Yuriko Koike, habile communicante dans le monde politique masculin du Japon

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La gouverneure de Tokyo Yuriko Koike à Tokyo le 12 juin 2020
La gouverneure de Tokyo Yuriko Koike à Tokyo le 12 juin 2020
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© AFP, Philip FONG

, publié le dimanche 05 juillet 2020 à 14h55

La gouverneure de Tokyo Yuriko Koike, réélue dimanche pour un deuxième mandat, est une politicienne de droite aguerrie, dont le sens de la communication et la poigne de fer attirent sur elle les projecteurs dans un monde politique japonais masculin et compassé.

Cette ancienne animatrice vedette de la télévision, régulièrement vue comme la possible première femme Premier ministre du Japon, était revenue ces derniers mois sur le devant de la scène par sa gestion de la pandémie de coronavirus.

Ses points de presse réguliers, menés sur un ton calme et mesuré, ponctués de slogans clairs et reconnaissables pour expliquer les gestes barrière et encourager le télétravail lui ont donné une aura nationale inégalée.

Pendant ce temps, le Premier ministre conservateur Shinzo Abe se faisait accuser de lenteur et tourner en ridicule pour la distribution à l'échelle nationale de deux masques de taille plutôt réduite par foyer et d'une qualité douteuse.

Une vidéo de M. Abe où, avec un manque de conviction patent, il se montrait chez lui devant la télévision, avec un livre, une tasse de thé ou encore un chien lui a aussi valu une pluie de critiques et de moqueries.

- Se mettre en scène -

Mme Koike projette une image de polyglotte ouverte sur le monde, atypique dans la politique japonaise. Elle est diplômée de l'université du Caire et parle l'arabe et l'anglais. En 1978, elle avait interviewé le dictateur libyen Mouammar Kadhafi et le chef palestinien Yasser Arafat pour une chaîne de télévision japonaise. 

Se mettre en scène, avoir toujours une pancarte ou quelque objet à montrer à son auditoire est chez elle une seconde nature.

Ministre de l'Environnement de 2003 à 2006, elle avait organisé un défilé de mode et parcouru le podium elle-même pour promouvoir la campagne contre le réchauffement climatique "Cool Biz", encourageant fonctionnaires et "salarymen" à retirer la cravate et tomber la veste au lieu de forcer sur la climatisation.

Arrivée à la mairie de Tokyo, elle s'était assise dans une chaise roulante afin de témoigner de l'angoisse ressentie par les handicapés sur les trottoirs inégaux ou les pentes trop raides, promettant d'utiliser les Jeux paralympiques pour adapter sa ville à la population vieillissante du Japon.

Plus de Jeux cette année, reportés en raison de la pandémie: elle affirme dans une interview mi-juin à l'AFP que Tokyo organisera l'an prochain des JO "dans un environnement sûr et serein pour les athlètes et les spectateurs venus de l'étranger ainsi que pour les habitants de Tokyo". 

Elle montre alors une affiche japonaise vieille d'un siècle, où déjà les passagers d'un wagon portent des masques pour protéger les autres pendant la pandémie de grippe espagnole, puis exhibe un jeu de cartes contemporain destiné à apprendre les gestes barrière aux enfants. 

- "Plaque d'acier" -

Mais les feux de la rampe éteints, les critiques de la gouverneure de 67 ans voient dans ses quatre premières années à ce poste plus de coups médiatiques que de réelles avancées concrètes.

Elue en juillet 2016 première femme aux commandes de l'immense capitale de 14 millions d'administrés, elle n'avait pas hésité en 2017 à créer un parti d'opposition pour couper l'herbe sous le pied de M. Abe lors d'élections législatives anticipées. Ce geste surprise avait secoué la scène politique japonaise et mobilisé les médias tous azimuts, mais l'effet avait été de courte durée.

Première femme Premier ministre du Japon? Quand on lui pose la question elle se défend d'avoir de telles ambitions, en lançant un coup d'oeil sévère à ses interlocuteurs.

Déplorant que le Japon ait pour les femmes, plus qu'un plafond de verre, une véritable "plaque d'acier", cette nationaliste est toujours restée proche d'hommes forts du Parti libéral démocrate (PLD), au pouvoir de façon quasi ininterrompue depuis 1955. Elle avait rejoint le PLD en 2002, sans jamais parvenir à en prendre la tête, et garde des relations courtoises avec Shinzo Abe.  

Mais maintenant son rôle est de "se préparer pour une deuxième vague d'infections avec les connaissances acquises", affirme-t-elle.

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