2e tour des municipales 2020 : les points chauds dans les grandes villes

2e tour des municipales 2020 : les points chauds dans les grandes villes
Rachida Dati, Anne Hidalgo et Agnès Buzyn, le 17 juin sur le plateau de France 3.
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, publié le samedi 27 juin 2020 à 07h00

ECLAIRAGE. Voici les endroits où se joueront des matchs particulièrement suivis, avec des victoires de prestige à la clé pour ceux qui parviendront à s'imposer.

Paris, Hidalgo en confiance 


Trois candidates restent en lice dans la capitale à l'issue d'une campagne chaotique.

La maire PS sortante Anne Hidalgo, largement en tête au premier tour avec 29,3% des voix, Rachida Dati pour Les Républicains (22,7%) et la candidate LREM de secours, Agnès Buzyn (17,3%).




L'entre deux tours exceptionnellement long a conforté la position d'Anne Hidalgo, qui a conclu un accord avec la liste écologiste conduite par David Belliard (10,8%). Rachida Dati, déterminée, s'est imposée comme la véritable opposante à la maire sortante, et le maintien de la candidature d'Agnès Buzyn est longtemps resté incertain, après ses déboires du premier tour. Quant au candidat ex-LREM Cédric Villani, cinquième au premier tour (7,9%), il s'est refusé à toute alliance après des discussions infructueuses et sa candidature dans le XIVe arrondissement est désormais anecdotique.

Avec autour de 45% d'intentions de vote, la maire PS aborde donc le second tour en position de force, devant Rachida Dati (34%) et Agnès Buzyn (18%), selon un dernier sondage BVA. Mais l'attitude des abstentionnistes du premier tour pourrait peser sur le résultat. 

Lyon à portée des Verts

Les Verts vont-ils s'emparer de la capitale des Gaules ? À Lyon, le scrutin est double, municipal et métropolitain, et le second tour oppose trois camps principaux : les écologistes alliés à la gauche et l'extrême gauche; la coalition formée par LR et Gérard Collomb; et des dissidents de LREM.

Après son gros score sur la ville le 15 mars, sauf revirement complet des électeurs, le candidat EELV Grégory Doucet est le favori pour être le prochain maire, au point que son potentiel exécutif a déjà en partie fuité dans la presse locale - excès de confiance ?

Le match est plus serré sur la Métropole, véritable enjeu politique car elle concentre l'essentiel des pouvoirs. Il oppose l'écologiste Bruno Bernard au sénateur LR François-Noël Buffet et au président sortant de la collectivité David Kimelfeld - LREM dissident, il n'a pas récupéré l'investiture retirée à Collomb, grand perdant du premier tour qui soutient désormais la droite.




Le 15 mars, les Verts sont arrivés en tête dans 8 des 14 circonscriptions de la Métropole : de quoi espérer l'emporter dimanche avec leurs alliés. Mais le niveau de participation et les reports de voix induits par les alliances rendent le verdict incertain.

Le plus probable est que l'élection se joue au "troisième tour", quand les conseillers du Grand Lyon devront désigner leur président: sans majorité nette, le jeu des négociations sera très ouvert. Une seule chose est sûre: La République en Marche perdra son fief.

Marseille, incertitude sur l'après-Gaudin

L'issue du scrutin est plus incertaine que jamais à Marseille, bastion des Républicains dirigé par Jean-Claude Gaudin depuis 25 ans, où la gauche est arrivée en tête au premier tour.

La campagne s'est affolée mi-juin, avec l'ouverture d'une enquête sur de possibles fraudes aux procurations chez Les Républicains, qui a accentué les difficultés de la candidate du parti Martine Vassal, longtemps donnée favorite. La présidente de la métropole et du département, qui se défend d'avoir fraudé, s'emploie désormais à dissiper le doute et contre-attaque en agitant le spectre du "péril rouge".

A gauche, le Printemps marseillais, liste d'union menée par Michèle Rubirola, est porté par ses scores du premier tour, même dans des arrondissements bastions de la droite, et a obtenu le ralliement d'EELV, parti seul au premier tour.

Mais le scrutin se joue par secteurs, et le choix de se retirer d'un des plus importants de la ville pour faire barrage à l'extrême droite, tout en se maintenant face à l'ex-socialiste Samia Ghali dans un autre, pourrait l'handicaper.

Le nom du maire de Marseille ne sera peut-être connu qu'au "troisième tour", lorsqu'une majorité devra se dégager au conseil municipal pour l'élire. Le Rassemblement national de Stéphane Ravier, seul à avoir pu se maintenir dans tous les secteurs, et les outsiders Samia Ghali ou Bruno Gilles (dissident LR) pourraient alors jouer un rôle clé.

Bordeaux, un écolo face au sortant

Ce devait être une quadrangulaire après 73 ans d'élections de maires de droite dès le premier tour. Il n'y aura finalement que trois listes à Bordeaux : le maire sortant LR, le Macron-compatible Nicolas Florian (51 ans), a fait alliance avec le candidat En Marche Thomas Cazenave (42 ans), dont la liste avait rassemblé 12,69% au premier tour.

Ce n'est pas beaucoup pour un parti présidentiel, mais assez pour donner un peu d'oxygène à l'héritier d'Alain Juppé, dont la liste n'avait devancé que de 96 voix l'écologiste Pierre Hurmic allié à la gauche (34,56% contre 34,38%). Un sondage, publié le 18 juin par la presse locale, semble le confirmer : la liste LR-LREM y arrive en tête avec 49% des intentions de vote, contre 40% à l'écologiste.  

Le Vert de 65 ans, qui siège depuis 25 ans dans l'opposition municipale ne pourra pas rassembler sous son nom toute la gauche car le score au premier tour (11,77%) de la liste "anticapitaliste" NPA de Philippe Poutou a permis à l'ancien candidat à la présidentielle de se maintenir. Avec 11% d'intentions de vote, il peut même espérer devenir conseiller municipal, ce qui serait son premier mandat politique à 53 ans.

Edouard Philippe en duel au Havre

Au Havre, Edouard Philippe arrivé en tête du premier tour avec 43,60% des voix, affronte au second le député PCF Jean-Paul Lecoq dont le score (35,88%) avait créé la surprise le 15 mars.

Le Premier ministre a depuis été à la manœuvre dans la crise épidémique, engrangeant au passage une forte hausse de sa popularité au niveau national. Un sondage Ifop paru la semaine dernière le crédite de 53% d'intentions de vote au second tour dans cette ville de 170.000 habitants, contre 47% à Jean-Paul Lecoq, mais l'inconnue de l'abstention fait peser une forte incertitude.

Edouard Philippe a été maire de 2010 à 2017 de cette ville sociologiquement à gauche. Face à l'ex-LR, élu dès le premier tour en 2014, la gauche tente de faire front malgré les tensions entre sa tête de liste et les écologistes, et l'échec de la fusion avec la liste menée par l'EELV Alexis Deck au premier tour (8,28%).

Sept parlementaires dont un EELV sont venus le 18 juin au Havre pour clamer leur soutien à Jean-Paul Lecoq, suivis le lendemain par Jean-Luc Mélenchon. "Il y a un enjeu national à la bataille municipale du Havre", a martelé le chef de file des Insoumis.

Lille, Aubry pour un quatrième mandat ?

A Lille, trois candidats sont en lice pour le 2e tour : Martine Aubry, maire PS depuis 2001, arrivée en tête au premier tour (29,8%) devant son allié de la mandature, l'écologiste Stéphane Baly (24,5%), et son ex-directrice de cabinet Violette Spillebout (17,5%), partie sous les couleurs du parti présidentiel.

Alors que les Verts avaient laissé planer le doute sur leurs intentions réelles, Martine Aubry et Stéphane Baly n'ont pas fait alliance. Les deux camps, pourtant alliés dans l'actuelle mandature, ne parviennent à s'entendre sur des dossiers de fond, comme la publicité, la vidéosurveillance ou encore les logements.

Favorite, la maire sortante appelle à "unir les énergies" de tous ceux attachés "à la lutte contre les inégalités", "la justice sociale" et "la transition écologique", mais refuse une fusion à n'importe quel prix.

Sans départager Mme Aubry et Stéphane Baly, Julien Poix, tête de liste LFI, qui n'a pu se maintenir avec 8,8%, a toutefois affirmé que "pas une voix" ne devait aller à "la candidate du pouvoir en place", Violette Spillebout, qui se dit persuadée de pouvoir "créer la surprise".

La droite lilloise (8,2%), avec laquelle la candidate LREM a refusé une alliance, appelle à voter Martine Aubry. Selon Pierre Mathiot, directeur de l'Institut d'études politiques de Lille, ce scrutin "est probablement l'élection la moins assurée pour elle (...) En ne s'alliant pas aux Verts elle assume un risque politique"

Strasbourg, la surprise LREM ?

A Strasbourg, où le maire sortant, Roland Ries, ne se représente pas après deux mandats consécutifs, c'est son poulain, le LREM Alain Fontanel, 51 ans, qui semble tenir la corde après son accord surprise avec le LR Jean-Philippe Vetter, 39 ans. Avec 38%, les scores cumulés des hommes au 1er tour placent théoriquement en tête pour le second tour la liste emmenée par le candidat macroniste qui pourrait donc offrir au parti présidentiel l'une de ses rares prises de choix lors de ces municipales.

Arrivé deuxième le 16 mars avec 20% des voix, Alain Fontanel, actuel premier adjoint au maire, avait été largement distancé par la candidate écologiste Jeanne Barseghian (28%). Mais cette dernière, qui avait besoin d'un accord avec la socialiste Catherine Trautmann (troisième avec 19%) pour consolider son avance, n'a pas réussi à s'entendre avec l'ancienne maire de Strasbourg.

Une brèche dans laquelle les candidats LREM et LR se sont engouffrés en déposant in extremis, et à la surprise générale, une liste commune. Un coup de poker, alors que Jean-Philippe Vetter et Alain Fontanel (qui avait aussi entamé avec Mme Trautmann des négociations qui n'ont pas abouti) avaient fait mine les jours précédents de partir chacun de leur côté. En cas de victoire, M. Fontanel serait maire de Strasbourg et soutiendrait Jean-Philippe Vetter pour la présidence de l'Eurométropole.

Toulouse, une alliance vert-rouge-citoyen aux portes du Capitole

A Toulouse, un duel très serré va se jouer entre le maire LR et macron-compatible sortant, Jean-Luc Moudenc, 59 ans, et son rival écologiste Antoine Maurice, 39 ans, qui emmène une union des gauches associant Insoumis, communistes, socialistes et Radicaux de Gauche à un noyau citoyen. 

Parti favori en mars, Jean-Luc Moudenc est désormais à la peine selon trois sondages face à la liste Archipel Citoyen de son rival. L'issue de la bataille se jouera notamment sur la participation, qui avait chuté à 36,66% au premier tour. 

Après sa percée en deuxième position, à 27,5%, Antoine Maurice a réussi à rallier les colistiers de sa rivale socialiste, Nadia Pellefigue, arrivée troisième avec un score de 18,5%, et qui s'est retirée. Une victoire d'Archipel mettrait fin au "paradoxe toulousain", qui a assuré, à l'exception d'une parenthèse socialiste (2008-2014), 37 ans de pouvoir au centre-droit dans une ville qui vote pourtant à gauche pour les scrutins nationaux.

Elle constituerait aussi un succès d'ampleur pour les Verts, qui s'assureraient ainsi le contrôle de la 4e ville de France, la "capitale de l'aéronautique" du pays, qui s'apprête à encaisser la crise de la filière provoquée par l'épidémie de Covid.

Triangulaire incertaine à Montpellier

L'épilogue des municipales de Montpellier est imprévisible. Après une longue campagne rythmée par de nombreux rebondissements, trois candidats s'affrontent au second tour.

Le maire sortant DVG Philippe Saurel, qui avait annoncé sa candidature très tardivement, est arrivé en tête du premier tour, mais avec un score décevant (19,1 %).

Son principal challenger, le socialiste Mickaël Delafosse (16,6 %), parie quant à lui sur l'union de la gauche, ou tout au moins d'une de ses parties. Il a scellé un accord avec la liste EELV créditée d'un petit 7% le 15 mars et a reçu le soutien des Insoumis de Montpellier.

En embuscade, le milliardaire Mohed Altrad, patron du groupe international du même nom et du club de rugby local, troisième au premier tour (13,3%), a joué son va-tout avec une improbable alliance avec le youtubeur Rémi Gaillard, une liste "citoyenne" et l'écologiste Clothilde Ollier. À eux quatre, ils totalisent 40% des voix au premier tour, mais depuis l'annonce de ce rapprochement, de nombreux colistiers de ces listes se sont retirés et ont exprimé leur désaccord.

Grenoble, Piolle (EELV) toujours favori

Tête de la liste EELV-FI-PCF-citoyens arrivée largement en tête (46,68%) au premier tour, Eric Piolle semble promis à un second mandat consécutif dans la seule grande ville actuellement gérée par des écologistes.

L'échec de toutes les tentatives de fusion de listes a acté la quadrangulaire qui devrait lui être aussi favorable qu'en 2014.

Ses trois compétiteurs font campagne pour se placer comme le premier opposant. Deuxième lors du premier tour avec 19,81% et le soutien de LR, l'ancien maire RPR de la ville, condamné pour corruption en 1996, Alain Carignon appelle au "vote utile".

Avec ses 13,75% du premier tour, Emilie Chalas (LREM) a reçu le soutien d'Agir (la droite constructive). Ancrée du coup plus à droite de l'échiquier, elle caresse l'espoir de damer le pion à Carignon. Enfin, le socialiste Olivier Noblecourt (13,31%), 4e au soir du premier tour, termine sa campagne avec des visio-débats malgré le refus d'alliance net et sans appel de la liste Piolle.

Perpignan, "front républicain" incertain contre le RN

A sa quatrième tentative, Louis Aliot semble en mesure de conquérir Perpignan, sauf si le "front républicain" qui tente de se former autour du maire LR sortant Jean-Marc Pujol parvient à rassembler la gauche, le centre et la droite, comme en 2014.

Elu député en 2017, l'ancien compagnon de Marine Le Pen a totalisé 35,6% au 1er tour et affronte en duel Jean-Marc Pujol, qui a seulement récolté 18,4% des voix, beaucoup moins qu'en 2014 (30%) quand il avait ensuite vaincu Louis Aliot au second tour.

Qualifiés pour le second tour, l'écologiste Agnès Langevine (EELV-PS, 14,5%), vice-présidente de la région Occitanie, et le député En Marche Romain Grau (13%) ont opéré un "retrait républicain", espérant ainsi empêcher la victoire de Louis Aliot. Mais à gauche comme à droite, la mobilisation anti-Aliot est incertaine. Trois colistiers de Romain Grau se sont prononcés pour le député RN.

En cas de victoire d'Aliot, Perpignan serait avec ses 120.000 habitants la plus grande ville conquise par l'extrême droite depuis Toulon (1995-2001).

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