Yémen: le gouvernement accuse les rebelles et Téhéran de saborder les initiatives de paix

Yémen: le gouvernement accuse les rebelles et Téhéran de saborder les initiatives de paix
Le ministre yéménite des Affaires étrangères Ahmed ben Moubarak lors d'un entretien avec l'AFP le 11 juin 2021 à l'ambassade yéménite à Bruxelles

publié le vendredi 11 juin 2021 à 18h07

Le chef de la diplomatie du Yémen a accusé vendredi les rebelles Houthis de contrecarrer une nouvelle initiative de paix avec leur tentative de s'emparer de la ville de Marib, dans le nord, avant de discuter de tout cessez-le-feu.

"Ils ne veulent pas que quelque chose se produise avant la prise de la ville", a expliqué Ahmed ben Moubarak dans un entretien à l'AFP à Bruxelles où il est venu chercher le soutien de l'UE.

La prise de Marib, dernier bastion des forces gouvernementales dans le nord du pays, "changerait totalement et tragiquement la situation politique et humanitaire", a-t-il averti.

Ahmed ben Moubarak a souligné que les médiateurs omanais avaient progressé dans leurs efforts pour négocier un cessez-le-feu et a exhorté l'Europe à maintenir la pression sur les rebelles.

Il a accusé l'Iran, soutien des Houthis, d'avoir appuyé les récentes attaques sanglantes et affirmé que Téhéran voulait utiliser le Yémen comme monnaie d'échange pour maintenir son influence dans les négociations nucléaires avec les puissances mondiales menées à Vienne.

- Le Yémen pris en otage -

Le conflit, déclenché en 2014 par la prise de Sanaa par les Houthis, oppose les forces loyales au pouvoir --appuyées par Ryad-- et les rebelles --soutenus par l'Iran-- qui contrôlent la majeure partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa.

Il a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, selon des organisations humanitaires. Plus des deux tiers des 30 millions d'habitants, confrontés à des risques accrus d'épidémies et de famine, dépendent de l'aide internationale.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite a annoncé jeudi mettre fin à ses opérations militaires afin d'aider à l'ouverture de pourparlers pour un cessez-le-feu.

Les envoyés des Nations unies et des États-Unis au Yémen, Martin Griffiths et Tim Lenderking, ainsi que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, ont rencontré les Omanais, et certains responsables y voient une ouverture diplomatique.

"Les Omanais jouent un rôle essentiel. Ils ont envoyé leur délégation à Sanaa pour discuter avec les dirigeants politiques houthis", a déclaré Ahmed ben Mubarak.

"Pourtant, nous n'avons reçu aucun retour de leur part. Le seul que nous ayons eu, ce sont les deux attaques brutales qui ont eu lieu, hier et avant-hier, contre Marib", a-t-il déploré.

Ces attaques sont le signe que les factions rebelles veulent faire durer le conflit jusqu'à ce qu'elles s'emparent de la ville de Marib, ce qui modifierait de manière décisive l'équilibre des forces au Yémen, a-t-il expliqué.

"Tout ce que nous avons vécu avant Marib sera totalement différent après Marib. La ville accueille pas moins de 2 millions de réfugiés et de personnes déplacées", a-t-il averti.

Les Houthis ont exigé que la coalition dirigée par l'Arabie saoudite autorise la réouverture de l'aéroport de Sanaa. "Cela ne doit pas être une condition préalable aux pourparlers", a soutenu le ministre.

"Je pense que les Iraniens ne veulent voir aucun mouvement dans le dossier yéménite avant d'obtenir quelque chose à Vienne. Nous ne l'acceptons pas. Nous ne voulons pas que le Yémen soit pris en otage par les Iraniens", a-t-il affirmé.

Des représentants de la Grande-Bretagne, de la Chine, de la France, de l'Allemagne et de la Russie -- pays signataires de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien -- se concertent avec l'Iran depuis début avril pour réintégrer les Etats-Unis et obtenir la levée des sanctions américaines, condition mise par Téhéran pour respecter les engagements dont il s'est affranchi.

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