Yémen: l'homme fort du Sud prévient d'un "effondrement" de l'accord de paix

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Des membres des forces séparatistes du sud du Yémen montent la garde pendant une réunion du Conseil de Transition du sud (STC), le 13 janvier 2020 à Aden
Des membres des forces séparatistes du sud du Yémen montent la garde pendant une réunion du Conseil de Transition du sud (STC), le 13 janvier 2020 à Aden
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© AFP, Saleh Al-OBEIDI

, publié le jeudi 16 janvier 2020 à 12h47

Le chef des séparatistes dans le sud du Yémen, Aidarous al-Zoubeïdi, met en garde contre l'"effondrement" de l'accord de partage du pouvoir avec le gouvernement, lettre morte depuis sa signature il y a plus de deux mois à Ryad.

Dans un entretien exclusif à l'AFP à Aden, l'homme fort du sud du Yémen, à la tête du Conseil de transition du sud (STC), affirme que l'accord est menacé par l'action des islamistes et la crise économique.

Il s'agit d'une des rares interviews accordées à un média international par M. Zoubeïdi, qui a reçu l'AFP mercredi à Aden dans son bureau décoré du drapeau de l'ancien Yémen du sud, un Etat indépendant avant 1990.

L'accord, parrainée par l'Arabie saoudite, a été signé le 5 novembre avec un calendrier d'application de 90 jours, et a mis fin aux affrontements armés de l'été 2019 entre les forces du STC et celles du gouvernement.

Il prévoit notamment un gouvernement national de 24 membres dont la moitié reviendrait aux séparatistes, qui ne sont pas représentés dans l'actuel cabinet.

"Le retard (dans l'application de l'accord) est le fait de ceux qui au gouvernement n'en veulent pas: les Frères musulmans du parti al-Islah", accuse M. Zoubeïdi, qui porte des lunettes à fine monture et une barbichette.

Le STC est farouchement hostile aux Frères musulmans du parti al-Islah, associé au gouvernement du président Abd Rabo Mansour Hadi, qui vit en exil à Ryad et qui est soutenu par l'Arabie saoudite.

"Les menaces (pesant sur l'accord) sont nombreuses et la plus importante est l'activité des organisations terroristes, notamment celles des Frères musulmans", accuse-t-il.

- Résoudre "la situation humanitaire" -

L'hostilité entre le STC et le parti al-Islah explique la proximité du STC avec les Emirats arabes unis, qui pratiquent une politique de tolérance zéro à l'égard de la confrérie à l'intérieur comme à l'extérieur du pays.

Les Emirats ont formé et équipé militairement les forces du STC connues sous le nom des unités du "Cordon de sécurité".

"Ces organisations (islamistes) menacent l'accord de Ryad parce qu'elles sont des organisations terroristes qui vont commettre des actes terroristes, ce qui peut conduire à l'effondrement de l'accord", insiste-t-il.

La mauvaise situation économique dans le Sud est l'autre facteur qui pèse, selon lui, sur la bonne mise en oeuvre de l'accord de Ryad.

"La monnaie yéménite (le riyal) souffre d'une forte dépréciation, ce qui pourrait nous conduire à adopter dans quelques mois la monnaie saoudienne ou le dollar", prédit M. Zoubeïdi.

Selon lui, résoudre "la situation humanitaire est très important" pour le STC, alors que le Yémen est dévasté par cinq ans de conflit, qui a entraîné la pire crise humanitaire au monde actuellement, selon l'ONU.

"Il y a une pénurie des produits alimentaires, les dépôts sont vides et les stocks ne couvrent pas les besoins pour dix jours, en plus du retard pris dans le versement des salaires", regrette-t-il.

Il a lancé un appel à l'aide à la communauté internationale et en particulier à l'Arabie saoudite, qui mène une coalition militaire au Yémen tout en apportant une importante assistance humanitaire au Yémen.

- "Attachés à l'accord" -

"Nous sommes attachés à l'accord de Ryad et nous déployons de grand efforts, sous la direction de l'Arabie saoudite, pour garantir son succès et établir la paix dans la région", assure M. Zoubeïdi.

Le chef séparatiste a fédéré ceux qui, dans le Sud, ont refusé de surseoir à la revendication de l'indépendance en raison de la guerre contre les rebelles Houthis.

Ces derniers, qui ont l'appui de l'Iran, se sont emparés en 2014 de la capitale Sanaa et d'une bonne partie du nord du pays.

Gouvernement et séparatistes sont dans le camp antirebelles, ce qui n'a pas empêché leurs divergences de dégénérer en conflit armé en 2018, puis une nouvelle fois en août dernier.

"Nous n'aspirons pas pour le moment à l'indépendance mais nous voulons avoir le droit d'être associé, en tant que sudistes, à la délégation qui doit négocier (la paix au Yémen) sous l'égide des Nations unies", souligne M. Zoubeïdi.

A long terme, cependant, "nous aspirons à obtenir un Etat et l'autodétermination avec les moyens démocratiques", rappelle-t-il.

L'ONU tente de trouver une issue politique au conflit qui a fait depuis 2015, année de l'intervention militaire saoudienne pour soutenir le gouvernement, des dizaines de milliers de morts, la plupart des civils, selon diverses organisations humanitaires.

Environ 3,3 millions de personnes sont déplacées et 24,1 millions ont besoin d'assistance, selon l'ONU.

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