Yémen: à Hodeida, les habitants craignent que l'accalmie ne dure pas

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Des troupes progouvernementales stationnées devant l'hôpital du 22-Mai à Hodeida, dans le nord-ouest du Yémen, le 15 novembre 2018
Des troupes progouvernementales stationnées devant l'hôpital du 22-Mai à Hodeida, dans le nord-ouest du Yémen, le 15 novembre 2018
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© AFP, STRINGER

AFP, publié le jeudi 15 novembre 2018 à 17h35

"Chaque fois qu'ils annoncent une trêve (au Yémen), quelque chose de pire se passe": dans la cité portuaire de Hodeida, qui bénéficie d'une pause dans les combats meurtriers entre forces loyalistes et rebelles Houthis, les habitants, échaudés, sont nombreux à craindre une reprise des violences.

En ce milieu de semaine, des hommes armés, certains de lance-roquettes, déambulent dans cette ville de l'ouest à bord de camionnettes et de motos, au milieu de civils qui tentent de reprendre le cours de leurs activités quotidiennes.

"Chaque fois qu'ils annoncent une trêve, quelque chose de pire se passe", s'inquiète une résidente, Fatima Ali. "Les combats s'arrêtent un moment, puis reprennent. J'ai peur pour mes enfants", confie cette mère de 45 ans.

Mme Ali vit dans le quartier de Ghalil, près de l'hôpital al-Thawra, au coeur de la ville portuaire, un établissement frappé dimanche par une série d'explosions.

Amnesty International a réagi en déplorant que les combats aient contraint personnel médical et patients -plusieurs centaines- à fuir l'hôpital.

Douze jours de bombardements et de combats entre rebelles Houthis --soutenus par l'Iran et qui contrôlent la ville--, et la coalition progouvernementale appuyée par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ont laissé un lourd bilan: près de 600 morts, principalement des combattants des deux camps, selon des sources militaires loyalistes et des médecins.

- Magasins et écoles rouvrent -

Alors que la pression internationale s'est accentuée ces derniers jours pour une cessation des hostilités, Hodeida a connu jeudi sa troisième journée consécutive de calme.

Les magasins et écoles situées dans les zones de combats ont même rouvert, au lendemain de l'annonce officielle par les loyalistes de la suspension de leur offensive.

Mais Younès Ahmed, un habitant de Hodeida interrogé par l'AFP, refuse d'y voir pour le moment un réel "signe d'apaisement".

Devant son domicile, les convois de tanks et camions des forces progouvernementales continuent de défiler.

"J'espère que c'est la fin, car le plus difficile pour moi, c'est d'expliquer tout ça à mes enfants", note ce père âgé de 38 ans.

"Nous devons être optimistes, comme nous le sommes chaque fois que les combats s'arrêtent, mais la réalité, c'est que cette guerre se poursuivra très longtemps", ajoute-t-il.

Ses inquiétudes viennent notamment du fait que les commandants des forces de la coalition ont affirmé mercredi qu'ils répondraient "à tout mouvement de l'ennemi" par de nouvelles attaques.

- Risque d'une "tragédie" -

Après des années de guerre, le Yémen est le théâtre de la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU. Les Nations unies précisent que 14 millions de civils sont en situation de pré-famine, tandis que près de 20 millions --soit trois quarts de la population-- dépendent de l'aide humanitaire.

Dans l'est de Hodeida, des forces progouvernementales, qui ont profité des derniers combats pour gagner du terrain, stationnent désormais près de l'hôpital du 22-Mai --le plus grand de la cité.

Les rebelles Houthis avaient au préalable forcé le personnel médical à quitter les lieux et positionné des snipers.

Sur un mur de l'établissement, on peut encore lire un slogan des rebelles: "Dieu est grand. Mort à l'Amérique, Mort à Israël, Malédiction aux Juifs et Victoire à l'Islam".

Marwan Abdelwaseh, un autre habitant, veut espérer une solution politique.

"Ce qui se passe à Hodeida peut se transformer (...) en tragédie", dit-il à l'AFP. "Nous espérons que les belligérants trouveront un accord (...) pour épargner des destructions, surtout depuis que les routes d'accès pour les produits alimentaires, les biens et le gaz ont été coupés."

Un autre, Amjad Zaeem, clame que la ville est largement isolée du reste du pays. La crainte d'un siège est largement répandue dans la population.

"Il y a des tranchées et des barricades à l'intérieur et autour de la ville", s'inquiète-t-il.

Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil à Ryad, a apporté son soutien aux efforts de l'ONU pour organiser des négociations de paix en Suède avant la fin de l'année.

Il a cependant souligné mercredi que "la bataille du peuple yéménite pour libérer Hodeida est inévitable, que ce soit par la paix ou la guerre".

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