville peut être administrée sans renier ses valeurs". Et pour espérer écrire une nouvelle page de l'histoire de Marseille, qui n'a changé que trois fois de maire depuis les années 1950, et a été dirigée pendant quatre décennies par la gauche, sous les socialistes Gaston Defferre et Robert Vigouroux, le Printemps marseillais va devoir composer avec Samia Ghali. Pas gagné : la gauche a maintenu jusqu'au bout un candidat contre elle, la présentant comme une héritière du système en place à Marseille. "Ce soir, Marseille ne pourra plus se faire sans les quartiers Nord", a-t-elle déclaré dans la nuit, ménageant le suspense sur ses intentions.

Dans ces conditions, la droite veut encore y croire. "Je n'ai pas perdu, ce soir il n'y a pas de majorité à Marseille", mais une "situation de blocage", a clamé de son côté Martine Vassal, laissant présager d'une semaine de lutte d'influence acharnée d'ici à la première réunion du nouveau conseil municipal, probablement vendredi ou samedi. La cheffe de file des Républicains, dauphine désignée par Jean-Claude Gaudin, a subi une cuisante défaite dans son propre secteur, où elle a été doublée en quadrangulaire, avec 39% des voix, par la candidate du Printemps marseillais, Olivia Fortin (42%). Elle l'a attribué à "l'entêtement d'un candidat sans envergure", l'ex-président de l'université Aix-Marseille, Yvon Berland (LREM). Cette déroute dans un secteur jugé imperdable par la droite et où Jean-Claude Gaudin a toujours été élu au premier tour, affaiblit encore son camp après une campagne laborieuse, entachée par l'ouverture d'une enquête sur des soupçons de fraude aux procurations.

Le seul qui perd tout espoir de jouer un rôle clé dans cette élection est le sénateur Rassemblement national Stéphane Ravier. L'extrême droite perd sa seule mairie d'arrondissement, les 13e et 14e arrondissement, au profit du général David Galtier, candidat LR.

Rompu aux joutes électorales, Jean-Claude Gaudin, figure tutélaire d'une droite jusqu'ici hégémonique à la ville, à la métropole, au département et à la région, laisse une droite en miettes, mais assure encore, lui aussi, que "rien n'est joué". Avant de raccorcher les gants, à 80 ans, il a lancé un dernier appel du pied, hier encore improbable, aux "onze élus des listes minoritaires d'hier", soit celles du dissident Bruno Gilles et surtout de Samia Ghali, sommés de choisir entre "entre la poursuite du développement de la ville et le repliement vers les errements du passé et le déclin".
 

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