Washington barricadé à 48 heures de l'investiture de Joe Biden

Chargement en cours
Des drapeaux installés sur l'esplanade du National Mall le 1er janvier 2021 à Washington
Des drapeaux installés sur l'esplanade du National Mall le 1er janvier 2021 à Washington
1/5
© AFP, Eric BARADAT

, publié le mardi 19 janvier 2021 à 00h23

Le centre-ville de Washington avait des allures de camp retranché lundi, à 48 heures de la cérémonie d'investiture sous haute surveillance du président élu américain Joe Biden, qui a de nouveau appelé à l'unification d'un pays divisé.

Des milliers de soldats de la Garde nationale, l'armée de réserve, ont déjà été déployés, et ils seront jusqu'à 25.000, mercredi dans la capitale, pour protéger une large "zone rouge" allant du Capitole, où Joe Biden et Kamala Harris prêteront serment mercredi, à la Maison Blanche. 

L'immense esplanade du "National Mall", où des milliers d'Américains se pressent tous les quatre ans pour assister à la cérémonie, est elle aussi cadenassée.

Les rues étaient pratiquement vides lundi, en ce jour férié à la mémoire de l'icône des droits civiques Martin Luther King.

Le "MLK Day" est traditionnellement un jour dédié au bénévolat pour les Américains.

Ce bénévolat "est une façon adéquate de guérir, unifier et reconstruire ce pays que nous aimons", a affirmé dans un message sur Twitter M. Biden, qui souhaite réconcilier des Américains profondément divisés après le mandat de Donald Trump.

Il a participé dans la matinée à une distribution de nourriture pour le compte d'une organisation caritative à Philadelphie, en Pennsylvanie. Kamala Harris et son époux ont fait de même dans un quartier pauvre de Washington. 

Dans la capitale, des militaires en armes et des policiers stationnés devant des véhicules blindés ont remplacé les badauds et la circulation dans des rues bloquées par des blocs de béton.

Au moins deux civils armés ont été arrêtés ces derniers jours aux abords de la "zone rouge".

- Fausse alerte -

La ville reste traumatisée par l'assaut meurtrier sur le Capitole, le 6 janvier, quand des centaines de partisans de Donald Trump avaient envahi le siège du Congrès pour tenter d'invalider la victoire de l'ancien vice-président de Barack Obama.

Le président sortant, qui avait appelé ses supporteurs à marcher sur le Capitole, a été mis en accusation pour "incitation à l'insurrection" et son procès en destitution pourrait s'ouvrir au Sénat peu après l'investiture de son successeur.

Depuis le 6 janvier, près de 70 manifestants ont été inculpés pour avoir participé aux violences et des centaines de personnes font l'objet d'une enquête. Parmi eux, des élus et des membres anciens ou actifs des forces de l'ordre.

Afin de s'assurer que les Gardes nationaux ne présentent aucun risque pour la sécurité, le FBI a annoncé contrôler les antécédents des réservistes qui seront déployés mercredi.

"Nous voulons nous assurer que nous avons les bonnes personnes au sein de la bulle" qui protègera le président et la vice-présidente, a expliqué lundi sur Fox News le général William Walker, chef de la Garde nationale de Washington.

Le ministre de la Défense par intérim, Christopher Miller, a toutefois souligné qu'il n'existait jusqu'ici "aucune information sur une menace de l'intérieur".

Signe de la tension qui règne, une répétition de la cérémonie a été brièvement interrompue lundi matin en raison d'une "menace extérieure", selon la police, qui s'est révélée être une fausse alerte. 

- Cérémonie exceptionnelle -

Cette cérémonie d'investiture sera exceptionnelle à plus d'un titre: n'y assistera qu'un parterre limité d'invités et pas de public, en raison de la pandémie de coronavirus. Un champ de plus de 190.000 drapeaux a été planté sur le Mall pour représenter ce public absent.

Donald Trump aura, lui, aura déjà quitté la Maison Blanche pour sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. Il deviendra ainsi le premier président à refuser d'assister à la prestation de serment de son successeur depuis Andrew Johnson en 1869.

Il quitte ses fonctions sur un ultime sondage défavorable, avec seulement 34% de bonnes opinions sur son action, un plus bas historique en quatre ans selon l'institut Gallup.

Avant son départ, le milliardaire républicain devrait gracier ou commuer les peines de prison d'une centaine de personnes, selon plusieurs médias.

Ces derniers mois, Donald Trump a exonéré des collaborateurs et des proches condamnés dans le cadre de l'enquête sur une possible collusion entre la Russie et son équipe de campagne en 2016.

Ces grâces, qui pourraient être annoncées mardi, pourraient concerner Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, le rappeur Lil Wayne, qui risque jusqu'à 10 ans de prison pour possession d'une arme à feu, ou un célèbre médecin de Floride condamné pour fraude.

M. Trump pourrait aussi se gracier lui-même, ou certains de ses partisans poursuivis pour l'assaut contre le Capitole.

"Et s'il graciait ces personnes qui sont des terroristes du Capitole?", s'est alarmée dimanche la cheffe des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi.

Cette perspective inquiète même au sein du camp républicain. "Demander une grâce pour ces personnes serait une mauvaise chose", a prévenu dimanche sur Fox New le sénateur Lindsey Graham, un proche de M. Trump.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.